REPORTAGE

Un quinquennat à Denain et Saint-Omer Par | 14H00 | 19 mai 2014

Projet Quinquennat : à Denain, la rénovation de l’ilot Basly, un jour peut-être ?

Rénovation urbaine. Une belle expression qui ne fait pas que des heureux. Comme à Denain, où la transformation du quartier de l’Ilot Basly fait grincer quelques dents. Prévue déjà en 2008, elle a été relancée dans le programme d’Anne-Lise Dufour-Tonini cette année. Dans le cadre de notre Projet Quinquennat au cours duquel nous suivons deux villes, Saint-Omer et Denain, pendant cinq ans, ça valait le coup d’aller y faire un tour.

Dès l'entrée de la rue Basly, on trouve la première parcelle quasi-remblayée en intégralité. Ne reste qu'un bâtiment encore debout. Photos : Stéphane Dubromel.

Dès l’entrée de la rue Basly, on trouve la première parcelle quasi-remblayée en intégralité. Ne reste qu’un bâtiment encore debout. Photos : Stéphane Dubromel.

L’Ilot Basly. Déjà pour qui ne connaît pas ou peu Denain, il faut trouver ce fameux îlot, caché dans le quartier du Nouveau Monde. Car ici, en cette fin du mois d’avril, pas de grues, ni autres engins de travaux pour aiguiller les journalistes mais seulement une pharmacienne sympathique qui nous indique les lieux. En fait, un terrain vague où l’on devine les restes des habitations démolies. Un peu plus loin, certaines bâtisses tiennent encore debout, on ne sait trop comment. L’endroit est désert… enfin presque : quelques oiseaux, nouveaux occupants, s’échappent par les fenêtres ouvertes. Dans les rues qui entourent l’Ilot, cependant, des gens vivent avec au fond de leur jardin une vue directe sur ce décor post-apocalyptique. En voyant arriver le couple rédacteur-photographe, les habitants interrogent d’ailleurs, les dents serrées : « Vous travaillez pour la mairie ? » Autant dire qu’il vaut mieux être journaliste. Pour une fois…

Un projet qui ne date pas d’hier

L’Ilot Basly. Devenu un quartier vieillissant au sein du Nouveau Monde à l’ouest de Denain, il a été peu à peu délaissé par ses habitants. Les logements ont souffert des outrages du temps. Un projet de reconstruction surgit d’abord en 2008. Une idée plutôt louable donc, détruire les vieilles bâtisses insalubres et abandonnées pour faire naitre quelque chose de neuf. Patrick Roy, ancien maire de Denain, avait lancé le projet, pour finalement le remettre en sommeil devant une première levée de boucliers. En 2011, suite au décès du député-maire, Anne-Lise Dufour-Tonini, sa remplaçante, reprend les rênes de ce sujet controversé.

La rue Basly se compose d'une succession de garages fermés, et de palissades de chantier. Photos : Stéphane Dubromel.

La rue Basly se compose d’une succession de garages fermés, et de palissades de chantier. Photos : Stéphane Dubromel.

Dans les ruines, les rumeurs

Reste qu’en 2014, la requalification du quartier semble toujours bien floue. Selon la mairie, le projet reste même pour le moment « non-défini. Aucun projet n’a vraiment été validé quant à la reconstruction, et rien de concret ne naitra avant la fin des acquisitions foncières, qui prennent du temps ». Du coup, ce brouillard autour de l’avenir de l’Ilot Basly fait naitre, comme souvent dans pareils cas, toutes sortes de rumeurs : tours, logements sociaux, « il parait même que ce sont des Roubaisiens et des gens de Lille Sud qui vont venir vivre ici », craignent plusieurs riverains, rencontrés ici et là. Pour notre interlocutrice en mairie, ce sont des idées farfelues. « Certaines maisons doivent encore être détruites, pour enfin débuter les travaux. Si rien de concret n’est mentionné pour le moment, nous savons déjà que les travaux ne mèneront pas à des tours. Rien ne dépassera en hauteur, on parle au contraire d’un endroit aéré, avec des espaces publics, comme un parc ou une place, un peu de verdure, entourés par des T2 ou T3.” Quant à la peur d’une venue en masse de métropolitains, là encore, la mairie calme le jeu : certaines habitations serviront à reloger les habitants du quartier, d’autres trouveront preneurs par des non-Denaisiens qui montreront leur intérêt.

« Un projet comme ça ne fera jamais l’unanimité »

Bref, on le sent bien, le temps a beau passer… « l’incompréhension règne », regrette le trésorier de l’association des 3B (Bériot Brunet Basly), née officiellement en 2009 (l’association est présidée par Sabine Hebbar, qui s’est présentée contre Anne-Lise Dufour-Tonini aux Municipales et a aujourd’hui sa place au conseil municipal). Le boucher, qui précise fièrement qu’une scène du film Etats de Femmes, de Katia Lewkowicz, a été tournée dans son échoppe l’an dernier, continue : « Les Denaisiens ne comprennent plus : un projet nait dans leur dos, puis disparait, puis revient sur le devant de la scène. C’est vrai, Anne-Lise Dufour semble plus prompte à instaurer le dialogue, l’association l’est également. Certains habitants n’ont pas digéré le manque d’informations. D’autres ne veulent pas se voir privés d’une partie de leur jardin au profit des travaux. Et c’est normal, un projet comme celui-là ne fera jamais l’unanimité. »

Sur l'îlot, reste de travaux. Dans la rue Arthur Brunet, sur les flancs de l'îlot Basly, maisons et commerces rachetés. Photos : Stéphane Dubromel.

