ET SI...

Réflexions Par | 07H15 | 13 mai 2014

Martine Aubry, déclin programmé ou ultime recours de la gauche régionale ?

De présidentiable à uniquement maire de Lille et vice-présidente de Lille-Métropole à l’Eurométropole… En trois ans, Martine Aubry a perdu quelques plumes à son chapeau (présidente de LMCU, la deuxième communauté urbaine de France en terme de population, espoir de son camp pour l’Elysée, pour Matignon, premier secrétaire du PS). Faut-il pour autant déjà mettre la “Tsarine”  en préretraite ? 

Martine Aubry n’est plus présidente de LMCU depuis quelques semaines. Déclin ou tremplin ? Photo : Stéphane Dubromel.

On la voit mal battre en retraite, la maire de Lille. Et pourtant, elle a laissé son fauteuil de patronne de la métropole à un alter ego dont on reparlera, ce Damien Castelain, maire rural sans étiquette partisane, soutenu par la gauche minoritaire et qui a déjà travaillé avec Martine Aubry sous le mandat précédent. A première vue, ça apparaît comme un sacré échec : perdre la présidence contre le maire d’un patelin de 900 habitants… Sauf que pour la maire de Lille, ce n’est pas à proprement parler une défaite puisqu’elle n’a pas croisé le fer. Ni un retrait puisqu’elle peut toujours prétendre tirer quelques ficelles dans une majorité dont elle est l’un des piliers et qu’elle est officiellement deuxième vice-présidente.

En 2011, Martine Aubry était bien devant François Hollande…

Reprenons les derniers épisodes de la “saga Aubry”. En 2011, madame était quasi-présidentiable et disputait le titre envié de futur challenger de Nicolas Sarkozy à des personnalités telles Dominique Strauss-Kahn ou Ségolène Royal. Même François Hollande était encore dans les choux de l’opinion et les éprouvettes de son parti. En 2014, la maire de Lille n’est plus que…maire de Lille et a perdu entre temps son statut de Premier secrétaire du PS, de potentiel Premier ministrable, voire ministrable, et bien entendu la présidence de LMCU. Une chute ?

La maire de Lille tire néanmoins son épingle du jeu en s’octroyant la deuxième vice-présidence de LMCU, en charge du rayonnement de la métropole. Un titre de “super VRP” qu’elle affectionne – on se souvient de l’exposition universelle à Shanghaï et de ses missions dans l’Empire du Milieu. Manière d’échapper aux miasmes du microcosme communautaire tout en gardant un oeil sourcilleux sur les affaires locales ? Lot de consolation taillé sur mesure, certes, puisque la tsarine, comme la surnommait ses opposants, a abandonné volontairement son fauteuil et ne s’est pas représentée, contrainte et forcée par un vent contraire, mais poste important. Ce qu’elle perd en prestige, elle le conserve  en influence et en implication locale et nul doute qu’elle saura en percevoir les dividendes politiques. Car une “VP” n’est pas une sinécure. Reste à convaincre les autres partenaires pressentis autour d’un exécutif de toute façon compliqué à former et à gérer car l’arithmétique n’est pas tout. Et quand la politique et la psychologie reprennent leurs droits… La droite saura-t-elle accepter une Aubry de nouveau aux manettes ? Tensions en perspective.

Le vendredi de l’élection en avril dernier, dans la salle des pas perdus de l’hôtel communautaire, l’ancienne patronne de Lille Métropole avouait à qui voulait l’entendre ne pas nourrir de plan de carrière ni d’ambitions personnelles, et que si le destin lui commandait un strapontin de conseiller communautaire, elle saurait rester à sa place. A la communauté urbaine, sûrement, mais ailleurs ?

Une défaite mais un vrai sens politique

Car ses adversaires lui reconnaissent une grande qualité, celle de la stratégie et de la tactique. Profiter ainsi du trou d’air provoqué par la volte-face de Damien Castelain la semaine de l’élection de ce dernier témoigne d’un art certain de l’opportunité et d’un sens aigu du réflexe en politique. Pour Castelain, on saura un jour s’il s’agissait d’une initiative personnelle motivée par le ressentiment, le regret ou la colère à l’encontre d’un allié potentiel redouté à droite, ou conjointe, mûe par un intérêt commun et partagé avec l’autre allié de gauche. Allons donc, Martine Aubry n’a pas téléguidé la main du maire de Péronne-en-Mélantois ni pris le contrôle de son cerveau. Simplement, elle est restée vigilante. Avec elle, la brèche se transforme très vite en béance irréparable. De même réussir à s’imposer ce lundi en numéro trois de LMCU témoigne d’un art consommé d’user de la poudre aux yeux et d’une vraie volonté de ne rien lâcher. Surtout à cette droite qui ne la porte pas dans son coeur.

