Régionales 2015 : Le combat préalable de Pierre de Saintignon

C’est Pierre de Saintignon qu’Hollande aurait dû nommer au gouvernement. Il est en phase avec Valls et Macron”, me suis-je dit en forme de boutade quand j’ai appris le choix de Patrick Kanner au ministère de la Ville, de la jeunesse et des sports. Certes, mais la politique a ses raisons*…Le fidèle bras droit de Martine Aubry à la mairie de Lille et ailleurs reste en course pour les régionales de l’année prochaine – il a été régulièrement investi par l’appareil militant mais c’était pour le périmètre Nord-Pas de Calais – et il a tout intérêt à verrouiller sa position car le débat n’est pas encore clos au vu des derniers soubresauts (et le retour de Frédéric Cuvillier, maire de Boulogne-sur-mer peut changer la donne). Poker menteur en perspective. Son profil tient plus de celui d’un réformiste acquis à l’entreprise et à l’économie de marché que d’un révolutionnaire marxisant qui a l’oreille de la CGT ou du NPA. Il y a encore dix ans, on aurait dit un néo-rocardien. Michel Delebarre, qui savait l’importance de l’économie pour une région l’avait embauché sur sa liste en 1998 pour ses compétences et son carnet d’adresses et il était devenu la caution “entreprises” du patron du conseil régional. Dans le Nord-Pas de Calais, les patrons l’apprécient, cet ancien cadre sup’ chez Darty, et son bilan en termes de développement et d’aides à l’économie régionale est réel. Quand Titine de Fer se posait en héraut d’une gauche moderne et new look et fréquentait le patronat – c’était pendant les 90′, la fondation FACE, les liens avec le CNPF de l’époque présidé par Jean Gandois ancien patron de Martine à Péchiney – , Pierre de Saintignon était un médiateur entre la future ministre de Jospin et le monde des entreprises. Et dans son camp, on ne se prive pas de le rappeler.

Une des ses grandes réussites c’est le groupe d’entreprises de réinsertion Vitamine T (ministre de l’économie sociale et solidaire et de la résinsertion professionnelle, tiens ! …). Dont l’ADN pratique est à cent lieues des systèmes théoriques d’Etat, centralisés et inadaptés et qui sévissent également au niveau d’une ville ou d’une région. Mais qui restent le modus operandi de bon nombre d’élus et fonctionnaires. Il ne fait évidemment rien sans l’assentiment ni l’imprimatur de sa pygmalion de maire. Devant l’opinion un encombrant cordon ombilical, l’électeur aime les profils émancipés. Ce qui le range un peu abusivement dans le camp des tenants de la gauche revendiquée classique et quelque peu datée. Son bilan à la région – et son tempérament – n’en fait pas un frondeur patenté. Car s’il fait campagne pour les régionales, il sera seul contre tous et aura bien besoin de l’égide d’une Martine Aubry. Ses adversaires des autres camps et ceux de sa propre obédience l’attendent au coin du bois, surtout dans le Pas de Calais, où les vieilles lunes communistes brillent encore (“Qu’il devienne président de la chambre de commerce ! “, lançaient les élus PC). Et en Picardie, l’accueil risque d’être tiède. Il sera en porte-à-faux avec l’histoire idéologique du Nord-Pas de Calais et la posture gauche de la gauche de la plupart de ses amis locaux, en premier les fédérations militantes. De quoi donner des arguments à ses futurs adversaires et l’on songe à une Marine Le Pen.

Selon moi, l’argument de l’alternance entre le Nord et le Pas de Calais au sein des socialistes de la région vole en éclat. Quel sens donner à cet accord purement départemental alors que le Nord-Pas de Calais est en passe de fusionner avec la Picardie ? Qu’en pensent les militants picards ? On peut certes miser sur un Sénat chafouin pour faire avorter certains aspects de la réforme territoriale, mais le pari est pour le moins risqué. Au-delà des exigences de notoriété des candidats et de résonance sur certains territoires dans une région de six millions d’habitants – et Pierre de Saintignon, comme beaucoup d’autres, n’y échappera pas -, les socialistes du cru n’avaient pas prévu le coup et seraient bien tentés de réviser leur copie stratégique et électorale. Car avec un tel big-bang territorial, faudra-t-il une nouvelle consultation militante ?

* Le Landerneau politique attend la réaction de Martine Aubry que l’on dit vexée par la “prise de guerre” d’un Kanner, qui dirigea la campagne municipale lilloise en 2008, kidnappé par Valls et Hollande ? Pardi !  Se servir chez nous par effraction sans demander la permission ! Rallié à Titine de Fer alors patronne du PS voici quelques années pour se ménager une succession confortable au conseil général du Nord, Patrick Kanner quitte ainsi l’orbite aubryenne et entre dans le champ parisien donc hollandais. Comme si l’enjeu était ce Nord-Pas de Calais, terre de gauche devant l’histoire, dont les princes se disputent l’emprise. Et les électeurs. “Martine ne restera pas inerte“, me dit cet élu socialiste. Et prépare donc quelque chose. Ce pourrait être sur la scène des élections régionales.

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