REPORTAGE

Réalités Par | 08H10 | 01 avril 2014

On a passé le dimanche après-midi avec le candidat Delbar devenu maire de Roubaix

Soit les journalistes de DailyNord sont chanceux, soit ils ont vraiment du nez. Dimanche, jour du second tour, nous avions décidé de passer l’après-midi avec Guillaume Delbar, candidat UDI-UMP à la mairie de Roubaix. Histoire de voir comment un candidat à la fonction majorale suprême pouvait vivre les dernières heures d’une campagne. Bonne pioche, Guillaume Delbar a gagné. Reportage « embedded ».

Un après-midi avec Guillaume Delbar. Pour découvrir les légendes photos, cliquez sur le i, en haut à gauche de chaque photo.

13h40. En ce dimanche midi, les électeurs encore une fois ne se précipitent pas aux urnes. Devant le magnifique hôtel de ville de Roubaix, ils préfèrent la terrasse d’une brasserie qui se remplit peu à peu. L’un des Roubaisiens les plus surveillés du jour arrive avec quelques fidèles : Guillaume Delbar, veste de costard et chemise à rayures. Le matin, il a fait une bonne partie de la quarantaine de bureaux de votes roubaisiens. Sent-il bien cette journée ? « Je suis bien entendu très confiant, j’ai fait campagne pour gagner. » Il a aussi vu que sa position de leader au premier tour avait fait des envieux. « Certains responsables m’ont conseillé d’accepter la proposition des dissidents PS, qui voulaient fusionner… et prendre la tête de liste, alors que j’étais en tête du scrutin !   Il y a des gens gonflés, non ? ». En attendant, lui doit se requinquer, « pas sûr que je mange ce soir. » Il commande donc un burger, qu’il déguste dos à la mairie. L’instant people : sa femme lui demande si elle lui ramène une chemise pour ce soir.”Oui“.

“Quand on s’est rencontré en octobre, je vous ai dit que j’étais là pour gagner”. On acquiesce, poliment.

14h50. On décolle. Direction la voiture de Max-André Pick, son directeur de campagne, cinquième sur la liste et ancien candidat en 2008. Il faut aller très vite au bureau de vote Lakanal, à l’Epeule, où l’on signale des problèmes. En arrivant, Guillaume Delbar commence par serrer les pinces de tous les assesseurs. Un votant s’exclame : « C’est bon pour ce soir ! ». Guillaume Delbar lâche un sourire, mais pas question de rompre sa neutralité (il est évidemment interdit de faire campagne dans les bureaux de vote). L’un de ses adversaires, Richard Olszewski, est là aussi, en train de consigner quelques observations. Le bureau de vote a ouvert trop tard le matin-même. « On nous a dit trois quarts d’heure au téléphone, en fait, c’est l’affaire d’une dizaine de minutes ». En ressortant, on titille un peu Max-André Pick : ce n’est quand même pas frustrant de laisser sa place à un petit jeune ? « J’ai 54 ans, il fallait du renouvellement. Guillaume a fait un sacré boulot, il est allé voir les gens, il est toujours sur le terrain. » Confiant lui aussi ? Tous les facteurs sont réunis : la politique nationale, les dissidences à gauche. « C’est son année, sinon, Roubaix ne basculera jamais. »

15h40. Rue de Naples, quartier Fresnoy-Mackellerie. L’un des Roubaix populaire, ville aux mille visages. A côté du bureau de vote, une petite bande de jeunes squatte les trottoirs. Un peu avant, nous avions croisé ces fameux motards non casqués qui font vrombir leurs pots d’échappement et agacent les Roubaisiens. Comme dans chacun des bureaux, Guillaume Delbar met un point d’honneur à saluer tout le monde, un par un. Un bon mot par ci, un bon mot par là, il prend le pouls de la participation et, pour l’occasion, présente à DailyNord, l’une des révélations de sa liste, le jeune boxeur Djibril Coupé, qui fustige la rénovation des HLM et le mépris des bailleurs sociaux. “Ces jeunes ont été très actifs à nos côtés“. Et le candidat, justement, qu’a-t-il pensé de sa propre campagne, alors que le sort en est presque jeté ? « Elle a été bonne à mon sens. On ne s’est pas attaqué aux personnes, on a laissé nos concurrents s’entre-déchirer, et on a défendu un projet ». Suffisant pour gagner, insiste-t-on ? « Mais oui : quand on s’est rencontré en octobre, je vous ai dit que j’étais là pour gagner. Je ne sais pas si vous m’avez cru, mais j’étais persuadé d’être le maire de Roubaix le 30 mars. Je le suis toujours. » Comme on ne veut pas le décevoir et que l’on veut continuer quand même à faire les bureaux de vote en voiture avec lui, on acquiesce poliment.

