CLASH HISTORIQUE

Petite histoire Par | 07H00 | 16 juillet 2014

Les grandes batailles du Nord-Pas-de-Calais (3/8) : Bouvines, 27 juillet 1214

Après Sabis et Vinchy, voici le troisième épisode de notre série sur les grandes batailles du Nord-Pas-de-Calais. Et, puisque c’est son 800eme anniversaire, il est temps de parler de la célèbre bataille de Bouvines, un triomphe pour le royaume de France !

Les magnifiques vitraux de l'église de Bouvines racontent l'histoire de cette bataille historique. Crédit photo Alain Dutilleul sur Flick'R

Les magnifiques vitraux de l’église de Bouvines racontent l’histoire de cette bataille historique.
Crédit photo Alain Dutilleul sur Flick’R

 

Bouvines reste l’une des batailles les plus connues de l’histoire de France. En 1972, le livre de Georges Duby, Le dimanche de Bouvines, a achevé de la rendre populaire… Et cette année, ça n’a rien d’un hasard si au mois de mai, le magazine L’Histoire lui consacrait un dossier. Le 27 juillet 2014, ça fera exactement 800 ans que la France a terrassé l’Angleterre et ses alliés dans notre belle région. À Bouvines, village situé non loin de Villeneuve d’Ascq, au sud est de Lille, on a jamais oublié l’événement, les vitraux de l’église racontent les combats, le champ de bataille est toujours là pour mémoire et sera bientôt un site classé, comme l’explique Jean-Louis Pelon, président de l’association “Les Amis de Bouvines”.  “Nous sommes en plein dans les commémorations, confirme t-il , la moitié du village était d’ailleurs costumé sous la pluie pour le Tour de France, sourit l’homme. Effectivement, depuis le mois de juin, les événements liés à cet anniversaire s’enchaînent : articles, exposition itinérante, village médiéval… Jusqu’à la grande commémoration le 27 juillet prochain, où le village accueillera peut-être même le premier ministre. « Aujourd’hui, on se sert de ce fait historique pour célébrer l’amitié entre les peuples et la construction de l’Europe », déclare encore Jean-Louis Pelon.

Le pourquoi du comment

Tout a commencé avec le roi Jean d’Angleterre, surnommé bien à propos Jean sans Terre ou John Lackland. Le bonhomme est le dernier fils d’Henri II d’Angleterre et d’Aliénor d’Aquitaine. Il succède à son frère, le célèbre Richard Cœur de Lion, sur le trône en 1199. Pour l’anecdote, il s’agit du roi Jean dont on parle dans Robin des bois… En 1214, le fameux Jean compte bien récupérer toutes les terres qui lui ont été spoliées au fil du temps : le duché de Normandie, les comtés du Maine, du Poitou et d’Anjou ont été gagnés par la couronne de France…

Sur le continent, il ne reste à Jean sans Terre que le duché d’Aquitaine, c’est inacceptable! Il parvient alors à rassembler une coalition de mécontents, “le but est d’abattre la puissance du roi de France “, explique Xavier Hélary, maître de conférence à la Sorbonne et spécialiste de l’histoire militaire du Moyen-Age. Cependant, précise l’historien, Jean sans terre n’était pas présent à Bouvines ( il a subi une défaite quelques jours avant à la Roche-aux-Moines ) mais il y avait son demi-frère, Guillaume de Salisbury et surtout son neveu, Otton IV, empereur de Germanie. C’est un peu une histoire de famille ! » Au delà de la famille, d’autres mécontents viennent se ranger aux côtés de l’Angleterre, comme le comte de Boulogne, Renaud de Dammartin et le comte de Flandre, Ferrand de Portugal. Ces deux hommes sont des proches du roi de France, Bouvines marque leur trahison. Du côté français, comme le rappelle le magazine l’Histoire, le roi à misé sur ses chevaliers les plus proches : Montmorency, Melun et Coucy entre autres… Il a aussi fait appel à la contribution de certains évêchés et abbayes et de quelques villes comme Paris, Amiens, Arras et Beauvais.

Un dimanche pas comme les autres

Pour Bouvines, on connait à la fois le lieu exact et la date : Le dimanche 27 juillet 1214 précisément. «  L’armée ennemie était arrivée dans le comté de Flandre, Philippe Auguste est allé au devant de ses ennemis pour éviter qu’ils saccagent les terres directement sous son contrôle. C’est tombé à Bouvines mais ça aurait pu être ailleurs » révèle l’historien. Philippe Auguste et son armée entrent dans le comté de Flandres le 23 juillet. Et seront déjà sur le départ quelques jours plus tard… Une belle démonstration de force doit suffire à décourager l’ennemi!  « Après la bataille, il a fallu expliquer pourquoi ça s’est passé un dimanche. À l’époque, il était interdit de combattre ce jour là. Le roi a dit que lui ne voulait pas combattre. Il a voulu se replier mais ses ennemis ne lui ont pas laissé le choix. »

Comme c’est une vraie bataille rangée, à Bouvines, on veut faire la guerre dans les règles, alors les armées prennent tout d’abord le temps de s’organiser. « On a pas les chiffres exacts mais on estime qu’il devait y avoir environ 8000 combattants de chaque côté, ce sont les chiffres plausibles pour ce genre d’armée. Dans chaque camp, il y avait sans doute une moitié de cavaliers et une moitié de fantassins. » déduit Xavier Hélary. Chaque armée se divise en trois front différents. Au final, à Bouvines, on a donc trois batailles pour le prix d’une. Au centre, c’est Philippe Auguste face à l’empereur Otton, à droite,  le duc de Bourgogne et l’Évêque de Senlis contre le comte de Flandre et enfin, à gauche, le comte de Dreux face au comte de Boulogne et Guillaume de Salisbury, dit “Longue-Épée”.

