ANNIVERSAIRE

Réflexions Par | 07H15 | 06 mai 2014

Le Tunnel sous la Manche a 20 ans : “l’appropriation par les territoires n’a pas été assez incisive”

Vingt ans déjà qu’on passe sous la Manche. Chantier du siècle, le Tunnel sous la Manche véhiculait beaucoup d’espoirs en son temps. S’il est loin d’être un échec, les prévisions très optimistes au moment de la construction ne sont pas pour autant toutes respectées, notamment concernant l’impact socio-économique sur le territoire. Jean-Marc Joan, consultant transports, professeur à l’Université du Littoral Côte d’Opale, avait rendu une étude sur le sujet il y a dix ans et continue de suivre le développement du Calaisis. Interview.

tunnel-sous-la-manche

20 ans que l’on passe sous la Manche. Mais pour quel impact sur le territoire ? Photo : Holger Weinandt sur Commons Wikimedias.

DailyNord : Le Tunnel sous la Manche célèbre ses vingt ans d’ouverture. Peut-on dire que les objectifs affichés à l’époque de la construction ont été respectés ?

Jean-Marc Joan : Il y a dix ans, quand nous avions rendu notre étude, nous avions décelé que tous les objectifs initiaux en termes de retombées socio-économiques du tunnel sous la Manche sur le Littoral Côte d’Opale n’avaient pas été atteints. D’ailleurs, à l’époque des dix ans, au moment où s’ajoutaient les difficultés financières d’Eurotunnel, les différentes célébrations prévues avaient été annulées.

Sur la ZA Cité de l’Europe, on trouve “des commerces banaux”

DailyNord : Si votre étude date de dix ans, vous suivez toujours l’évolution du Tunnel sous la Manche et des effets induits sur le territoire. En quoi, selon vous, les prévisions d’avant ouverture, sont loin du compte aujourd’hui ?

Jean-Marc Joan : Parmi les axes forts du projet figurait la mobilité entre les deux rives, notamment pour les flux de travailleurs transfrontaliers. C’était un des gros points noirs il y a dix ans, ça l’est encore aujourd’hui : le travail transfrontalier reste mineur, notamment à cause du manque d’une réelle articulation entre les deux rives. Les retombées sur le Calaisis sont également assez loin du compte : à l’époque, nombre de projets de développement étaient dans les tuyaux, notamment dans le domaine logistique, le tourisme, le développement d’entreprises de services …. Finalement, la logistique reste encore peu développée à ce jour. La Zone d’activités Cité de l’Europe devait être également un pôle de loisirs, un campus universitaire européen. Depuis quelque temps s’implantent des commerces banaux que l’on trouve quasiment sur n’importe quelle autre zone commerciale. Il fallait une vraie plus-value.

Alors, bien sûr, il ne faut noircir totalement le tableau : Eurotunnel est comme prévu le plus gros employeur privé de Calais par exemple (3500 emplois directs, Ndlr). Mais là encore, la question se pose : dans le domaine d’une infrastructure de ce type, on estime que le ratio idéal est 1 emploi direct entraîne deux emplois indirects et quatre emplois induits. Il y a 10 ans, nous n’étions pas dans ces ratios.

“Les relations politiques sur le littoral ont été très complexes”

DailyNord : Comment expliquer que les effets induits sur le territoire du Calaisis ne soient pas aussi probants que prévu ?

Jean-Marc Joan : Si le Tunnel sous la Manche est intégré dans le territoire, l’appropriation par les territoires n’a pas été assez incisive. Les relations politiques sur le littoral ont été très complexes, tout le monde n’allait pas dans le même sens. Il n’y avait par ailleurs pas de symbiose avec Eurotunnel pendant longtemps. Quand on lance un projet de ce type, il faut qu’il soit accompagné par des collectivités qui ont une vision globale du territoire et marchent main dans la main. C’est quelque chose que l’on retrouve dans d’autres projets. L’exemple du Louvre est très révélateur. Calais et Boulogne-sur-Mer avaient chacun leur projet pour l’antenne du Louvre en région. Eurotunnel le voulait sur la ZAC, ce qui en soit était plutôt cohérent avec les objectifs initiaux et l’idée de créer un “phare” au débouché du tunnel à proximité des autoroutes, de la gare TGV, du tunnel et non loin du port … Finalement, le Louvre s’est implanté à Lens… Imaginez ce projet sur le littoral…

“Il y  a un potentiel énorme : il faut vraiment partir du territoire pour l’infrastructure” et non l’inverse

DailyNord : Faut-il en déduire que le Calaisis et le littoral en général ont raté le coche d’un développement plus ambitieux avec le Tunnel ? 

Jean-Marc Joan :  Quand nous avons fait l’étude sur les dix ans, on nous a répondu : “Attention, ça ne fait que dix ans“. Or, les dix premières années sont toujours décisives. Je pense qu’on pouvait prétendre à autre chose. On peut encore : l’infrastructure est là, mais il y a un potentiel énorme à exploiter par exemple avec la réalisation du métro transmanche. Il faut vraiment partir du territoire pour l’infrastructure et non attendre que l’infrastructure développe le territoire. A ce titre, le Futuroscope est un exemple à suivre : le territoire dans son entier en a profité et il a amené les infrastructures. Ici, nous avons cru dans une relation inverse.

