VICTOIRE

Petite histoire Par | 07H00 | 29 juillet 2014

Les grandes batailles du Nord-Pas-de-Calais : Denain, le 24 juillet 1712 (5/8)

Il n’aura fallu que trois à quatre heures pour que la bataille de Denain soit pliée. En plus d’une admirable stratégie des Français, cette victoire permet de déboucher, sur la fin de la guerre de succession d’Espagne. Et surtout sur le Traité d’Utrecht, en avril 1713, qui dessinera à peu près l’actuelle frontière du Nord de la France.

Villars sur la champ de bataille, un tableau de Jean Alaux peint en 1839. Crédit Wikimedia Commons.

Villars sur la champ de bataille, un tableau de Jean Alaux peint en 1839. Crédit Wikimedia Commons.

La stratégie de cette victoire fait encore école dans les enseignements militaires. Jusqu’à cette éclatante victoire de Denain, la guerre de Succession d’Espagne avait plutôt fait des dégâts en France. En Espagne, le roi Charles II était mort sans descendance. L’enjeu de son trône a fait s’affronter de grandes puissances européennes, à commencer par l’alliance de l’Angleterre, la Savoie, l’Autriche et la Prusse. Sauf que l’Angleterre, un peu en banqueroute, accepte au final une trêve avec Louis XIV le 17 juillet 1712. Reste que le prince Eugène de Savoie, lui, n’est pas du tout décidé à stopper les combats. Et envisage une grande bataille pour en finir avec cette guerre de Succession. Pas de bol, ça tombera sur le Nord de la France.

Places fortes tombées

Lille, Douai et Le Quesnoy ont déjà été reconquises par le prince guerrier, passant ainsi sous le joug de la coalition austro-anglaise. En plus d’un hiver très rigoureux dévastateur, les caisses de l’Etat sont vides. Eugène de Savoir n’a plus qu’à occuper Landrecies, alors sur la route de Paris, pour pouvoir se targuer d’avoir fait tomber toutes les places fortes du Nord de la France. Sauf qu’entre temps, l’arrivée du maréchal français Villars changera le cours de l’histoire.

Le 17 juillet 1712, Eugène de Savoie installe ses troupes entre Marchiennes, où se situe de dépôt de ravitaillement et Landrecies, situé à 60 kilomètres au sud. Il établit également une garnison à Denain, située à mi-chemin. Entre Marchiennes et Denain, il met en place une route de ravitaillement, qu’il baptisera un peu trop rapidement “chemin de Paris”. Le plus gros du bataillon se pose à Landrecies.

Pari insensé

Côté français, le maréchal Villars recevra l’ordre de mener l’offensive, avec 70 000 hommes fatigués contre un escadron de 130 000 hommes bien armés. Pour le chef de guerre, impossible d’attaquer Landrecies pour cause de défaite assurée. Le militaire décide alors de mener l’offensive à Denain, afin de stopper les ravitaillements. Le pari est insensé : les troupes françaises doivent parcourir 30 kilomètres en une nuit, passer le fleuve de l’Escaut pour enfin attaquer le camp le 24 juillet au matin.

Tout a été pensé dans les moindres détails : des ponts sont jetés sur l’Escaut, une diversion est faite à Landrecies, les sabots des chevaux et les roues des attelages sont enveloppées de tissu pour faire le moins de bruit possible… Lorsque l’armée française est repérée, vers 8 heures, il est déjà trop tard. Même épuisés et en manque d’artilleries et de munitions, les 70 000 Français continuent d’avancer, face au feu des 130 000 hommes des armées coalisées. Eugène de Savoie, pourtant averti de l’attaque, reste incrédule. Et part manger tranquillement !

Ennemis en déroute

L’armée française balaie tout ce qui se trouve face à elle et poursuit ceux qui tentent de s’enfuir vers le pont de Denain. Sauf que le pont, sous le poids des chariots et des soldats, s’effondre. C’est un nombre important d’adversaires qui se noie dans l’Escaut. Denain est finalement repris par les Français. Avec des pertes minimes pour l’armée française : 865 tués et 1 075 blessés contre 2 500 noyés, 2 500 tués ou blessés, 3 000 prisonniers et 10 à 15 000 hommes hors d’état de combattre pour l’armée adverse.

Le moral est aussi atteint : en coupant la route du ravitaillement, l’armée française contraint Eugène de Savoie à lever le camp de Landrecies. Car sans vivres, pas de guerre possible ! Le maréchal français Villars en profite pour reprendre Marchiennes le 31 juillet, Douai le 8 septembre et Le Quesnoy le 4 octobre : c’est donc la gloire de la France. Le traité de paix d’Utrecht, qui dessinera à peu de choses près  les frontières actuelles du Nord, est signé en avril 1713, mettant fin à la guerre de Succession d’Espagne.

302 ans plus tard

Le musée de Denain, ouvert en 1947 et d’abord consacré au poète et mineur de fond Jules Mousseron, consacre aujourd’hui une salle entière à la bataille de Denain. Tableaux, retranscription vidéo, plan de bataille – qui va être restauré – 3D mais aussi armes et baïonnettes d’époque en partie restaurées constituent les souvenirs qui permettent de revivre les moments forts de 1712. A quelques pas de là, face à l’hôtel de ville de Denain, une statue de bronze du Maréchal Villars. Histoire de rappeler le génie de cette attaque stratégique. Et historique.

Retrouvez tous les épisodes de notre séries Les Grandes batailles du Nord – Pas-de-Calais.

 

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