PARCOURS REVISITÉ

Petite histoire Par | 18H51 | 23 avril 2014

Les retraités des Municipales (3) : Gérard Vignoble, l’inclassable qui s’est cassé tout seul

Gérard Vignoble n’est pas à proprement parler en retraite puisqu’il siège toujours au conseil municipal de Wasquehal, dont il fut le maire pendant 37 ans. Une longévité qui, ajoutée à des démêlés avec la justice, lui fut fatale le 30 mars dernier. Une drôle de trajectoire pour un drôle de bonhomme. Après Michel Delebarre et Jacques Vernier, voici notre troisième et dernier “Retraité des Municipales”.

gerard-vignoble

Gérard Vignoble, au soir de sa défaite, le 30 mars. Capture d’écran Grand Lille TV.

La carrière de Gérard Vignoble, c’est une suite de désirs non satisfaits et d’ambitions déçues. En 1988, on lui prête des galons dans un gouvernement Rocard. Il est vrai que, en refusant de voter la censure du premier ministre et de son équipe, il montrait patte blanche alors que son apparentement au groupe centriste du Palais-Bourbon lui avait valu les foudres du PS avec lequel les liens seront rompus. Bigre ! le PS n’aime pas que l’on batte en brèche ses décisions et, pire, que l’on batte ses candidats aux législatives. Celles de 1988 arrivent après une dissolution post-élection présidentielle. En devançant le député sortant et officiellement adoubé par le parti, le maire socialiste de Wattrelos, Alain Faugaret, dont il fut le suppléant (!) et en inscrivant le nom du centriste Michel Baudry comme son propre suppléant, Gérard Vignoble jouait l’ouverture “à la mode de chez lui” en même temps qu’il signait son arrêt de mort local. Il assurera toujours à qui voulait l’entendre que François Mitterrand lui avait accordé sa bénédiction. Une forme de socialisme présidentiel cultivé de longue date. L’homme d’Epinay est son grand homme. Une fidélité féodale consacrée au congrès de Metz du PS  de 1979. Mauroy et Rocard se rapprochent et portent la contradiction au  premier secrétaire. Dans le Nord aussi, la “fédé” se déchire. Notre héros recueille un tiers des voix à la tête d’une motion de soutien à Mitterrand. Arthur Notebart, le grand patron incontesté de la communauté urbaine de Lille et grand ronchon devant l’éternel socialiste, signe dans un grand élan anti-Mauroy. Mitterrand se souviendra du geste du jeune maire de Wasquehal élu à 32 ans et lui accordera l’honneur de son premier meeting de sa campagne pour la présidentielle de 1981 tenu dans sa ville.

Pétards et étincelles avec le grand Pierre de Lille

Ah, avec le grand Pierre de Lille, ce ne fut qu’étincelles et pétards. Vignoble, ce faux frère, ne supporte pas “la clique des petits instituteurs francs-maçons qui l’entoure”…et distribue à qui veut claques et baffes. Les pommes de discorde s’accumulent entre Lille et Wasquehal sur fond de rivalités entre la capitale des Flandres et le versant-nord-est de la métropole. Vignoble de Wasquehal stigmatise le retard du plan câble de la communauté urbaine, ourdi, selon lui par Mauroy de Lille et de Matignon. D’ailleurs, le premier ministre se fait régulièrement remonter ses bretelles gouvernementales pour péché d’abandon du versant nord-est quand ce n’est pas de la région toute entière. Parmi les “remonteurs”, Gérard Vignoble. La foudre s’abattra sur ce renégat qui sera exclu par les instances départementales puis réintégré par le niveau national. Objet du courroux fédéral : le refus par le maire wasquehalien de voter la ligne 1 bis du métro entre Lille et lomme.

Une ambition suprême qui ne s’appelle pas Wasquehal… mais Roubaix

En jouant à saute-mouton avec le clivage gauche/droite, le vilain petit canard de la couvée socialiste du Nord, comme on l’appelait il y a trente ans, s’est forgé une étiquette de savonnette. Dans l’esprit de ce roubaisien de naissance c’était la meilleure martingale pour rebondir, le moment venu, dans la capitale du textile. Car l’ambition suprême de Gérard Vignoble, c’était Roubaix. Le maître des lieux, André Diligent, y avait même songé. Et pourquoi pas un socialiste hors normes – c’est-à-dire régulièrement bouté hors son camp – comme dauphin ? Sa circonscription couvre une partie non négligeable de Roubaix. Mais Diligent, cet aventurier du raisonnable, préférera jouer la carte maison et propulsera son collaborateur René Vandiérendonck au détriment de Gérard Vignoble.

