NORDISTE DE L'ÉTAPE

Petite histoire Par | 07H00 | 20 juin 2014

Mondial 2014 : Raphaël Varane, plus « Monsieur Propre » que Blanc ?

À l’origine, la question qui taraudait la rédaction était la suivante : l’ex-Lensois, qui sera vraisemblablement une nouvelle fois titulaire chez les Bleus au Mondial contre la Suisse, se destine-t-il à la carrière d’un Laurent Blanc ou d’un Philippe Christanval* ? Ni l’un ni l’autre finalement. Le premier a concrétisé en titres son énorme talent dans sa deuxième partie de carrière, le second a vu des débuts prometteurs se transformer en chemin erratique. À 21 ans, le natif d’Hellemmes dispose déjà d’une carte de visite ahurissante. Alors, si ces genoux le laissent tranquille et que les petits cochons ne le mangent pas, Raphaël Varane pourrait bien dépasser tous les grands joueurs régionaux contemporains et passés. Analyse du phénomène.

varane-equipe

Ce qui est déjà rassurant avec lui c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être tatoué comme une porte de wc et d’arborer un hérisson mort en guise de coiffure pour jouer au football. Encore moins de jouer au bad boy faussement rebelle, à invectiver l’arbitre la bave au lèvre pour défendre l’indéfendable. À ce niveau, Varane serait plutôt Blanc, sauf que comme le sketch de Coluche, il est plus blanc que blanc, son surnom à Madrid n’est-il pas M. Propre (Don Limpio), sobriquet d’autant plus savoureux lorsque l’on sait que le Real Madrid est également appelé « la maison blanche »…

À la réflexion il n’y a pas eu d’erreur de casting. Pas besoin de s’inscrire sur Meetic, ce joueur hors norme footballistiquement parlant affiche une attitude irréprochable, condition sine qua non pour épouser le destin d’un club aussi classieux que le Real Madrid. « Élégance, jeu de tête, relance, intelligence, maturité » sont les qualificatifs les plus récurrents lorsqu’il s’agit de dessiner les contours du joueur. Cette belle unanimité se prolonge lorsqu’il est question d’évoquer la personnalité de ce jeune homme de 21 ans qui en fait 30 au niveau du discours.. Il suffit de lire l’interview menée par Jean Issartel dans L’Équipe Magazine du 14 juin dernier pour admettre toute la véracité de ce concert de louanges. Sous le titre « Je suis là pour servir, pas pour me servir » on comprend vite que la tête de Varane ne fait pas drelidrelin lorsqu’il marche sur des pavés. Pas arrogant, chaque propos est fouillé, décortiqué mais n’empêche pas le garçon de préciser qu’il ne veut « pas non plus donner l’impression que je suis un gendre idéal ». N’en jetez plus ! Trop beau pour être vrai ?

Les genoux, son Talon d’Achille

Mais tout est trop beau depuis ses débuts. Une formation studieuse et accomplie, premier match en Ligue 1 à 17 ans, capitaine du RC Lens à 18, même un aveugle revenant d’un séjour sur Mars et inculte en matière de foot aurait compris dès les premières secondes que ce joueur ”puait” la classe. La classe justement, celle de l’Éducation Nationale, il ne l’a jamais négligée, passant et obtenant son bac alors que son transfert à Madrid était imminent. Combiens auraient tout plaqué à l’idée de rejoindre ce club galactique ? C’est que le Nordiste a aussi la chance de disposer d’un contexte familial structuré, sans cela peut-être aurait-il rejoint les nombreuses tombes du cimetière des joueurs prometteurs. Enfin, en parlant de cimetière, ses seuls et vrais freins ont été ses genoux qu’on a cru souvent bons pour le Père-Lachaise. So Foot a fait l’inventaire des soucis articulaires du joueur. À 13 ans, on lui décèle la maladie d’Osgood-Schlatter, pathologie maligne provoquant des douleurs fréquentes au genou chez les jeunes sportifs. Ce souci sera son plus fidèle et funeste compagnon , le privant sans doute d’ajouter un autre titre à son palmarès, celui de champion du monde des U20,  trophée que Lucas Digne et Paul Pogba (son compagnon de chambrée au Brésil) peuvent revendiquer. Mais ils n’ont pas gagné la Ligue des Champions, eux. Pourtant, toujours à cause de ses problèmes aux genoux, Varane a vécu une saison en pointillé mais il était bel et bien sur le terrain de Lisbonne pour remporter la coupe aux grandes oreilles, reléguant un Pepe qui pour cette fois portait bien son nom sur le banc. La chance sourit aux audacieux… et certainement aux talentueux.

Et après ?

Titulaire au Mondial, champion d’Europe, d’Espagne, comment garder un tel rythme après une telle série à la précocité stratosphérique ? C’est justement là que l’on distingue les très grands joueurs, ceux qui remettent en permanence leur renommée sur le tapis vert gazonné. Dans le grand monopoly du football, on estimait la valeur marchande de Raphaël Varane à 20 millions d’euros. Après sa victoire en Champion’s League et dans l’hypothèse d’un mondial fructueux, le montant risque d’être multiplié par deux. Sera-ce suffisant à faire renoncer Mourinho dans son souhait de le faire rejoindre le Chelsea d’Eden Hazard, l’autre diamant du Nord ? Allez savoir dans ce milieu où la déraison l’emporte plus souvent que la raison. Et c’est sans doute avec sa tête bien faite que ce garçon d’origine martiniquaise saura surmonter les futurs défis, déjouer les règles de ce monde foot qui n’est en rien celui des bisounours.

En fait si, il lui reste encore un challenge, celui de participer à une saison complète en tant que titulaire, ce qui éloignerait, au moins un temps, le spectre de de ses genoux récalcitrants. On entend au fond de la salle qu’au moins il n’aborde pas la coupe du monde sur les rotules, ok sortez monsieur ! Où en étions nous ? Ah oui, ne pas connaître une sortie de route à la Christanval et glaner des titres et encore des titres. Et si chaque époque ne peut être comparée à une autre, ce footballeur moderne a tous les atouts pour dépasser l’autre nordiste du Real Madrid, Raymond Kopa. Réponse dans une dizaine d’années, ou plus ou moins, les paris sont lancés. Ça me fait penser qu’il me faut racheter du M. Propre pour rendre plus Blanc la surface de réparation de ma cuisine….

* Champion de France 2000 avec Monaco dès l’âge de 20 ans, Philippe Christanval possédait les mêmes caractéristiques que Varane au point qu’on l’annonçait comme le futur Laurent Blanc. Malheureusement, empoisonné par les blessures, il mit fin prématurément à sa carrière sans confirmer son très grand potentiel

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