RETRAITE

Petite histoire Par | 07H30 | 05 juin 2014

Conseil Général du Pas-de-Calais : Dupilet ne rempile pas ou le courage du sage

Son départ coïncide avec celui du Roi d’Espagne. La comparaison s’arrête là. Le roi Dominique (Dupilet) ne désignera pas son successeur au Conseil Général du Pas-de-Calais*. Et son règne semble s’achever dans la sérénité du devoir accompli. Même si quelques coups de vent ont soufflé… Une décision qui appelle commentaires.

dominique-dupilet

Dominique Dupilet sur un plateau télé. Capture d’écran Campagnes TV.

Personne ne contestera que 70 ans font un bel âge. Dominique Dupilet apparaissait comme un de ces dinosaures de notre scène politique. Il a décidé de ne pas rempiler et passe le témoin, non sans conserver son siège de conseiller du canton de Boulogne-sur-Mer-Nord-Ouest. Encore une figure de la génération Mauroy qui prend ses distances. Après tout, dix ans à la présidence d’un des départements les plus importants du pays méritent recul. Un Pas de Calais qu’il a porté vaillamment dans les domaines du tourisme et du développement économique. “Je l’ai anobli ” sourit-il non sans fierté. Le Pas de Calais le vaut bien, il en est convaincu.

Surtout, Dominique Dupilet affiche 43 ans de vie publique au compteur, puisqu’en 1971, il est déjà élu au conseil municipal de Boulogne-sur-Mer. Eléphant de son parti, pilier de ce socialisme départemental encore à son apogée mais plus pour longtemps pour cause de réforme et d’élections, figure locale incontestable et ténor quasi indiscuté. Quand Monsieur Dupilet se met à défendre “le” département, peu songent à passer outre. “62 méfie-teu ! “, un slogan ch’ti qu’il n’a jamais apprécié surtout quand il est proféré par ceux-du-Nord et leurs postures parfois condescendantes sinon arrogantes pour ces terres de cultures et d’incultes. Personne n’a oublié le combat qu’il a mené pour garder le numéro des départements sur les plaques minéralogiques. Un symbole qui n’était pas à côté de la plaque ? Ou encore cette lutte olympienne pour inscrire le Pas de Calais comme base arrière des J.O de Londres en 2012, dont le réel bilan reste à tirer. Des campagnes remarquées sur le fond mais aussi sur la forme qui empruntaient sans barguigner au registre Almanach Vermot ou à la réclame de jouvence pour grand-mère.

Ultra-départementaliste

Personne ne peut douter de sa détermination ultra-départementaliste s’il en est. Le président Dupilet a fait voter à l’unanimité des groupes une résolution anti-suppression des départements le 20 mai dernier (avec une publicité dans les gazettes qui nous a laissé songeurs).  Les combats d’arrière-garde sont souvent les plus disputés. En tout cas, il ne sera pas le président d’un département en voie d’extinction. Lui n’hésite pas à proclamer que l’avenir du Nord est au Pas de Calais et “Le défaut du Pas de Calais, c’est que sa capitale est Lille“. Et de rêver à un rapprochement entre les deux frères ennemis. Un avenir que l’on ose appeler commun et désormais scellé par le célibat forcé imposé par François Hollande lui-même, après un long flirt et des fiançailles avec la Picardie presque publiées… “Le combat de la province contre Paris est commencé, et je veux y prendre une grande part”, ajoute celui qui a longtemps ferraillé contre les élites parisiennes, vilipendant leur parcimonie quand il s’agit d’abonder les budgets des départements. Est-ce la raison profonde qui lui fait renoncer à poursuivre ? Pas seulement. Il invoque le renouvellement des générations et assure s’impliquer dans la vie partisane. A fortiori dans ce Pas de Calais dont les manitous étaient souvent des sexagénaires sinon plus. Roland Huguet, tiens, qu’il considère comme son père en en politique et qui a dételé à 71 ans après quelque vingt-deux années à la tête du Pas de Calais. Pressent-il le PS d’Epinay glisser vers l’abîme comme l’a fait la SFIO à laquelle il a appartenu ? Peut-être. “Le PS est mort. Il a besoin de renouvellement”, répond-il à La Voix du Nord. Et d’ajouter : “Il a besoin de quelqu’un de 40 ans et pas de 70 comme au conseil général“. En plus de la rue de Solférino siège du PS, le futur ex-patron du Pas de Calais pensait probablement à la fédé du département qui, sa tutelle levée, doit elle aussi élire son nouveau numéro un. Y-pense-t-il en se rasant ? Après tout, l’expérience est un atout pour remettre une fédé sur les rails. Lui, qui entretient de bonnes relations avec une Martine Aubry dont il fut un soutien aux primaires présidentielles, jure ses grands dieux n’être pas candidat. Promis, juré, la semi-retraite inattendue de Dominique Dupilet ne doit rien à ce socialisme municipal de copinage et de coquinage trop souvent remarqué à la rubrique judiciaire. La tentaculaire affaire de l’ORCEP  il y a vingt ans – ils étaient 17, dont lui-même, à rendre des comptes devant la justice –  a pu être salutaire chez certains.