Quelles perspectives maintenant ?

Quelles sont donc aujourd’hui les perspectives de Martine Aubry ? Matignon ou le gouvernement, ce n’est a priori pas pour le moment. La commission européenne aussi (où elle était pressentie depuis quelques mois), puisque le choix semble s’organiser entre Pierre Moscovici et Elisabeth Guigou. Faut-il pour autant la placer  en préretraite ? Peut-être pas. Et si ? Et si cette gauche groggy du 30 mars se prenait à chercher en la maire de Lille de nouvelles raisons d’espérer ? Nous parlons évidemment des régionales de l’année prochaine ou de l’année suivante. Les chiffres sont cruels et montrent que le dernier mandat de Daniel Percheron ne s’achève pas sous les meilleurs auspices pour une gauche dont le ressac atteint un niveau inquiétant. Tous ces gens-là ont le dos au mur et il y a le feu au lac. Comment faire pour ne pas perdre la région, qui elle aussi a toujours été à gauche depuis Pierre Mauroy son premier président ? Trève de conflits d’ego, au diable les rivalités de personnes, il faut trouver le chemin de l’union sacrée contre la défaite, contre la droite.

Une aura à peu près intacte… ce qui est rare dans la région

Reprenons : une vraie-fausse défaite à LMCU et au suffrage au second degré qui plus est, comme un péché véniel, une aura intacte dans l’univers de la gauche, une réelle envergure de gestionnaire et une expérience probante à la tête de collectivités, une capacité à réunir depuis la gauche du parti jusqu’aux centristes, cette vilaine casserole d’amiante qui ne tintinabule pas plus que çà dans le bureau d’un juge, tout en contenant autant que faire se peut dans sa ville la sirène bleue marine du Front national, une équation vierge des difficultés charriées par l’actualité puisqu’elle n’est pas au gouvernement…et si la tête de liste des socialistes des régionales s’appelait Martine Aubry ? Hypothèse d’autant plus réaliste que le candidat choisi par le parti socialiste n’est autre que Pierre de Saintignon, son bras droit, personnalité respectable qui a pour elle la connaissance des dossiers régionaux.

Mais les lignes bougent très vite et les leçons des municipales sont d’une clarté de glace jusqu’à faire tomber les accords de parti. Certaines prévisions annonçent déjà le sauvetage à gauche de deux régions seulement. Des conclusions qui seront sans nul doute confirmées par des européennes en eau de boudin pour le PS, y compris dans la région. La gauche est en péril. Ses bastions tombent un à un. Roubaix, Tourcoing,…Pas question de jouer avec des électeurs jadis dociles et disciplinés mais devenus méfiants et volatils, tentés par le vote coup de gueule pour le FN ou le ras-le-bol de l’abstention*. Daniel Percheron, le très socialiste patron de la région qui ne se représentera pas, c’est ce qu’il a annoncé – mais sait-on jamais?- aurait préféré un Bernard Roman, le député de Lille, un Patrick Kanner  le président du département du Nord ou un Rémi Pauvros, mais celui sort du jeu puisque battu à Maubeuge. En-ont-ils envie ? Et auraient-ils assez de cartes en main ? Problème : comment vendre à l’opinion un tel jeu de l’oie sur le mode “si je suis patron de la région, je démissionne du département“, “si je suis élu président, je quitte l’assemblée nationale”, ” si je suis présidente de région, je rends mon écharpe de maire de Lille”,  – on soulignera que la maire de Lille a annoncé son dernier mandat – alors que le parti cherche à limiter les cumuls et que l’opinion n’est plus disposée ? Autant s’offrir en pature à ses adversaires.