 “Faire la tournée des bureaux de vote, c’est une tradition républicaine”

16h. Dans la voiture, justement, on évoque cette journée si particulière. A-t-il bien dormi cette nuit ? Oui, sauf de 4h30 à 5h30. Stressé aujourd’hui ? Serein, mais déterminé : « Cette ville ne peut pas attendre ». Le moment le plus fort de la campagne ? « Tout à l’heure, quand j’aurai gagné, lâche-t-il avant d’être interpellé par la fenêtre par un employé communal avec lequel il taille une bavette : lequel, comprend-t-on, espère bien que le candidat UMP-UDI soit son nouveau boss. Quelques mètres plus loin, au bord d’un terrain vague, il descend saluer un soutien, qui affiche fièrement un badge à son effigie. On lui demande également ce qu’il a fait la veille : « Pas de retape sur les marchés, c’est interdit je vous rappelle !, plaisante-t-il. J’ai passé la journée avec mes enfants et ma compagne. On m’a juste fait sortir en fin d’après-midi et quand je suis revenu à la maison, mes colistiers étaient là pour fêter la fin de campagne. Comme si je ne les avais pas déjà assez vus ! » En parlant de ses colistiers d’ailleurs, il ne manque pas d’appuyer sur la composition de sa liste : aux deux tiers des gens non cartés, ce qui explique aussi selon lui le succès de sa campagne.

16h10. Changement de décor avec un bureau de vote dans un quartier plus cossu, où Guillaume Delbar arrive en terrain conquis. On croise de nouveau Richard Olszewski, qui nous demande comment on sent la soirée. Serrée, non ? Il est d’accord avec notre éminente analyse. Pendant ce temps, Guillaume Delbar enchaîne encore les poignées de main. « Faire la tournée des bureaux de vote, c’est une tradition républicaine. C’est aussi l’occasion de soutenir les bénévoles qui, de quelque camp qu’ils soient, prennent deux jours pour s’occuper des bureaux de vote. » Une longue tournée : à Roubaix, il y a quarante-cinq bureaux, même si certains sont dans la même école. Ils seront tous fait dans la journée. Dans la rue, alors qu’il salue encore un passant, il répond à une question sur la première mesure s’il est élu le soir : « La première est symbolique : faire tomber le sas du troisième pour que le maire soit le plus proche des Roubaisiens. » Plus concrètement, la propreté et la réorganisation de la police municipale, deux axes de campagne forts, seront les premières priorités, dit-il, désignant un trottoir particulièrement sale. En passant devant les affiches, il ne peut s’empêcher de regarder si elles sont encore en état. L’équipe en a collé 1 500 pendant la campagne officielle.

 René Vandierendonck aux côtés de Guillaume Delbar : le sens caché d’une passation de pouvoirs ?

17h30. Parc des sports de Roubaix. L’avant-dernier bureau de vote. Dehors, pendant que des Roubaisiens finissent une partie de foot, on croise René Vandierendonck, l’ancien maire, sénateur, qui finit de fumer sa pipe. L’occasion de lui demander ses pronostics pour le soir : « Ce sera très serré ». Etrange rencontre d’ailleurs, avec le recul. Dans la discussion, on sent que le sénateur en veut aux divisions de la gauche. Par sa faute pour ne pas avoir su imposer un successeur charismatique ? « Pierre Dubois était le meilleur, le plus consensuel ». Peu convaincant, le sénateur PS fustige les intérêts particuliers qui ont émaillé cette campagne au détriment de l’intérêt collectif, « mais ce n’est que le reflet de la société ». Guillaume Delbar sort du bureau de vote et se rapproche. Les deux hommes, malgré leurs divergences, ont l’air de s’apprécier, d’ailleurs, le sénateur souligne l’excellente campagne du représentant de la droite. En repartant vers la voiture, le candidat lui rend la pareille en soulignant les vrais débats d’idée qu’il pouvait avoir avec le sénateur en conseil municipal. Passation de pouvoir ?

17h50. Dernier bureau de vote. A quelques minutes de la fin du scrutin, toujours pas de tension sur le visage du candidat. Les assesseurs lui proposent une bière. « Un verre d’eau, l’alcool, c’est pour tout à l’heure. » En sortant, on guette encore une réaction qui trahit sa nervosité, alors que désormais, tout est terminé. Peine perdue. « Oui, c’est joué, fait Guillaume Delbar, toujours souriant. Aurait-il dû serrer plus de mains ? « Vous imaginez si je pense à ça ? Et si j’avais fait ci, si j’avais ça. » Mais si ces quatre mains serrées en plus changeaient la donne au final ? « On ne peut pas raisonner comme ça, on deviendrait  fou ! »

Changement de chemise prémonitoire pour futur maire

18h10. Après quelques derniers détours, retour sur la Grand’Place de Roubaix, sa mairie, et le local de campagne du candidat, juste à côté. Un local racheté à un fleuriste qui a migré d’un pas de côté. « On a sauté sur l’occasion. Le PS n’a pas aimé ! » A l’intérieur, il n’y a pas encore grand monde. Des chips et biscuits apéritifs déposés sur des tables, quelques militants ou colistiers déjà présents, un tableau Excel projeté sur grand écran, avec « nos propres résultats », que l’on ira vérifier en même temps à la mairie de l’autre côté de la route. Guillaume Delbar donne l’accolade à un invité de marque : la tête de liste des Citoyens qui s’engagent, à Arras, François Desmazière, venu en ami ce soir. « Je pense que c’est bon pour lui, note celui-ci, qui a fini troisième dans la Préfecture du Pas-de-Calais le dimanche précédent. Le candidat, qui s’était éclipsé un instant, revient, l’air toujours détendu. La chemise à rayure est tombée, une chemise blanche, une cravate, une veste, l’habit d’un futur maire ?

