HISTOIRE

Dossier Par | 10H06 | 03 juillet 2014

Les grandes batailles du Nord – Pas-de-Calais (1) : la bataille de Sabis (57 avant Jésus-Christ)

C’est l’été et DailyNord passe en mode histoire. A l’occasion des 800 ans de la Bataille de Bouvines, nous nous intéressons à quelques grandes batailles qui ont marqué la région. La première a plus de 2 000 ans : celle de Sabis avec Jules César.

De la bataille de Sabis, on ne connaît que la version de Jules César, dans la Guerre des Gaules. Crédit photo Karim Von Orelli sur Flick'R

De la bataille de Sabis, on ne connaît que la version de Jules César, dans la Guerre des Gaules. Crédit photo Karim Von Orelli sur Flick’R

Voilà la toute première bataille connue dans la région : en 57 avant Jésus-Christ., elle oppose César à une coalition de peuples de Gaule Belgique: les Nerviens, dont le territoire couvre la région d’Anvers, le Brabant, le Hainaut belge et le Sud-Est de l’actuel département du Nord, les Atrébates, de l’Artois et les Viromanduens, qui viennent de l’Est du bassin de la Somme. Les Aduatuques, de la région de Namur, avaient aussi prévu de participer mais sont malheureusement arrivés trop tard… Les Nerviens sont les plus nombreux sur le champ de bataille car c’est leur territoire qu’il s’agit de défendre contre l’invasion romaine. Leur chef, Boduognatos, compte bien bloquer l’armée de César à la frontière de la Nervie.

L’événement est d’importance car la bataille du Sabis marque l’achèvement de la conquête romaine proprement dite : « César a quadrillé tout le territoire, c’est à la suite de cette bataille qu’il a pu se vanter d’avoir conquis toute la Gaule, explique Germaine Leman-Delerive, archéologue et chercheuse, retraitée du CNRS. Par la suite, il y aura encore des rébellions gauloises et des batailles, dont celle d’Alésia, mais à ce stade, pour la première fois, sa victoire est totale. D’ailleurs, quand César rentre à Rome après le Sabis, le Sénat lui offre quinze jours “d’actions de grâce” pour le féliciter ».

Selle, Sambre ou Escaut? Le mystère demeure

Si l’emplacement des célèbres champs de batailles d’Alésia ou encore de Gergovie font maintenant consensus dans les milieux historiques, pour le Sabis, ce n’est pas le cas. Cette bataille est la première que l’on connait dans le nord de la France, simplement parce que César en a fait le récit dans son ouvrage  La Guerre des Gaules. Avant la conquête romaine, les peuples gaulois refusaient l’écriture au profit de la tradition orale…

Dans son récit, César situe le combat sur les bords d’une rivière large mais peu profonde, nommée Sabis en latin. Sauf que depuis, elle a changé de nom… “Nous faisons un travail étymologique, pour savoir ce qu’a pu devenir ce nom mais on s’appuie aussi sur le récit de César : il dit venir de chez les Ambiens, leur territoire se situait dans la vallée de la Somme, si on rajoute ses 3 jours de marche, on tombe soit sur la vallée de la Sambre, la vallée de la Selle ou celle de l’Escaut“, poursuit Germaine Leman-Delerive. Tous les historiens locaux ont essayé de prouver que la bataille avait eu lieu chez eux, au bord de leur rivière. “Aujourd’hui on considère l’hypothèse de la Selle, vers Valenciennes, comme la plus sérieuse.” Même s’il reste impossible d’identifier l’endroit exact. «Il faudrait faire une prospection aérienne, on pourrait sans doute repérer les traces du camp romain. »

Le combat selon César

Que sait-on de la bataille ? Pour avoir quelques infos, il faut se contenter de La Guerre des Gaules, le récit de César, qui n’avait rien d’un reporter de guerre et se souciait surtout de présenter son entreprise sous le meilleur jour. La prudence reste donc de mise. Sous la plume du plus célèbre des Romains, les Nerviens sont de féroces guerriers qui n’ont jamais voulu faire commerce avec Rome et accablent les autres Belges de « sanglants reproches pour s’être soumis et avoir fait litière de la vertu de leurs ancêtres. »

En route depuis la vallée de la Somme, César envoie d’abord des éclaireurs pour observer la situation et choisir un lieu où établir le camp : ce sera sur une colline, séparé du camp ennemi par la Sabis qui coule en contrebas. À peine arrivé, le proconsul décide déjà d’attaquer. La queue du convoi n’est pas encore sur place et la plupart des légionnaires travaillent encore à la construction du camp. Alors que la cavalerie, les archers et les frondeurs, s’élancent en direction des  Belges, de l’autre côté de la rivière.