Des chances de succès aux régionales… si elle veut

Reste que la maire de Lille a en théorie quelque chance de succès** dans un tel cas de figure. La retraite forcée d’un Jean-Louis Borloo annule l’hypothèse d’une droite rassemblée autour du nom de l’ancien ministre. Cette dernière devra donc se chercher de nouveaux vecteurs. L’UDI Valérie Létard, que l’on dit prête à retourner au combat, malgré sa démission peu glorieuse une fois élue en 2010 ? Thierry Lazaro, le maire UMP de Phalempin qui brûle d’un désir de revanche après son humiliation de la même année quand il avait dû s’effacer devant la même ? Ou, une hypothèse certes, mais plausible, un accord avec le FN de Marine Le Pen, l’ogre-croquemitaine de l’arène politique française, en passe de supplanter l’UMP et d’imposer sa feuille de route ? En bref, pour Aubry refaire le coup de la communauté urbaine de Lille, moins le risque d’une majorité sans épicentre puisque scrutin à deux tours et report des voix amies écolos et communistes assurées (à moins d’une liste unique dès le premier tour ?). Sacré challenge pour Madame Aubry qui se déciderait en fonction des chances de l’emporter. Pas gagné. La gauche sait que les divisions à droite seront pour elle un avantage. Avec un nom crédible et qui sonne fort à sa tête, elle en ferait un atout. Reste à convaincre la principale intéressée.

* Pour une analyse plus poussée sur des villes comme Roubaix ou Tourcoing, on se reportera à l’interview du politologue Gilles Kepel, Voix du Nord du 24/04/2014, p. 8.

** Le leader consulaire Philippe Vasseur n’y croit pas. Parole d’orfèvre de la part de celui qui fut lui-même un conseiller régional remarqué. La rumeur  prêtait le mois dernier à la maire de Lille un tel projet. Mais le probable report des élections régionales ôte tout risque de précipitation et autorise la réflexion aux états-majors. D’autant plus que si le Nord-Pas de Calais “fusionne” avec tout ou partie de la Picardie (région “à bascule”, rappelons-le), les stratèges chercheront une offre ad hoc. D’ailleurs, le grand big-bang de Manuel Valls n’est pas exempt d’arrières-pensées électorales. Une personnalité de stature nationale sera évidemment favorite à l’investiture…Serait-ce suffisant à la gauche pour éloigner le spectre de l’alternance?

5 Commentaires

  1. Résumons cet article : les coucous du PS, les vieux surtout, volètent à la recherche d’un nouveau nid. Or les electeurs sont fatigués de voir toujours les mêmes leur tenir un discours identique pour jouer aux chaises musicales./

  2. je crois cette hypothèse très plausible, des bruits circulent dans ce sens

  3. Elle se drape des habits de gauche mais Aubry n’est que le faux nez de la droite dure. Que les militants du PS qui se disent de gauche (si si il en existe encore) déchirent leurs cartes et votent pour la seule frange qui représente leur idéal: le Front de gauche, LO, NPA… Au dessus de cette frontière on ne peut être que de droite. Les habitants de Lille, ces parasites de notre région, sont donc majoritairement de droite. Non, ils sont plutôt cons et égoïstes. CQFD.

  4. “Les habitants de Lille, ces parasites de notre région, sont donc majoritairement de droite. Non, ils sont plutôt cons et égoïstes”. Texto! . De temps en temps, on doit souffrir pour la liberté d’expression.Souffrons donc. Mais comme le Major Thomson ” Fermons les yeux et pensons à l’Angleterre”…

  5. Souffrez Odeladeule, souffrez. Malheureusement votre prose condescendante n’effacera pas la réalité d’une métropole qui étouffe le reste de la région. J’imagine que vous regardez avec satisfaction ces bataillons de travailleurs se farcir des bouchons chaque jour et qui représenteront au final des mois de leurs vies flanqués en l’air pour simplement aller bosser. Alors qu’une plus juste répartition des activités au niveau des territoires est tout sauf utopique. Simple exemple. Hé oui, refuser cette évidence c’est être con et égoïste. Texto. “De temps en temps, on doit souffrir pour la liberté d’expression”. Est-ce le révélateur d’une étroitesse d’esprit? J’en doute à la lecture de vos autres coms. Mais sauf si vous revenez d’un long séjour sur la planète Mars, croyez-vous que la bataille contre l’indigence de notre personnel politique et la montée du FN se livre à coups de pétales de fleurs? Bon, je ne pense pas que Mélenchon sera intronisé un jour dans votre hall of fame. A chacun ses standards.

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