GROS SOUS

Réflexions Par | 07H20 | 14 mai 2014

Les Européennes ou encore un milliard d’euros à dépenser dans le Nord – Pas-de-Calais (2)

Elle dépense aussi bien de l’argent sur le site des Deux Caps sur la Côte d’Opale que dans le Louvre-Lens. Elle aide à la mise en place d’une médecine à distance comme à la formation de salariés chez Arc International ou Sevelnord. Dans le Nord-Pas-de-Calais, l’Europe soutient de très nombreux projets. Deuxième volet de notre dossier (relire également Trois questions simples… mais essentielles).

L'Europe a déboursé de l'argent pour le site des 2 caps. Mais n'a pas été convaincue par le projet de Nausicaa IV. Crédit photo P. Mores

L’Europe a déboursé de l’argent pour le site des Deux Caps. Mais n’a pas été convaincue par le projet de Nausicaa IV. Crédit photo P. Mores

1,1 milliard d’euros. Une somme rondelette, que l’Europe a dépensé sur la période 2007-2013, dans le Nord-Pas-de-Calais. Objectif global : réduire les disparités induites par l’ouverture des frontières et les élargissements. « Cette enveloppe a été calculée selon des critères sociaux et économiques en tenant compte du PBI par habitant inférieur à la moyenne européenne », explique Laurent Hottiaux, secrétaire général pour les affaires régionales (SGAR) en préfecture de région Nord-Pas-de-Calais.

Avec un PIB qui n’atteint que 88,7% de la moyenne communautaire européenne, le Nord-Pas-de-Calais fait même aujourd’hui partie des “régions en transition”, comme neuf autres régions françaises (Picardie, Basse-Normandie, Lorraine, Franche-Comté, Poitou-Charentes, Limousin, Auvergne, Languedoc-Roussillon et Corse). Ce statut a justement été créé pour donner un coup de pouce financier pour les territoires de l’entre-deux, n’étant pas assez riches pour relever des politiques de “compétitivité” et pas assez pauvres pour faire partie des politiques de “convergence”. Une entre-deux qui a déjà sauvé la mise au Nord-Pas-de-Calais qui sans cela, serait sorti du dispositif. Et qui ne sera valable que jusqu’en 2020.

Un nouveau milliard jusqu’en 2020

Pour bien comprendre le financement des actions dans le Nord-Pas-de-Calais, il faut d’abord avoir en tête que les aides attribuées, toujours en co-financement, sont rattachées à trois grandes politiques, pour lesquelles l’Europe intervient à l’échelle régionale : la politique de cohésion, la politique agricole commune et la politique commune de la pêche. « En cinq ans, l’Europe a financé plus de 15 000 projets au total en Nord-Pas-de-Calais », calcule Laurent Hottiaux. C’était déjà le cas en 2000-2006. Et ce sera encore à peu près la même somme pour 2014-2020.Après, il y a fort à parier que la région ne pourra plus prétendre à avoir autant d’argent. Ou en tout cas, pas aussi facilement.

Le secrétaire général du SGAR en profite pour rappeler que le Nord-Pas-de-Calais n’a donc jamais rendu de crédits européens « grâce à l’attitude proactive des porteurs de projets dans la région ». L’ensemble des fonds alloués par la région ont toujours été investis. Sous-entendu que si toute l’enveloppe attribuée n’est pas dépensée sur une période, elle est diminuée lors de la session suivante.

Avec 700 millions d’euros rien que pour la région, le FEDER, le fonds européen de développement régional, s’est consacré globalement aux investissements réalisés pour le développement de la compétitivité des entreprises et a financé de multiples infrastructures liées à la recherche et communication, l’environnement, l’énergie ou encore le transport.

CNRS, Universités, V’Lille et Pas-de-Calais Habitat ont profité de l’Europe

Côté innovation et recherche, parmi les principaux bénéficiaires, on trouve par exemple le CNRS Nord-Pas-de-Calais, les universités de Lille I et II, Valenciennes et Hainaut-Cambrésis, la Chambre de commerce et d’industrie, l’Ecole des mines de Douai, l’Institut Pasteur de Lille ou encore la Plaine à Images à Tourcoing.

Côté environnement, le FEDER a par exemple financé l’aménagement du site des Deux Caps (depuis 2000, avec un peu plus de 14 millions d’euros), aidé le conservatoire botanique de Bailleul ou les espaces naturels régionaux, entres autres. Pour réduire les factures énergétiques, l’Europe a subventionné de grands bailleurs comme SIA Habitat, Pas-de-Calais Habitat, Villogia ou encore Partenord. « Les 4400 logements rénovés en région ont nécessité 120 millions d’investissement. »

Du point de vue transports, des aides ont été versées à LMCU pour le V’Lille, à Réseau Ferré de France pour la modernisation de l’axe Calais-Dunkerque (30 millions d’euros) ou à la SNCF pour la mise en place du parc à vélo à Lille-Flandres mais aussi au SITURV pour le tramway de Valenciennes.

