SÉRIE D'ÉTÉ

Petite histoire Par | 07H15 | 18 août 2014

Les grandes batailles du Nord – Pas-de-Calais : Vimy, du 9 au 12 avril 1917

Notre série grandes batailles arrive au vingtième siècle. Avec la bataille de Vimy, qui célébrera son centenaire en 2017. Un combat difficile à oublier : un mémorial existe, le paysage est encore profondément marqué et cent ans plus tard, des vestiges continuent de remonter à la surface des champs et des jardins.

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A Vimy, le monument aux soldats canadiens rappelle les combats de la Première guerre mondiale. Photo : Stéphane Dubromel.

De Vimy, entre Lens et Arras, on peut découvrir une magnifique vue sur le bassin minier. Pendant la Première guerre Mondiale, les Allemands ne s’y étaient pas trompés, même si c’était moins pour l’esthétique. Les troupes ennemies avaient choisi de s’installer, fortifiant même le site sur environ sept kilomètres. Reste sur place le « Gruppe Vimy » : 10 000 soldats qui viennent de la 6ème armée du Général Ludwig Von Falkenhausen. Mais cette position, en surplomb des lignes ennemies, est bien trop avantageuse, la France veut la récupérer. Ce seront finalement les Canadiens qui s’en occuperont, au prix de lourdes pertes au cours d’une bataille qui durera du 9 au 12 avril 1917.

Vimy, la mal nommée

Commençons par un abus de langage ! Par rapport au plateau fortifié, on parle souvent de « la bataille de la crête de Vimy » mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En fait, « la bataille de Vimy en elle-même n’existe pas, elle fait partie de la bataille d’Arras, rappelle Alain Jacques, directeur du service archéologique de la ville-Préfecture du Pas-de-Calais et spécialiste de la Grande Guerre.  En 1917, l’offensive du Chemin des Dames est un enjeu important, on décide alors d’une opération de diversion. On crée un front continu entre Vimy et Bullecourt. Les Canadiens sont au nord, les Britanniques au centre et les Australiens au sud. On a toujours sorti Vimy de son contexte général mais à l’époque, on ne faisait pas la distinction, on parlait de la bataille d’Arras.»

Finalement ce que l’on nomme bataille de Vimy se résume à l’offensive canadienne de la bataille d’Arras… même si l’action se déroule en grande partie sur le territoire des communes voisines, comme Givenchy-en-Gohelle et Thélus. La fameuse colline 145, où se trouve aujourd’hui le mémorial canadien se situe d’ailleurs à Givenchy…

Quoi qu’il en soit, la France a de bonnes raisons de vouloir récupérer les places fortes de l’Artois. Pour Alain Jacques, « Vimy est un objectif, comme Notre-Dame-de-Lorette, pour l’état major français. Reconquérir ces positions, c’est maîtriser la plaine de la Gohelle pour pouvoir avancer le long de la Scarpe afin d’aller libérer Douai, puis Lille, ainsi que le Bassin minier qui est une zone économique très importante. Le charbon et l’acier sont indispensables à l’armement ». Cependant, jusqu’à ce fameux mois d’avril 1917, Français et Britanniques n’avaient jamais réussi à déloger les Allemands de leur position sur la crête de Vimy, malgré plusieurs tentatives entre 1914 et 1915… Ces attaques infructueuses avaient tout de même déjà causé la perte de plus de 100 000 hommes lorsque le Canada prend le relais.

Une attaque méticuleusement préparée

Au vu des échecs français et anglais, le Canada se lance dans l’opération, mais non sans avoir minutieusement préparé le combat. Les soldats s’entraînent pendant plusieurs semaines à l’aide de maquettes et photographies aériennes. Des tunnels sont creusés depuis l’arrière du front afin de faciliter la progression des troupes jusqu’au lieu de l’assaut. Sur place, histoire de préparer le terrain, l’armée canadienne passe une semaine à faire pleuvoir les obus sur la crête de Vimy.  Le Canada a aussi quelques innovations dans sa manche, comme la nouvelle fusée 106 qui permet aux obus d’exploser au contact de leur cibles et un « barrage d’artillerie roulant » qui précède les troupes pour sécuriser leur avancée.