Cumulard mais pas trop

Autodidacte – “donc bête“, souriait-il – le jeune Dominique, fils d’un artisan coiffeur, n’avait a priori que peu pour réussir. Sinon un bagout et un sens des rapports humains qui combleront largement le soi-disant déficit de parchemins. L’intelligence du bon sens. En entrant à la fédé Leo-Lagrange (pour apprendre à jouer aux échecs ! il deviendra un des piliers régionaux de cette académie de formation de cadres et d’élus socialistes), un peu grande gueule et presque agitateur, sympa et enjoué, opposant-né, il se fraie un sentier, largement emprunté, précisons-le, vers le parti socialiste alors qu’il aurait très bien pu virer communiste selon son propre aveu**.

Après presque une dizaine d’années à bourlinguer en Afrique et au Liban pour le compte de mouvements de jeunesse et de programmes culturels, il se pose sur la côte d’Opale qu’il n’a jamais délaissée et assure un job d’agent hospitalier à l’hôpital de Boulogne, ville qu’il n’a jamais oubliée. Tout juste élu conseiller boulonnais en 1971 et adjoint, puis suppléant de Louis Le Sénéchal, qui fut maire de Marquise et son prédécesseur à la présidence du Pas de Calais, il s’assied naturellement dans le fauteuil du mentor au décès de celui-ci quelques années plus tard et devient ainsi le plus jeune député de France à 32 ans. Il ne renie pas un solide tropisme qui le taraude depuis le plus jeune âge de fascination pour le pouvoir, même s’il n’a jamais abusé de ses ors et équipages et s’est toujours tenu à l’écart des brillances et des paillettes***. Mais il sera un cumulard patenté – touché par le cumul en 1988, il devra élaguer son chapeau à plumes – et consommera tous les mandats et responsabilités que la république peut offrir à un ambitieux (excepté député européen). Un reproche désormais vidé de tout contenu.

Député dépité

Peu doué pour les échecs (“je ne sais toujours pas y jouer”, lucide, en tout cas), il tentera le tout pour le tout en se présentant à la mairie tant convoitée de Boulogne en 1995 contre son éternel adversaire Guy Lengagne, alors en rupture de ban socialiste, au cours d’un de ces derbys qu’affectionnent les observateurs toujours avides de petites phrases et de coups fourrés. Ils ne furent pas déçus, la rivalité entre Dupilet et Lengagne atteint des sommets de haine amassée et bat des records de rancoeurs accumulées. Mais, abandonnant sa belle commune de Wimereux qui l’avait sacré maire en 1989 et dont il espérait secrètement la transformer en marchepied pour Boulogne, il perdra sur tous les tableaux. En 2001, il espérait un retour de flamme des électeurs wimereusiens mais la mèche fit long feu et il se retrouve alors presque nu quand la bise de la défaite fut venue. Dépité, le bonhomme Dupilet laisse courir le bruit d’une retraite – déjà ! En 2002, il laisse son siège de député à un certain Jack Lang, ancien ministre de la culture en mal de mandat, avec l’assentiment de François Hollande, le distributeur-en-chef de fiefs du PS. C’était mal connaître notre homme aussi roué qu’un maquignon en foire et qui s’adjugera  le moment venu la succession de Roland Huguet à la présidence du conseil général où il fut élu dès 1979. On comprit alors que le retrait de 2002 était un troc. Finalement, pas si manchot, le Dodo !