Les Romains se croient maîtres du terrain, lorsque soudain, toute la coalition Belge se met à déferler hors des bois. Les Nerviens et leurs alliés dispersent sans mal la cavalerie romaine et attaquent dans la foulée le camp, toujours inachevé. Les soldats qui travaillent sur place ne sont pas équipés pour le combat ! César raconte que le temps manquait, même pour enfiler les casques et sortir les boucliers de leurs housses. Face à cette situation d’urgence, le proconsul n’a pas le temps de prendre toutes les dispositions nécessaires, il fait confiance à ses les légions, rompues à l’exercice, et qui parviennent à se débrouiller seules.

Attaque surprise

Une fois n’est pas coutume, c’est une armée romaine désorganisée qui se lance dans l’affrontement, les légionnaires n’ont pas le temps de rejoindre leur commandants ou de se mettre en formation, ils parent au plus pressé. Une fois les troupes Atrébates et les Viromanduens vaincus, c’est à un autre problème qu’il faut faire face : les Nerviens, menés par leur chef Boduognatos, ont réussi à atteindre massivement le camp romain, ce qui donne lieu à une belle pagaille! Cavaliers, valets mais aussi porteurs de bagages, se mettent à s’enfuir dans toutes les directions, c’est la panique… À cet instant, la bataille semble perdue pour César. Il raconte alors comment lui-même monte en première ligne pour combattre, après avoir récupéré le bouclier d’un légionnaire. Il s’adresse aux centurions en les nommant par leurs noms et parvient ainsi à galvaniser ses troupes. Trois légions supplémentaires arrivent à la rescousse au bon moment et inversent le cours des choses. César va finalement  triompher des gaulois… une fois de plus.

Et après?

Si on en croit “La guerre des Gaules”, la bataille du Sabis a été une vraie hécatombe. Du côté romain, huit légions étaient donc présentes, soit environ 48 000 légionnaires contre 60 000 combattants. Du côté Nervien, les pertes auraient été presque totales. « C’est plausible, confirme Germaine Leman, on sait que les Nerviens étaient un peuple très nombreux, les chiffres ne sont probablement pas exagérés. César nous dit aussi qu’à la fin du combat, il ne restait plus que 500 guerriers Nerviens, mais dans les années qui suivent, ils se rebellent à nouveau, ils ne sont donc pas anéantis au Sabis ».

En France, c’est plutôt la bataille d’Alésia qui est devenue le symbole du courage gaulois et un élément de construction de l’identité nationale… Mais dans le Nord, le combat des Nerviens est quand même resté dans les mémoires : « En 1957, pour les 2000 ans de la bataille, l’association “les Amis de Bavay” à fait poser une plaque commémorative en l’honneur de Boduognatos, chef des Nerviens”, conclut Germaine Leman.

Retrouvez tous les épisodes de notre séries Les Grandes batailles du Nord – Pas-de-Calais.

Un peu plus de DailyNord ?

6 Commentaires

  1. Les mots “Nord Pas de Calais” et “57 avant Jésus Christ” dans le même titre, ça produit un effet bizarre… Je sais bien que c’est important pour le référencement Google de placer le moche nom administratif de notre région partout, mais quand même… Cet anachronisme est super étrange.

  2. Merci pour cette série, Dailynord fait du bon boulot. La série va t’elle concerner uniquement le territoire de la région ou plus ou moins les voisins ? Car comme nous avons fait pour une portion du département partie du comté flamand, une bataille comme celle de Courtrai nous concerne aussi, non ? Pareil pour la bataille d’Ypres, avec toute la logistique et un front coupant la Flandre belge et française en deux, sans parler du gouvernement Belge réfugié dans la ville des corsaires ou de la poignée de kilomètres nous séparant de ces lieux.

  3. Merci pour le compliment. Nous étions partis dans un premier temps sur les batailles qui ont concerné ce qui est devenu le Nord-Pas-de-Calais aujourd’hui. Mais nous sommes tout à fait disposés à élargir notre périmètre !

  4. D’accord avec vous ! A vrai dire, ce n’est pas seulement une question de référencement : nous avons baptisé notre série “grandes batailles du Nord-Pas-de-Calais” car nous avons trouvé ça plus parlant ! Maintenant, on regardera ce titre autrement…

  5. Ne reste plus à FR3 qu’à nous concocter un peplum cesaro chti comme les font les Roumains avec leurs ancêtres, les Daces empanachés visibles sur Utube ou les *Anglais avec leur docufictions parfaites pour un dimanche ap midi pluvieux. Et Boduognatos comme heros, ça sonne plus viril que Borloo, Daubresse ou Aubry. Allez, Bodu, passe moi le pilum

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