COUP DE THEÂTRE

DailyUne Par | 16H00 | 18 avril 2014

Lille Métropole : Martine laisse son fauteuil à Damien, Bernard reste à la porte

Un seul tour a suffi pour installer Damien Castelain, cinquième président en personne de Lille Métropole. Une petite révolution puisque c’est la première fois que la communauté urbaine – 85 communes, un million d’habitants – est dirigée par un maire de petite commune sans étiquette. Et c’est également la première fois que la gauche laisse échapper LMCU.

Damien Castelain leader des "petites communes" prend la succession de Martine Aubry. Crédit photo Baziz Chibane.

Damien Castelain leader des “petites communes” prend la succession de Martine Aubry. Crédit photo Baziz Chibane.

Le coup de théâtre d’hier – voir billets précédents, Damien Castelain revenant sur l’accord passé le matin même – a donc été fatal au candidat de la droite, Bernard Gérard, député-maire UMP de Marcq-en-Baroeul, qui avait annoncé un peu vite le ralliement des petites communes à sa candidature alors qu’il ne s’agissait que d’un accord de désistement. Vrai ? Faux ?… La confusion lui a donc été préjudiciable. Forcé d’avancer, Bernard Gérard ne pouvait donc plus compter que sur les siens. Et la gauche peut désormais se targuer d’avoir fait le roi. C’est le symétrique de 2008, quand MPC s’était rangé derrière la gauche pour porter Martine Aubry au pouvoir et lui donner une majorité océanique. Ici, c’est la gauche qui hisse Damien Castelain sur le pavois.

Un score sans appel, la majorité absolue fixée à 88 : 108 suffrages pour Damien Castelain, renforcé des voix de la gauche, 62 voix pour Bernard Gérard et 5 suffrages à Eric Dillies pour le Front national. Dans ses réquisitions d’avant-vote, Francis Delrue, maire de Baisieux et le patron du GIDEC, un groupe d’élus de centre droit, a stigmatisé le “plan B du PS” en désignant Damien Castelain à qui il reprocha vertement de se faire élire par la gauche. Les mots doux ont même fusé : ” marionnette, moment de honte,…“. Ambiance…Car si la gauche ne conserve pas LMCU, elle empêche la droite de lui succéder. Martine Aubry, visiblement, n’a pas voulu tenter le coup de poker en se présentant et tenter de rallier une majorité sur son nom. “Elle pourra dire : je ne suis pas battue puisque je ne me suis pas présentée. Et la droite, nos adversaires, n’ont pas gagné”, analysait un observateur. Vu comme çà ! La gauche n’a donc présenté aucun candidat. On coule – on surnage – et on entraîne l’ennemi de droite avec soi…L’affaire rappelle par certains côtés l’élection d’une certaine écolo Marie-Christine Blandin au conseil régional en 1992 – en beaucoup plus dramatique, il est vrai, et avec de nombreuses conséquences politiques – pour sauver la gauche de l’alternance de droite.

Le retour d’Henri Segard. Eh oui, tout le monde aura remarqué la présence dans l’assistance de l’ancien maire de Comines, et ancien vice-président de LMCU, qui avait défié sans succès Pierre Mauroy en 2001, pour la tête de la communauté urbaine également au titre des petites communes dont il présidait le groupe. Dans les travées, on chuchotait son nom pour devenir le directeur de cabinet du nouveau président, pièce essentielle de l’institution. Comme un air de revanche pour celui qui fut un acteur de la scène métropolitaine et qui semblait avoir disparu de celle-ci après son équipée malencontreuse aux régionales de 2010 et la perte de sa mairie de Comines.

Martine Aubry a finalement réussi à choisir le roi, face à une droite pourtant majoritaire. Crédit photo Baziz Chibane

Martine Aubry a finalement réussi à choisir le roi, face à une droite pourtant majoritaire. Crédit photo Baziz Chibane

Les vice-présidences. Et maintenant les “VP”, rouages essentiels de la machine communautaire tant sur le plan technique que politique. Damien Castelain l’a assuré, les vice-présidences seront équitablement réparties entre les principaux groupes. Combien ? Lesquelles et pour qui ? Y-aura-t-il un “G 10” comme sous la mandature Aubry réunissant les dix vice-présidents aux délégations les plus importantes ? Négociations serrées en perspective.