19h. Au fil des minutes, la permanence se remplit. La Voix du Nord/Nord Eclair est bien sûr présente, des étudiants de l’ESJ aussi, des militants, des sympathisants dont certains veulent – encore ? – rester discrets (« pas de photo s’il vous plaît »). Les premiers scores tombent. Applaudissements mesurés, Guillaume Delbar a l’air bien parti. Dans la cour, derrière la permanence, la femme du candidat, Caroline, en grille une. Bien plus stressée que son mari : « Une campagne, c’est dur, vous savez. Pour les enfants aussi, c’est compliqué. Je ne suis pas mécontente que ça se termine. »  A l’intérieur, les militants scandent “Guillaume, Guillaume !” Les scores sont encore positifs. Au téléphone, Guillaume Delbar reste imperturbable et se dirige vers la mairie où la foule commence à s’amasser. Le temps de vérifier les résultats sur l’écran géant dans le halle d’accueil et d’échanger avec quelques Roubaisiens, il revient vers la permanence qui est désormais bien remplie. Des caméras commencent d’ailleurs à arriver. Un journaliste bien informé a presque confirmation que c’est bon pour lui, tout comme pour Gérald Darmanin à Tourcoing, ce qui constituerait une véritable surprise.

Il est 19h39, Guillaume Delbar en est sûr désormais : il est le maire de Roubaix

19h39. « Peut-être que j’anticipe, mais ça semble bon ». Guillaume Delbar ne se débarrasse pas de son air sérieux, mais il sait à ce moment que c’est quasi gagné. Il ne reste que deux bureaux à dépouiller. Dans la permanence, les militants font déjà la fête. Guillaume Delbar et plusieurs d’entre eux s’enfuient vers la mairie entre deux bises et embrassades sur le trottoir. En tête du cortège, le couple Delbar monte les marches au pas de course, comme des jeunes mariés. A l’intérieur, difficile de se frayer un chemin. Des “Guillaume, Guillaume” retentissent de nouveau. Il ne manque plus qu’un bureau. Francis Vercamer, le député-maire voisin, débarque tout sourire. L’ambiance est surchauffée, le candidat commencer à lever les bras et, enfin, afficher le sourire du vainqueur. Une seconde porte de la mairie est ouverte pour laisser passer l’air. Un Roubaisien lance : « Je n’ai pas voté pour vous, mais je suis content pour vous ! La gauche a perdu toute seule ! » Ça bouge dans les escaliers du hall d’honneur, Pierre Dubois descend l’escalier accompagné de son équipe et réclame péniblement le silence. Guillaume Delbar est à côté. Pas d’excès de triomphalisme pour le moment, un air toujours sérieux. Le maire annonce les résultats. Les cris retentissent, le vainqueur du jour est englouti par la foule.

20h30. Quelques minutes plus tard, la permanence est pleine à craquer. Le désormais maire improvise, dit-il, un petit discours. «  Il y en a qui y croyaient depuis des années, d’autres depuis des mois, d’autres depuis des semaines, d’autres depuis des jours, d’autres qui n’y croyaient pas, mais nous l’avons fait. On va fêter ça ! » C’est l’explosion de joie, tout le monde veut voir le candidat qui doit cependant s’éclipser dans l’arrière-cour pour répondre aux premières questions de la presse. Un dernier mot pour DailyNord ? « Il y a beaucoup de joie mais aussi de la détermination. Cette campagne a été riche en projets, en contacts, à nous de faire fructifier tout ça, parce qu’il y a des gens qui croient en cette ville ». Ce 30 mars 2014, un inconnu de la droite au plan national a donc pris la quarante-deuxième ville de France, quand certains caciques de l’UMP et de l’UDI avaient pensé à parachuter Frédéric Salat-Baroux ou Rama Yade. Mais ça, il n’y reviendra pas. Place plutôt à la fête pour le candidat, qui sera néanmoins au travail dès 7h50 le lundi matin, confiera-t-il hier midi à DailyNord : « Comme je n’avais pas voulu distribuer de postes avant d’avoir gagné, il faut organiser tout ça. » Egalement répondre aux sollicitations médiatiques. Et analyser les résultats de la veille dans la métropole. Le matin-même, il s’est entretenu avec Gérald Darmanin au téléphone. Objectif : reconstituer un axe fort Roubaix-Tourcoing dans LMCU, lâche-t-il. Comment ? « Je ne vais pas tout vous dire tout de suite ! »

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