Lorsque l’assaut est finalement donné, à 5h30 le 9 avril, ce sont plus de 15 000 hommes qui s’élancent en direction des lignes allemandes. L’objectif premier est de prendre les mitrailleuses ennemies qui se trouvent souvent dans des emplacements bétonnés et protégés de barbelés, que l’on appelle des « nids ». Le combat est épique. Le commandant du corps d’armée canadien, Sir Julian Byng, avait enjoint ses troupes à « progresser comme un train » pour éviter être anéantis… Ses consignes sont suivies à la lettre, la progression est impressionnante, le point culminant de la crête, la colline 145, est même reconquis dès le premier jour de combat. « Ils emportent la colline de Vimy, puis Thélus, Givenchy et jusque Fresnoy-en-Gohelle, toutefois, ils ne pourront pas pénétrer en milieu urbain, dans le bassin minier… Le combat de rue s’avère plus compliqué, confirme Alain Jacques. Leur avancée est d’ailleurs gênée par la non-progression des Britanniques et des Australiens, à l’ouest et au sud

Finalement, la prise de Vimy reste le seul vrai succès du printemps 1917, même si elle coûte au Canada 3598 morts et plus 7000 blessés. Sur les autres fronts, la bataille d’Arras se poursuit jusqu’au 16 mai… pour des résultats bien moins enviables.

Vimy, naissance d’une nation

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Des touristes visitant les tranchées du champ de bataille de Vimy. Photo : Stéphane Dubromel.

Certes, la bataille s’est passée dans le Nord-Pas-de-Calais et c’est une victoire d’importance pour la France mais elle a peut-être été plus importante encore à des milliers de kilomètres de chez nous : au Canada… Là-bas, Vimy est même perçue comme la « naissance d’une nation », selon les mots du brigadier général Ross. C’est en effet la première fois que les quatre divisions canadiennes combattent ensemble, pour un même objectif. C’est aussi un grand moment puisque sur ce front, après avoir fait ses preuves dans la Somme, le Canada prend la direction de toutes les troupes du Commonwealth, Britanniques et Australiens compris. Comme l’explique Alain Jacques « c’est la première fois que les Canadiens combattent sous leurs propres couleurs, c’est la bataille qui va les fédérer et leur permettre de sortir de la tutelle britannique ! C’est une véritable victoire et ces volontaires canadiens sont les seuls à pouvoir la revendiquer. » Certains d’entre eux sont d’ailleurs restés dans les mémoires grâce à leurs actes de bravoure. Quatre « Victoria Cross », plus haute distinction de l’empire britannique, ont été décernées. On peut citer le sergent Ellis Wellwood Sifton, agriculteur originaire de l’Ontario, décoré à titre posthume pour s’être élancé seul à l’assaut d’un nid de mitrailleuse afin de sauver sa compagnie.

À la fin du conflit, c’est en pays souverain que le Canada signe le traité de Versailles alors que son entrée en guerre s’était faite en tant que « dominion » de l’empire britannique…

Vimy a tellement marqué les troupes canadiennes, qu’un an après la bataille, en 1918, avant même la fin de la guerre, le général Byng inaugurait un premier monument en hommage à l’artillerie canadienne, sur la commune de Thélus. Aujourd’hui, il y a également le grand mémorial de la crête… En 1922, le sommet de cette fameuse colline et les terrains environnants ont été donnés au Canada en remerciement de son aide précieuse. « C’est un geste fort de l’Etat français mais qui reste purement symbolique puisque, tempère Alain Jacques. L’État n’a pas le droit de donner son territoire. » En tout cas, pas besoin de passeport pour se rendre sur ce lieu de mémoire, aujourd’hui le public a accès à certaines tranchées ainsi qu’aux galeries souterraines utilisées pendant l’affrontement. Pour cette bataille encore récente, le travail de mémoire est plus que jamais en cours. De nombreux visiteurs canadiens sont d’ailleurs attendus pour le centenaire de la bataille en 2017… Et d’ici là, de nouvelles infrastructures sont prévues: « Il y aura bientôt un centre d’interprétation de la bataille. La construction se fera sous surveillance archéologique! Il est possible que l’on retrouve à nouveau des vestiges »

Retrouvez tous les épisodes de notre séries Les Grandes batailles du Nord – Pas-de-Calais.

Un peu plus de DailyNord ?

1 Commentaire

  1. Bonjour,
    Juste un p’tit mot pour vous signaler l’existence de cet ouvrage sorti en juin dernier http://www.editionsouestfrance.eu/livre-sites-de-la-premiere-guerre-dans-le-nord-de-la-france.html
    Ce livre fait suite à l’inventaire photographique – que j’ai réalisé pendant 4 ans – des différents sites de mémoire que comptent la région NPDC et ses environs.
    N’hésitez pas à vous rapprocher de moi si vous souhaitez d’avantage de précisions .

    Cordialement
    Sébastien Jarry

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