La majorité va-t-elle tenir ? Les premiers rendez-vous donneront le “la” de l’assemblée. Certes, avec une confortable majorité arithmétique, le nouveau président, qui a déjà été vice-président à l’écologie urbaine sous la présidence Aubry, pourrait ne rien craindre. Mais toute majorité est politique. Et la gauche y est pour beaucoup, Bernard Gérard apparaissant comme relégué dans une posture d’opposant tout comme Francis Delrue. Une telle majorité à l’ADN si mélangé saura-t-elle prendre les décisions importantes sans se fissurer et sans subir des reclassements voire des blocages, comme le budget, les grands équipements, le dossier empoisonné du grand stade sous l’épée de Damoclès de la justice, les grandes politiques de transport, de logement, d’aménagement, et naviguer par temps sec au niveau des dotations d’Etat dont on sait qu’elles seront drastiquement réduites ? Il sera intéressant d’observer comment vont se répartir majorité et opposition au gré des votes et des dossiers soumis à délibération sans oublier que ce type d’assemblée fonctionne “au consensus”. Et sans mettre de côté les règlements de compte et les monnaies de la pièce qui sont légion dans l’univers politique. Le nouveau président devra s’armer de patience et de sérénité.

Un peu plus de DailyNord ?

4 Commentaires

  1. Segard, c’est l’homme du choix d’Eiffage par P Mauroy incapable de se sortir du piège tendu par l’ancien maire de Comines fin janvier 2008 quand le choix du constructeur du grand stade etait imminent. Dans quel but, on ne sait. Depuis les ennuis bien connus du Colisée du 21e siècle, la presidente de LMCU interdit d’en parler. Dans la brochure electorale de Martine Aubry, une demi ligne etait consacré à son sujet. Il ne sera jamais inauguré ce qui est plutôt croquignolet quand on sait l’emphase delirante qui a entouré sa construction et les discours dithyrambiques de la “Tsarine” à son sujet. Le financement public de ce stade, ce sera l’huile de Ricin, que le diafoirus de Comines a prescrit à tout les metropolitains. pendant 31 ans.

  2. Martine Aubry se fixe un cap constant. Elle se réfère une boussole politique intangible : la détestation.
    Elle déteste. Elle déteste François Hollande, Daniel Percheron Ségolène Royal et tellement d’autres. Mais sa détestation suprême n’a pas de nom. Elle n’a pas de visage. Sa détestation suprême c’est la démocratie comme elle en a fourni la preuve à travers le vote intervenu à LMCU.
    Que le suffrage universel ait porté la Droite au pouvoir intercommunal, on ne peut que le regretter surtout lorsqu’on a été spectateur de la tragicomédie de Roubaix et Tourcoing sur lesquelles il faudrait un jour revenir. Mais delà à ourdir une magouille minable pour travestir de la résultat des urnes et pour empêcher à la

  3. Droite de montrer son vrai visage, en dit bien long sur l’état de décomposition de la fédération PS du Nord qui n’a guère à envier à celle du 62. On notera d’ailleurs avec quel courage la maire de Lille s’est présentée à cette élection pour défendre son bilan. Mais qu’en plus des socialistes aient pu donner leur voix pour faire élire un maire de Droite à qui on doit le projet mégalomaniaque du stade Eiffage est tout bonnement pathétique. Il ne faudra guère détonner ensuite que ces compromissions d’un cynisme peu commun révulsent les derniers électeurs de gauche et leur coupent toute envie d’aller voter. Ca c’est la version optimiste. La version pessimiste c’est évidemment que ce type d’embrouille indigne ouvre un boulevard au Front national

  4. Le premier devoir du president de LMCU, c’est d’ordonner un audit exterieur des finances de LMCU par des gens competents comme ceux du cabinet Klopfer. Martine Aubry avait fait faire un audit des finances de LMCU à son arrivée mais le rapport etait resté bien cadenassé malgré quelques fuites croquignolettes dans la presse. Une initiative du président que les metropolitains apprecieraient, c’est que tous les projets, bilans, audits tenus à LMCU fassent l’objet d’une seance publique comme au congrès americain ou le public peut poser des questions et intervenir dans le debat. C’est de cette manière qu’un public hearing a révélé aux Americains que leur gouvernement avait consacré 20 milliards de dollars entre 1980 et 2000 au financement public des stades sans aucun resultat economique perceptible.

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