SUCCESS STORY

Petite histoire Par | 07H30 | 24 septembre 2014

Dennlys Parc : « le parc, c’est nous. Nous, c’est le parc »

La famille avant tout. Tel pourrait être le slogan de Dennlys Parc à Dennebroeucq dans le Pas-de-Calais, l’un des rares parcs d’attractions français – et le seul de cette ampleur dans la région Nord – Pas-de-Calais – encore sous un giron familial, celui des Crunelle. « Le parc, c’est nous. Nous, c’est le parc », lâche Christian, 54 ans, patron actuel qui n’a qu’un rêve : transmettre une affaire en bonne santé à la prochaine génération. Retour sur une histoire familiale pour le deuxième volet  de notre dossier sur les parcs d’attraction régionaux (lire également : Quelles sont les recettes des parcs d’attractions pour résister au mastodonte Disneyland Paris ?). 

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La famille Crunelle au complet, dont Christian, le patron actuel (troisième en partant de la gauche). Photo : Stéphane Dubromel.

Dennebroeucq. Si vous ne quittez que trop rarement la métropole lilloise, peu de chances que vous connaissiez ce petit village du Pas-de-Calais. Moins de quatre cents habitants, pas de grande ville à proximité nécessitant sa traversée, mais pourtant un nom vous a peut-être attiré ces trois dernières décennies, comme 185 000 visiteurs chaque année : Dennlys Parc.

D’aire de jeux à parc d’attractions

Mais comment un parc d’attractions a-t-il pu se développer ici ? L’histoire date de 30 ans, quand Gérard Crunelle, le père, prend la décision avec sa femme de racheter la guinguette du Moulin de la Tour. L’endroit est connu des locaux : c’est ici que les couples du coin se forment, se marient, tandis que les enfants peuvent profiter d’une vaste aire de jeux avec toboggans, tourniquets, sur l’ancien site d’une minoterie et d’une scierie de marbre. « Nous sommes une famille de forains, nous faisions les fêtes du Bassin Minier. Mes parents avaient envie d’autre chose, ils ont fait le tour de France à la recherche d’un terrain de camping », rappelle Christian Crunelle, le fils, aujourd’hui à la tête du parc.  Au détour d’une petite annonce dans le journal Interforains, ils tombent sur quelques lignes annonçant que le Moulin de la Tour est à vendre. Le couple visite et achète sur le coup.

De fil en aiguille, les lieux se transforment de vaste aire de jeux en parc d’attractions. D’abord très modeste. « La première année, je m’en souviens, c’était 16 000 visiteurs. Autant dire que pour faire vivre quatre couples, c’était vraiment trop peu ». La famille a quelques biens, essentiellement immobiliers, dans la région. Ils les revendent un à un, et investissent dans le parc au fur et à mesure, sans faire d’études de marché, de clientèle.  « On nous prenait pour des fous. On nous disait que ça ne marcherait jamais. » Comment donner tort aux observateurs d’alors ? A l’aube des années 2 000, le parc fait seulement 80 000 visiteurs et n’est toujours pas rentable.

Coup de poker

Christian, le fils, qui a repris définitivement les affaires en 1997, tente alors un coup de poker : installer le Furio, une sorte de grand 8. L’engin coûte 600 000 euros au bas mot, évidemment, la famille n’a pas les sous. Les banques ne veulent pas suivre. « On a signé le bon de commande sans argent. Le manège était aux trois quarts fini que l’on n’avait toujours pas les financements. » Finalement, le banquier de la famille suit la mise. Pari gagnant : de 80 000 visiteurs en 2002, la fréquentation fait un bond à 105 000 en 2003. Depuis, la progression est constante : en 2013, Dennlys Parc a attiré 185 000 visiteurs dans un village comme il en existe tant d’autres dans le Pas-de-Calais. « Il fallait proposer autre chose pour survivre, c’était nécessaire », juge Christian Crunelle. L’appât de la nouveauté encore une fois, recette du succès des parcs d’attraction (relire notre enquête). Cette année, c’est une tour de chute de 40 mètres de haut qui a rejoint les bords de la Lys. Prix : un million d’euros. « Ce que l’on gagne, on le réinvestit pour développer le parc. » Une condition sine qua non pour attirer les clients et garder les fidèles. « Si on ne réinvestissait pas, on pourrait augmenter nos salaires, mais ce n’est pas notre objectif. » Le but de Christian est plutôt de transmettre à sa fille, Emilie, et son gendre. Pour une troisième génération de Crunelle à Dennlys Parc.

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L’entrée de Dennlys Parc, à Dennebroeucq. Une success story… qui n’était pas gagnée. Photo : Stéphane Dubromel.

Au diable, le charme des parcs à l’ancienne

Une belle histoire qui permet également de se rendre compte d’une réalité : le monde des parcs d’attractions a fortement évolué en une trentaine d’années. Souvent nées d’aires de jeux plus ou moins développée comme Dennlys Parc (c’est le cas de Bagatelle par exemple, à Merlimont), les structures ont dû se professionnaliser et laisser de côté petit à petit tout ce qui faisait le charme des parcs à l’ancienne : les décors, voire attractions, personnalisés. « Aujourd’hui, on fait comme les autres, on achète nos attractions chez les mêmes fournisseurs, reprend Christian Crunelle. La différence se fait uniquement sur le prix que le parc est capable d’investir. » Et les attractions deviennent ainsi très normées.

Mais du coup, l’image de Dennlys change aussi peu à peu : de parc un peu vieillot, il devient un acteur à part entière du domaine de l’attraction. Avec cette originalité familiale, quand ses concurrents sont possédés par des groupes :  « Nous devons être une dizaine en France être gérés par des familles. Si j’ai eu des propositions de rachats de groupes ? C’est arrivé, mais j’ai refusé. Et honnêtement, vous savez : aujourd’hui, nous sommes trop gros pour qu’un particulier puisse nous racheter, trop petit pour qu’un grand groupe s’intéresse à nous. En tout cas, je ne pense pas que, en 2014, une famille pourrait revivre une aventure comme la nôtre. »

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