ON A TESTÉ

Réflexions Par | 07H20 | 12 mai 2014

Lille et la métropole sont-elles faites pour le vélo ?

Organisé en mai, le Challenge européen du vélo vise à encourager et développer la pratique du deux-roues dans la métropole lilloise. Initiative louable. Mais nos rues sont-elles faites pour les cyclistes amateurs ?  Deux de nos jeunes journalistes (faut bien les occuper), peu au fait du vélo en ville, ont testé différents parcours. Et vous donnent quelques réponses (avec quelques infos au passage).

Par Isabelle Torfs et Blaise Touron

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Un gars, une fille, deux V’Lille. Photo : Stéphane Dubromel.

Que penser du V’Lille ?

Première inquiétude légitime, trouve-t-on facilement des V’Lille dans les rues lilloises ? Bonne nouvelle, sur les parcours testés en journée (qui passaient par Lille, La Madeleine, Roubaix, Lomme, Lambersart et Villeneuve-d’Ascq), il n’y a jamais eu d’attente pour prendre un V’Lille, ni pour le rendre. C’est logique, confirme Sébastien Torro-Tokodi, chargé de concertation à l’ADAV (Association droit au vélo), interrogé après le test :  “Les rotations de vélos sont assurées par Transpole et ça fonctionne plutôt bien. Des camionnettes viennent rajouter des vélos là où il en manque et inversement.

Mais a-t-on accès au V’Lille de la même manière dans toutes les villes de la métropole ? Pas vraiment. Si Roubaix compte 32 stations, Lomme et Lambersart réunies n’en a même pas une dizaine, d’ailleurs plutôt mal réparties géographiquement. On les trouve surtout le long de la ligne de métro et sur les grands axes qui rejoignent Lille. Pour ceux qui habitent plus loin, mieux vaut opter pour la location longue durée. Même problème de répartition des stations à Saint-André et Ronchin par exemple. Quant à Loos, pourtant pas très loin du centre de Lille, elle ne compte aucune station V’Lille.

Du point de vue pratique, pas de souci : la location débute sur internet ou directement sur place dans les stations équipées d’un lecteur de carte. Le système est plutôt bien rodé. Une carte bancaire, quelques clics, on ajuste la selle et hop, c’est parti ! Première impression : la bécane est plutôt lourde et pas forcément facile à manipuler. Une fois dessus, on s’habitue.

Se sent-on en sécurité sur un vélo dans la métropole ?

Ça dépend clairement des endroits. En l’absence de bande ou de piste cyclable, la situation peut rapidement devenir stressante pour le novice. Quelques endroits plutôt dangereux : la rue Faidherbe à Lille, aux trottoirs devenus si larges que les automobilistes tendent à faire quelques écarts pour se laisser de la place,  sans trop faire attention aux cyclistes. Ou encore la rue du Général de Gaulle, à la Madeleine, la principale artère de circulation. Sur les axes fréquentés, quand il n’y a ni bande cyclable, ni couloir de bus, c’est chacun pour soi.

Quid des aménagements pour les vélos ? Ceux-ci peuvent parfois s’avérer déroutants. Exemple au boulevard de la Liberté à Lille : la voie cyclable, située dans un couloir de bus, n’est pas vraiment délimitée. Le vélo doit donc trouver sa place dans la circulation. Cette configuration se retrouve malheureusement un peu partout dans la métropole mais “il ne faut pas avoir peur, affirme Sébastien Torro-Tokodi, un travail de sensibilisation a été fait auprès des chauffeurs de bus, qui sont devenus plus attentifs, moins pressés et surtout moins pressants“. A méditer quand vous roulez dans les couloirs de bus.

Heureusement, il est quand même possible de profiter sereinement à vélo de quelques itinéraires. D’une manière générale, la piste cyclable isolée de la route reste le paradis du cycliste, à l’exemple du quartier de la Haute-Borne à Villeneuve d’Ascq, le long de la voie rapide à Lille quand on vient de La Madeleine. Sur l’avenue de Dunkerque qui relie Lomme, Lambersart et Lille, pas de souci non plus : la bande est large, les feux sont fréquents, il suffit de suivre le mouvement et tout se passe bien malgré la circulation importante.

Reste qu’il faut quand même se méfier des automobilistes distraits qui ouvrent leur portière :”Un conseil, nous dit Sébastien Torro-Tokodi, en tant que cycliste, on a tendance à se faire tout petit, à s’effacer, à raser les trottoirs, c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Le cycliste doit s’affirmer, prendre toute la place qui lui est réservée, pour être ainsi mieux aperçu par les automobilistes“.

S’y retrouve t-on facilement quand on veut aller d’un point A à un point B ?