Quelques anecdotes du combat

Comme souvent pour les périodes anciennes, il est difficile d’avoir des informations précises sur le déroulement de la bataille. Cependant, un chroniqueur se trouvait sur place : Guillaume le Breton. C’est à lui qui a livré le récit principal… à chaud ! L’homme fait état d’un combat difficile et confus mais loue surtout la valeur du roi de France, qui, s’est particulièrement illustré et a même causé une belle frayeur côté français. En effet, le roi participe directement à l’affrontement, finit par se retrouver encerclé par l’ennemi et tombe de cheval.

« On sait que Philippe Auguste s’est retrouvé en première ligne et à dû être secouru par ses chevaliers, il a quand même failli y passer! Raconte Xavier Hélary, il devait être facilement identifiable pour ses ennemis avec couronne et fleurs de lys » poursuit l’historien. Une  frayeur donc… Mais c’est cet événement qui conditionne la suite du combat car malgré sa chute, c’est roi qui mène la contre-attaque et fait héroïquement tourner la bataille en sa faveur. Les choses finissent de se décider lorsque l’empereur Otton prend la fuite, ses emblèmes sont pris par la France et beaucoup de ses alliés, comme les ducs de Lorraine et de Brabant, n’hésitent pas longtemps avant de prendre à leur tour la poudre d’escampette… Parmi ceux qui restent, le comte de Boulogne et le comte de Flandre se battent jusqu’au bout, il en va de leur vie car il ne sont pas tant des ennemis que des traîtres. « Le comte de Flandre, Ferrand de Portugal, a finalement été fait prisonnier et a été emprisonné au Louvre par la suite » poursuit l’historien… Même destin d’ailleurs pour Dammartin, le comte de Boulogne. «On ne connaît pas le nombre de morts mais c’était sans doute quelques centaines, les batailles de ce type ne sont pas extrêmement meurtrières » conclut Xavier Hélary.

 Pourquoi Bouvines est devenue légendaire?

«Il y a un avant et un après Bouvines, résume Jean-Louis Pelon, c’est à partir de ce moment que le royaume de France commence à croître, son territoire est multiplié par quatre et son trésor par dix! » Selon Xavier Hélary, la bataille est importante tout d’abord parce que dans la forme, il s’agit d’un fait rare : « Il y avait peu de batailles rangées au Moyen-Age, on cherchait plutôt à éviter d’en arriver là. À l’époque, il y a des tournois et des sièges, la volonté n’est pas forcément de tuer mais plutôt de faire des prisonniers, hors, dans une bataille rangée, il y a des morts. Et puis, ce genre de bataille renvoie aussi à un jugement divin, il faut avoir dieu de son côté pour gagner… alors on préfère éviter de prendre le risque! »

Bouvines incarne également l’épopée héroïque d’un roi de France pour qui rien n’était gagné. « Cette bataille, c’est vraiment le triomphe du roi de France, il va commencer à porter ce surnom d’Auguste, en référence à l’empereur romain et qui signifie aussi celui qui agrandit le royaume, raconte Xavier Hélary, Philippe Auguste a presque 50 ans, c’est un homme âgé pour l’époque, il remporte la victoire en s’exposant lui-même au combat alors que jusque là il n’avait pas toujours été victorieux… Son prestige militaire était plutôt terne. Il avait déjà été battu par Richard cœur de lion, il avait aussi participé à la troisième croisade avec ce dernier et avait abandonné en plein milieu… Il avait des conquêtes à son actif mais n’était pas perçu comme un chef de guerre », détaille Xavier Hélary.

Après Bouvines, de nombreux chroniqueurs du Moyen-Age, à la suite de Guillaume le Breton, ont continué à faire l’éloge de ce combat. Des siècles plus tard, tombée dans l’oubli, Bouvines a été ramenée sur le devant de la scène. «  La bataille a été mise en valeur sous la IIIeme république car en plus de l’armée, il y avait des combattants à pied qui venaient des communes et des milices urbaines, c’était le tiers-état, des gens du peuple, ça correspondait aux idéaux de l’époque, explique Xavier Hélary. Ensuite, il y a eu Duby…  Il y a sans doute encore des possibilités de recherche sur Bouvines mais de livre de Georges Duby a tellement impressionné les historiens que plus personne n’a osé refaire un livre depuis » termine le professeur.

A relire dans le cadre de notre série sur les grandes batailles du Nord-Pas-de-Calais :

La bataille de Sabis en 57 avant J-C

La bataille de Vinchy, en 717 après J-C

 

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