* Désigné par les instances fédérales du parti et ses pairs, et de justesse face à Olivier Majewicz, le maire d’Oye-Plage, c’est son homologue de Barlin, Michel Dagbert, 52 ans, qui devrait prendre  la tête du conseil général du Pas de Calais dont il est un vice-président. L’élection est prévue à la fin du mois.

** Nord Eclair 14 février 2009, Dominique Dupilet rejoignant ainsi la trajectoire de Daniel Percheron, autre figure de la scène pasdecalaisienne, et qui deviendra socialiste après avoir hésité dans le courant des années soixante, entre Jaurès et Mitterrand, d’une part, et Waldeck Rochet et Jacques Duclos. Les deux hommes se respecteront longtemps, réunis dans la fameuse ligne anti-Mollet, le dernier grand sachem de la SFIO, puis la non moins fameuse ligue anti-Nord, c’est-à-dire anti-Michel Delebarre, le sherpa de Mauroy, avant de se brouiller ces dernières années sur fond de déliquescence du militantisme local et fédération du Pas de Calais dans le collimateur de la justice. De plus, Perch’ aurait préféré un Michel Vancaille, élu du bassin minier à la barre du département plutôt qu’un homme du littoral…Dupilet et Percheron, comme deux personnages d’un roman à l’eau de rose. “Il faut savoir vivre avec”, laisse tomber, laconique, le premier à propos du second.

*** La truculente affaires des abeilles restera dans les annales des chansonniers. Le conseil général avait cassé sa tirelire pour installer sur l’hôtel du département quelques ruches vouées à la promotion apicole. Rien de bien piquant en fait, même si la rumeur avait bourdonné.

3 Commentaires

  1. “Le défaut du Pas de Calais, c’est que sa capitale est Lille“, ben non c’est Arras. Plus sérieusement, Dupilet a au moins le mérite de dire tout haut ce que beaucoup d’élus et d’habitants du département pensent très fort tout bas.

  2. Démissionner à 70 ans, après 43 ans d’indemnités payées par la Republique, son ignorance totale du monde de l’entreprise et de la realité, on ne va pas encore lui jeter des fleurs ? D’autant plus que sa base arrière des Jo de Londres, la dernière lubie de son grand âge, et les voyages luxueux qu’il envisageai à Londres, – par hasard le jour de la finale du 100m ! – pour ” attirer les zinvestiseurs alors qu’il ne parle pas un traître mot d”anglais , un comble pour un elu qui habite dans une region historiquement liée à la couronne d’Angleterre arrosée du sang des Tommies, donnent une image negative de sa carrière politique. Enfin, rappelez vous comment il traitait les journalistes. Claude Beaufort – dans les années 80, je sais c’est la prehistoire, – pourrait en temoigner . Ici on avait Notebart, autocrate primaire et qui ne carburait pas au “Konsensus”, sorte de metomol *politique inventé par Mauroy

    NBN : metomol* gaz rose inventé par Pacôme, Hégésippe, Adélard, Ladislas, Comte de Champignac ami de Spirou ; ce gaz faisait fondre le metai des chars d’assaut de la republique de Palombie et accessoirement la statue du laboureur (?) sur la place du village de Champignac sur Cambrousse.

  3. Un homme à la folie des grandeurs” le château d’Hardelot”, inauguré en 2009 actuellement refait à neuf pour des montants colossaux, des manifestations Mid Summer également des montants fabuleux, le festival d’orgues demander donc le coup de cette manifestation,…. enfin des manifestations pour le roi …. et sa cour. Des dépenses somptueuses
    Des personnels du Boulonnais planqués, enfin heureux qu’il parte…. et qu’il emmène sa bande …

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