Les vélos bénéficient de leurs propres itinéraires et leurs propres sens interdits. Pas toujours évident de s’y retrouver quand on ne connaît pas les lieux ou si peu. Des cartes sont disponibles dans les “maisons V’Lille” et les mairies mais il faut le savoir ! De manière générale, on s’aperçoit rapidement que le cycliste ne sait jamais à quoi s’attendre. Les règles changent à chaque coin de rue. On passe d’une piste à une bande cyclable,  puis à un simple marquage au sol, puis plus rien… Ou inversement avec parfois des panneaux ou des feux dédiés aux vélos, parfois rien.

Lors de notre test, pour aller du parc Jean-Baptiste Lebas à la gare Lille-Flandres, nous avons emprunté le Boulevard de la Liberté. Certes, il y a plus court, mais la signalisation spécifique aux vélos et autres double-sens cyclables a désorienté notre collaborateur à bicyclette. Même problème dans l’imposant carrefour qui relie La Madeleine au Vieux-Lille : la piste cyclable est neuve et la signalisation bien présente. Peut être même trop : des feux dédiés, des panneaux, des marquages dans tous les sens, finalement, il faut un certain temps pour comprendre de quel côté partir pour rejoindre Lille. Quant à Roubaix, on s’y perd souvent : malgré ses nombreuses stations V’Lille, la ville d’arrivée d’une des courses cyclistes les plus médiatisées, semble paradoxalement manquer d’infrastructures vélos sur ses grands axes.

Nos jeunes journalistes sont-ils peu doués ? Non. Cette problématique d’itinéraire est prise au sérieux par l’ADAV, qui planche actuellement sur une intégration des trajets vélos au calculateur d’itinéraires de Transpole. Autre conseil donné par notre interlocuteur : OpenStreetMap, un site communautaire qui permet de noter la “cyclabilité” des rues de France.

Les mentalités sont-elles déjà prêtes au vélo ?

Concrètement, sur la route, le cycliste peu averti ne se sent pas franchement à sa place. Si la cohabitation avec les bus s’est améliorée, elle reste compliquée avec les voitures. On entend les moteurs vrombir d’impatience derrière soi, on se fait parfois frôler de très près. Bref, on a l’impression de gêner. Pour couronner le tout, les bandes cyclables, quand elles existent, servent souvent de “dépose minute” aux automobilistes, particulièrement devant les gares ou dans les zones commerçantes.D’ailleurs, le blog Lille au Blaireaux s’amuse à photographier toutes ces incivilités.

Lorsque le cycliste a enfin droit à une vraie piste cyclable, ce sont les piétons qui la prennent pour une annexe du trottoir. Dure, la vie de cycliste… Reste que les vélos sont encore peu nombreux dans la métropole, ce qui implique qu’on oublie vite que des espaces leur sont dédiés. Résultat :  les cyclistes prennent peur et se réfugient de plus en plus sur les trottoirs ce qui met alors en danger… les piétons.

Selon Sébastien Torro-Tokodi, cela relève de “l’absence d’un système vélo, alors qu’il existe bien un système voiture. Nous travaillons en ce moment à la mise en place d’un tel système. Il s’agirait non seulement de créer les infrastructures, mais aussi les services comme ceux que l’on peut trouver pour les voitures (réparation, vente etc.) et surtout d’élaborer une communication plus forte autour du vélo.

Quels sont les prochains aménagements prévus pour le vélo dans la métropole ?

L’ADAV a relevé une cinquantaine de points noirs dans la métropole. Selon Sébastien Torro-Tokodi, les traiter tous coûterait entre 50 et 80 millions d’euros à LMCU. Parmi ces points noirs, le rond-point de la Porte des Postes, avec un projet de passage surélevé à 500 000 euros dans les cartons. “La plupart des points de jonction entre la périphérie et le centre ville posent d’ailleurs problème” souligne l’association.

Concrètement, les prochains aménagements concerneront surtout sur la création de nouvelles bandes cyclables, rue du Molinel et rue Javary à Lille par exemple. Concernant les V’Lille, ils sont actuellement 5 700 dans la métropole, confirme Sylvain Crampon, chef de produit V’Lille chez Transpole. Soit “2200 en libre-service et 3 500 en location longue durée. Les 2 200 sont répartis sur 218 stations“. L’objectif initial était de passer à 10 000 vélos en 2014, en augmentant notamment les locations longue durée. La politique a depuis été réévaluée pour rajouter développer les stationnements vélo : 28 projets d’abris sont en cours (il y en a douze aujourd’hui), 2 000 arceaux supplémentaires ont été achetés pour accrocher les bicyclettes dans la rue. La métropole lilloise, qui compte aujourd’hui 500 kms d’aménagements cyclables (bandes, pistes), ambitionne que 10% des trajets s’effectuent en vélo en 2020… contre 2% estimés en 2006.