Pionnier en télé-santé grâce à l’Europe

« Grâce à l’Europe, la région est devenue pionnière en matière de télésanté », souligne Laurent Hottiaux. Exemple phare, la TéléAVC pour une meilleure prise en charge des accidents vasculaires-cérébraux, en apportant une expertise à distance aux urgentistes des établissements demandeurs. Pour un total de 17 millions d’euros investis. L’un des projets phares financé par le FEDER ces dernières années est bien évidemment le Louvre-Lens (avec 35 millions d’euros), considéré comme un « levier de développement culturel et économique ».

Reste que les fonds européens ne peuvent pas tout financer n’importe comment. Les élus du Boulonnais l’ont appris à leurs dépens avec le projet de Nausicaa IV : pour co-financer la structure aux côtés du conseil régional et de la communauté d’agglomération, l’Europe est très pointilleuse sur les exigences environnementales et/ou éducatives. Et n’est pas pour le moment prête à signer un chèque de 20 millions d’euros rien que pour un équipement touristique et ludique. Ce n’est d’ailleurs pas du tout la raison d’être du FEDER.

Aide à la formation et la transition

Autre gros morceau de la politique d’intervention en région, le FSE, le Fonds social européen, avec 380 millions d’euros. Il vise à soutenir la promotion de l’emploi, en accompagnant les mutations chez les salariés, en luttant contre l’exclusion et en s’intéressant au chômage des jeunes (en finançant des structures comme Pôle Emploi et les missions locales ainsi que différentes associations professionnelles ou d’insertion). « Chaque année, près de 100 000 personnes bénéficient du FSE en Nord-Pas-de-Calais dont 10 000 salariés », note le SGAR. « L’aide du FSE a été récemment élargi aux actions des entreprises de plus de 250 salariés dès lors qu’il s’agit de répondre aux effets de la crise économique et de venir en aide à des salariés exposés à la perte d’emploi ou au chômage partiel ». Parmi les entreprises qui ont reçu des aides pour la formation du personnel, on trouve la Française de mécanique, Selvelnord, Renault ou encore Arc International.

Le FEADER, Fonds européen agricole pour le développement rural, a dépensé 63 millions d’euros dans la modernisation des bâtiments d’élevage. « Près de 1700 exploitations ont ainsi pu bénéficier d’une aide financière directe pour 125 millions investis au total », résume Laurent Hottiaux. Enfin, le Fonds européen pour la pêche (concernant le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie) a consacré 8 millions d’euros à l’aide à l’installation de jeunes pêcheurs et à la re-dynamisation des ports de pêche par exemple. Et notamment celui de Boulogne-sur-Mer.

3 milliards d’euros en 20 ans… mais ce n’est pas décidé par les députés européens !

Entre 20 ans, sur la période 2000-2020, ce seront ainsi 3 milliards qui auront été consacrés à la région Nord-Pas-de-Calais à travers ces différentes politiques européennes. La suite après 2020? On parle déjà des programmes Horizon, pour des projets en recherche et développement assez béton. En tout cas, les futurs eurodéputés ne pourront pas beaucoup influer sur le sujet. Conformément aux traités, c’est la commission européenne qui choisit “l’ordre du jour” à soumettre au vote du parlement. La commission européenne étant composée de 28 commissaires, nommés par un président, lui-même proposé par le conseil européen, c’est-à-dire les chefs d’Etat et de gouvernement. Espérons qu’ils continueront d’avoir une petite pensée (financière) pour le Nord-Pas-de-Calais.

2 Commentaires

  1. Utile rappel pour les fans de Marine Le Pen. C’est vrai qu’au château du borgne à St Cloud,la ville ne doit pas emarger aux fonds européens. C’est fascinant de voir les elus locaux dire pire que pendre de l’UE alors qu’on sait parfaitement que la moindre pissotière dans leur commune a été financée en partie par Bruxelles.

  2. “Le secrétaire général du SGAR en profite pour rappeler que le Nord-Pas-de-Calais n’a donc jamais rendu de crédits européens “. Pas si sûr. On se permettra de rappeler qu’en 1995, le directeur du SGAR de l’epoque, M Remi Thuau avait fait editer en catastrophe un tryptique envoyé à toutes les communes de la region pour secouer les puces des elus locaux car l’enveloppe de crédits n’avait pas été consommée ! C’est à cette occasion que le premier site web sur le sujet des aides européennes avait été créé à Lille et hebergé chez Nordnet, site salué par la presse economique car c’etait neuf et Internet en etait à ses balbutiements. On nageait dans le marshmallow puisque Pasqua, ministre de l’interieur à l’epoque interdisait aux prefectures d’avoir des adresses electroniques ! Ce qui n’empêchait pas les geeks fonctionnaires d’avoir un modem 28K caché dans un tiroir de leur bureau. …

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