DailyNord : Cette distorsion entre prévisions d’origine et réalité ne traduit-elle pas des études d’impact qui sont finalement faussées – ou insuffisamment précises -, comme c’est le cas d’ailleurs dans d’autres grands projets ?

Jean-Marc Joan : Il y a forcément une distorsion. Vous avez des promoteurs des projets qui… veulent promouvoir, faire aboutir un projet en valorisant au maximum les retombées sur les territoires. Et des élus locaux “flattés” par ces projets “enjolivés” qui n’ont parfois pas toutes les compétences nécessaires ou les visions suffisamment élargies sur des enjeux qui dépassent leur territoire .

9 Commentaires

  1. Ce n’est pas le tunnel sous la Manche mais le tunnel entre Londres et Paris, entre deux regions mondiales très riches. De plus qu’y a-t-il de commun entre le Kent surfriqué constellé d’entreprises de haute technologie et le PdC,l’un des departements les plus pauvres de France dans la region la plus pauvre selon l’Insee ? Qu’y avait il de commun entre Barthe, maire de Calais à l’époque et celui de Douvres ?Rien. Barthe ne parlait pas un mot d’anglais et le maire de Douvres ne parlait pas français non plus. Une anecdote : le Schéma directeur de Calais avait été recalé par le prefet de Region en 1995 tellement il etait mal ecrit, mal cartographié. Se faire retoquer par le Prefet, ce n’est pas commun. Dans le texte, le Tunnel sous la Manche y etait à peine evoqué ! Le plus grand chantier de genie civil au monde quasiment passé sous silence. .. Et pas de version en anglais, c’etait impensable ! De plus, le maire de Calais ignorait le prestige du mot ” Calais” dans le monde anglo saxon tout comme il ignorait que la reine Marie Tudor avait dit à sa cour tellement elle regrettait la perte de Calais retournée aux Français au milieu du 16e, “After my death, you will find Calais written in my heart.” .. Que faire devant tant d’ignorance ?

  2. Finalement, il faudrait envisager de rendre Calais aux Anglais, ils sauraient remettre la ville sur pied et question bateaux, ils connaissent puisque depuis Trafalgar, la France n’a plus de marine. Yessir!

  3. Odeladeule, plutôt que de dénigrer systématiquement votre région, prenez le tunnel, installez vous dans le Kent et faites bénéficier les britanniques de vos connaissances approfondies en anglais et en a peu près tout. Et puis, avec internet, ça vous permettra toujours de poster vos commentaires identiques sur les PPP et les pavés du vieux Lille. Hein Dédé le suffisant ?

  4. Mon cher Micheton, lisez l’interview de Barthe ( Jean Jacques, pas Roland) dans Nord Littoral, vous serez edifié.
    http://www.nordlittoral.fr/calais/jean-jacques-barthe-et-ses-batailles-contre-le-tunnel-sous-ia10b0n105258#comment-692

  5. Pour le reste, l’anglais, c’est la langue de la liberté. On le voit tous les jours à la teloche. En Iran, dans le Poutinland, au Soudan, les manifestants dans la rue ont tous des panneaux ecrits en anglais, jamais en chinois, en arabe ou en russe ou en français. Pour les PPP, vous avez raison. Les meilleurs opposants aux contrats de partenariat public privé, ce sont les Britanniques qui en ont beaucoup souffert

  6. Je vois que Dédé de la deule, comme dans tous les sujets qu’il traite (enfin qu’il dénigre…) n’est pas avare en contre sens et autres approximations. L’exemple de l’anglais est un bon exemple. Y voir la langue de la liberté parce qu’elle est utilisée par les manifestants est un manque total d’analyse politique. C’est surtout parce que cette langue s’impose à tous et qu’il faut en passer par là pour se faire entendre au niveau international.
    Et sinon, Dédé, vous confondez toujours intérêt et capital de la dette comme au temps d’indytexto ? Et les pavéś toujours pas bitumés ?

  7. Mon cher Micheton, vous ramenez sur le site de DailyNord votre discours acrimonieux contre ceux qui se sont opposés au foot business et au PS qui tenaient à tout prix à construire un stade de foot – illegal – sur le site de la citadelle de Lille. C’est hors sujet.

  8. Il aime pas le dédé qu’on lui rappelle ses turpitudes et ses approximations. Préfère dézinguer les autres. La paille et la poutre mon dédé….

  9. En langue de bois, on dit : “l’appropriation [nda : du tunnel sous la Manche…] par les territoires n’a pas été assez incisive” En français basique sans metaphore, ni fleur de rhétorique, il faut comprendre « les élus locaux n’ont pas compris l’opportunité que représentait pour la ville de Calais – et pour tout le littoral, de Zuydcoote jusque Berck l’apparition du plus grand chantier de génie civil au monde ». Parmi eux, Barthe, l’ancien maire de Calais porte, par son conservatisme, une très lourde responsabilité. On peut le constater facilement : même avec l’UMP aux commandes à Calais, et face à 60 millions de Britanniques (10 millions de passagers) le site web de la ville ignore la langue de Shakespeare et celle de Tyl Uylenspiegel. A contrario, sur le site de la ville d’Anvers, http://www.antwerpen.be/eCache/ABE/30/14/877.html, on peut choisir une version anglaise, allemande néerlandaise ou française. A Strasbourg, les elus financent un site web en version allemande, anglaise ou française.A Dunkerque et à Boulogne le site web ne parle que le français. .. Comme “carrefour de l’Europe du Nord Ouest”, ça se pose là.

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