En conclusion, la métropole lilloise a bien pris le virage du vélo mais devra encore pédaler un moment avant de pouvoir rivaliser avec ses voisines avec la glorieuse Amsterdam par exemple. Là-bas, la création d’infrastructures dédiées aux vélos a fait augmenter le trafic cycliste de 44% en 20 ans. D’ailleurs, les vélos ont désormais aussi leurs propres embouteillages et leurs propres problèmes de stationnement, avec 880 000 vélos pour 800 000 habitants.  Chaque jour, 490 000 personnes y arpentent 761 kms de pistes et bandes cyclables. Autres chiffres impressionnants : la capitale hollandaise compte 10 000 stationnements vélo autour de la gare et 220 000 arceaux. Bref, y’a encore du boulot dans la métropole lilloise…

5 Commentaires

  1. Cycliste à la fois sportif et du quotidien, je pense que vouloir comparer Amsterdam à Lille c’est comme dire… osé et un peu incomparable! C’est un peu comme comparer le Mont Cassel et l’Himalaya.
    Déjà (comme à Amsterdam) il n’est pas nécessaire d’avoir des pistes cyclables partout pour se sentir en sécurité.
    Exemple: dans une petite rue en ce mettant au milieu de la chaussée, personne peut nous doubler et les voitures à la suite font du forcing mais avec un peu de cran au départ (et après on s’en br****le) le cycliste reste au milieu. On avance posé et la vie continueau rythme du cycliste. Alors que qu’avenue de Dunkerque, justement je trouve assez dangereux à cause des portières et des nombreux feux qui coupent le cycliste tous les 100m.

    Ensuite pour favoriser l’usage du vélo y faudrait vraiment améliorer le revetement pavé du vieux-lille. On a justement l’impression de faire Paris-Roubaix.

    Avec l’usage, outre la réduction du nombre de voitures et leurs vitesses, je vois que c’est aussi beaucoup du ressort du cycliste sa propre sécurité. En dehors du gilet jaune par une nuit d’hiver en périphérie (à Loos par exemple), il ne faut pas avoir peur de s’imposer, d’être sur de sa trajectoire. On m’a par exemple déjà klaxonné car j’avançais pas assez vite, je ralentis.

    “Partageons la route” dixit la Sécurité Routière.

    P.S: Je vais peut-être vous blesser mais c’est pas en faisant un petit tour pour un article qu’on voit si Lille est faite pour le vélo, c’est à l’usage sur 1 , 2 ans. C’est comme si on testait une voiture on fait 1000 km avec et on dit “elle est super” et à 10 000 km y a l’embrayage qui casse… Nan mais si on compare à Marseille, Lille est une ville très cyclable et y a quand même une volonté politique importante.

  2. @abil59 : vous ne nous blessez pas, rassurez-vous.
    Concernant le petit tour dans Lille pour faire le test, tout à fait d’accord avec vous : dans l’idéal, il faudrait du très long cours. Ceci dit, ce qui nous paraît intéressant, c’est d’envoyer deux jeunes journalistes, qui n’ont pas l’habitude de faire du vélo en ville, dans Lille, pour une journée. Comment ont-ils ressenti ça ? Pas sûrs qu’ils y retournent de sitôt… et ça montre justement qu’il y a encore du boulot pour rendre la métropole “cyclable”.
    Pour Amsterdam, vous avez raison aussi : c’était plus pour donner quelques éléments chiffrés d’une ville “parfaitement vélo”.

  3. Petites précisions à apporter, il me semble. Il n’est pas mention du decret de la ville affirmant que les cyclistes peuvent griller un feu s’ils tournent à droite, est ce vrai partout ou juste à lille ?
    Quand au coût de chaque v’lille et des profits occasionnés par la location, il manque l’info. Vous n’avez pas noter non plus le fait qu’il faut avoir 200€ sur son compte en banque pour louer un v’lille (et donc les pauvres à partir du 15 du mois ne peuvent plus en louer un ).

  4. @ precisions: theoriquement, il est possible de passer au feu seulement ou il y a le petit cedez le passage avec le velo jaune que ce soit a lille, biarritz ou triffouilly les oies.
    Dans le reel… Honnetement qui est panneau ou pas ca change rien. Les panneaux sont plus venus a cause de l’usage que l’inverse.

    N’oublions pas qu’a part les mesurettes de ces dernieres années, le code de la route n’a pas ete fait pour les velos.

    Tres bonnes precisions de votre 2e paragraphe effectivement.

  5. @precisions
    Effectivement, il est nécessaire d’avoir 200€ sur son compte pour pouvoir s’abonner, pour couvrir la caution en cas de perte/vol/dégradation du V’Lille
    Pour ce qui est de la permission de « griller » les feux, il s’agit plutôt d’une transformation du feu rouge en « cédez le passage », puisque le cycliste reste non-prioritaire. Cette autorisation ne s’applique qu’en présence d’une signalisation spécifique, celle que décrit @abil59.

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