Sur l’îlot, reste de travaux. Dans la rue Arthur Brunet, sur les flancs de l’îlot Basly, maisons et commerces rachetés. Photos : Stéphane Dubromel.

Intérêt général contre intérêt particulier

L’unanimité pour requalifier le quartier, c’est bien le problème… dans un domaine où il faut trouver l’équilibre entre intérêt général et intérêt particulier. Entre volonté de changer une ville et sentiment légitime de ne pas vouloir se faire flouer. La preuve avec cet autre riverain : « On ne nous dit rien, une rue doit sortir de terre à côté de chez moi, pour rallier l’Ilot, les deux maisons à côtés de la mienne vont d’ailleurs être détruites pour ça. J’apprends qu’en plus, quelques mètres de mon jardin doivent disparaitre dans l’avancement des travaux. Moi, je suis locataire, je ne peux rien faire, mais pourquoi je perdrais cinq mètres de jardin pour une rue dont je ne vois pas la nécessité ? »

Rue Lebret, le côté le plus large de l'îlot. La majorité des habitations sont classées grâce à la présence du terril du Renard. Pourtant, certaines vont être détruites pour créer une route menant au nouveau quartier (photo de gauche).  Photos : Stéphane Dubromel.

Rue Lebret, le côté le plus large de l’îlot. Certaines maisons vont être détruites pour créer une route menant au nouveau quartier (photo de gauche). Photos : Stéphane Dubromel.

Du neuf en 2017 ?

Deux maisons plus loin, un homme, aux mains plongées dans le moteur de sa voiture, lâche quelques instants ses outils pour donner son sentiment pas plus enjoué:  « La mairie veut balayer notre mémoire, s’insurge cet habitué des réunions des 3 B. J’ai grandi ici. J’ai toujours connu les maisons à côté de la mienne, les gens qui vivaient ici travaillaient à la fosse Renard (dont on voit le terril depuis l’îlot, classé au patrimoine de l’Unesco depuis juin 2012). Anne-Lise Dufour-Tonini elle-même a grandi ici, on dirait presque qu’elle veut effacer le passé de son quartier. » Le passé. Encore une fois, cette drôle d’ambivalence toute denaisienne, déjà rencontrée à plusieurs reprises lors de nos reportages, rejaillit : une ville qui voudrait se projeter vers l’avenir pour effacer notamment le fardeau d’une des communes les plus pauvres de France, certains habitants qui regrettent ce passé révolu ou en tout cas entretiennent cette flamme…

Et en attendant, dix ans après les premières rumeurs (on en parlait déjà en 2004), six ans après avoir été ressorti des cartons puis de nouveau mis en sommeil, le projet de l’ilot Basly continue de faire parler de lui. Question à mille euros :  aura-t-il avancé à la fin de notre projet Quinquennat ? Rendez-vous en 2017.

Tous nos articles du Projet Quinquennat

2 Commentaires

  1. Mouais, l’ambivalence n’est pas propre à Denain, elle surgit partout où les élus pensent faire comme si les habitants n’existent pas : “On ne nous dit rien”, c’est le début de l’un de vos témoignages, et ce monsieur n’invente rien. J’ai grandi à côté de Denain, les gens là-bas y sont de vrais nordistes, casaniers, bosseurs, fiers et attachés à une histoire dure mais glorieuse – les souvenirs restent des mineurs qui ont relevé le pays après 45 (et à qui on a fini par envoyer la troupe). Même chose pour Cail et Usinor, c’était pas rien, on y reste attaché d’autant plus que l’avenir tarde à se concrétiser. Quant à cette espèce de frénésie de certains décideurs à effacer un passé qu’ils ont eux-même vécu, ce n’est pas une invention, cf. ce docu amateur réalisé dans le Pas-de-Calais exactement sur ce sujet : http://www.dailymotion.com/video/xvs97y_bassin-mine-chantier-interdit-au-public_news

  2. @S : merci pour votre commentaire. Nous sommes d”accord avec vous, ce n’est certainement pas propre à Denain. Seulement, à chaque fois que nous y allons – ou presque -, pour justement se projeter vers l’avenir, l’interlocuteur, ou un autre qui débarque à ce moment-là, reparle du passé. Sans être des chantres du reniement du passé – loin de là -, il faut envisager l’avenir, non ?

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Les articles de DailyNord les...

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les vraies raisons de la baisse de fréquentation du Louvre-Lens

Baisse de fréquentation, impacts économiques limités sur le Lensois, DailyNord a enquêté sur le Louvre-Lens. Une enquête en trois volets à consommer sans modération.

Comment le Conseil régional compte affaiblir les associations écologistes

Baisse de subventions ou coupures sans préavis, DailyNord révèle comment le Conseil régional des Hauts-de-France a l'intention d'affaiblir les associations qui gravitent autour de l'écologie et de l'environnement. Retrouvez notre enquête.

Pour ne plus jamais louper un excellent article de DailyNord

L’unique et le seul dictionnaire officiel du Nord – Pas-de-Calais

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord - Pas-de-Calais

Les livres avec Eulalie

Mais qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

>>> Découvrez le DailyProjet

Partenaire