Les états de service de cet élu atypique avait pourtant vraiment tapé dans son oeil d’aigle. Elevé au lait du syndicalisme dans cette CGT-PTT où il aurait pu se découvrir une ambition, des grands-parents ouvriers dans le textile, sur sa cheminée, un buste pour Mitterrand et deux autres pour Edgar Faure et Pierre Mendès-France, une aversion non feinte pour l’union de la gauche, et une vraie aura dans sa commune et sur l’électorat en général. Le bonhomme est sympathique et sait caresser les foules dans le sens du poil. Dernier atout et pas des moindres, une réelle capacité à nouer le dialogue avec les milieux économiques et consulaires et les entreprises. Les deux premiers “mandats Vignoble” verront l’arrivée de quelque deux cents entreprises sur le territoire de la ville. Il est vrai qu’il s’agissait à tout prix de compenser la disparition d’une grande entreprise de matériel agricole et son millier d’emplois. A l’évidence, la ville lui doit.

Une trogne de Galabru, un coeur de politique

Alors ? Définitivement rejeté au centre-droit, version CDS, le maire de Wasquehal, trogne à la Michel Galabru, continue son bonhomme de chemin et butine les mandats comme l’abeille. Après une longue séquence au conseil général du Nord, on le retrouve courant années 90 au conseil régional où il ferraille contre une gauche qui a fait de ce bastion une question de vie ou de mort et où il fomente avec ses acolytes du centre droit et de la droite des complots et des frondes qui doivent faire se déchausser les pierres et s’effondrer les voûtes de notre république. En 1997, les aléas de la politique lui font perdre son fief de la huitième circonscription au profit du jeune socialiste Dominique Baert, promu successeur de Faugaret à Wattrelos. Il reprend le contrôle en 2002. Cinq ans plus tard, son forfait reste peut-être son plus beau fait d’armes. Il ne pouvait que se désister au profit de l’UMP Salem Kacet*, un des poulains de Diligent, le cardiologue qui l’avait sauvé après un accident vasculaire en 2001. Gérard a du coeur. Cette année-là, quand il réapparut à la communauté urbaine, Pierre Mauroy fit se lever l’assemblée qui le gratifia d’une chaleureuse standing ovation. Pour autant, son étoile pâlit doucement. Si les wasquehaliens lui témoignent encore des scores de maréchal soviétique, si son nom reste prononcé par les états-majors et écrit par les gazettes les soirs d’élection, il souffre d’un isolement partisan. “A quoi peut bien servir Gérard Vignoble ? “, s’exclame ironiquement ce parlementaire qui l’a bien connu pour signifier cette personnalité originale et inclassable. Qui a peut-être le tort de l’être trop.

En 2009, Nord Eclair l’interroge sur ce PS qui l’a tant fait souffrir. “Jamais je n’y retournerai. À l’époque, ce parti représentait de vraies valeurs. J’ai connu trop de personnes brillantes. Tout comme au MoDem, il y a aussi un groupuscule d’arrivistes.” Entre lui et François Bayrou, il y avait de solides accointances. Mais la roucoulade à Ségolène entre les deux tours de la présidentielle, le déportera – un peu – vers la droite et il adhère au Nouveau Centre, convaincu par Hervé Morin, le leader, et décochera quelques clins d’oeil à Jean-Louis Borloo.

Le mandat de trop

Puis c’est la pente descendante. Bisbilles avec sa majorité, dissidences, rapports négatifs de la chambre régionale des comptes et dépôts de plainte émaillent une procédure longue et lourde. Gérard Vignoble est convaincu de détournements de fonds publics. Pour pouvoir tenter la passe de sept (7 !), il fait appel. On flaire la succession, certes. On règle des comptes, aussi. Les dernières années du système Vignoble ne font pas les meilleurs millésimes et notre Gégé boira le calice jusqu’à la lie. Et pourtant : “Je suis passé dix-sept fois devant les urnes, municipales et législatives, et seize fois je suis passé au premier tour “, répétait-il au début de l’année. Même les sept Iznogoud qui s’affichent sur les murs de “sa” ville ne lui faisaient pas peur, lui dont la popularité semblait intacte. Un second tour qui ressemble à un jeu télévisé avec quatre listes qui se maintiennent dont la sienne. La roue de la fortune ne lui sourira pas. Le cru 2014 de ces municipales a un drôle de goût. Il souffle un vent de renouvellement sinon de jeunisme sur la région. Comble du malheur pour Gérard Vignoble, c’est Stéphanie Ducret, ancienne adjointe et coreligionnaire UDI, qui tire les marrons de ce drôle de feu électoral et lui succède. Lui a repris du service au conseil municipal. Dans l’opposition.

* Peine perdue, après une lutte au scalpel, c’est le maire socialiste de Wattrelos, Dominique Baert, qui reprend la circonscription.

1 Commentaire

  1. Le PS , ou le PAS SOcialiste. Un concentre d ego d ambition malsaine sous couvert de socialisme moi ex PS je ne voterai jamais plus pour ces gens au double ou triple langage
    A Wattrelos nous avons le notre qui dénonce l austérité de droite et vote le ma traçage fiscal de gauche ce maire a peur de l opposition il préfère le confort de la soumission de son entourage

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