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Des livres dans nos oreilles

Les livres avec Eulalie Par | 07H13 | 11 avril 2014

Les Lillois de Book d’Oreille donnent à entendre le livre

L’univers numérique est en expansion. Et la planète Book d’Oreille y taille sa place. une place elle-même en extension : le « Portail du livre audio en langue française » bourdonne dans la ruche d’entreprises d’Hellemmes et pourrait faire son miel du succès des smartphones, en passe de changer la donne du livre audio. Jusqu’à présent simple portail d’information, devenu portail de découverte et de téléchargement de livres audio, il a l’ambition de devenir la référence nationale sur ce produit en pleine évolution. 

L’initiateur de Book d’Oreille, Olivier Carpentier, 33 ans, élargit sa route. Ce titulaire d’une maîtrise d’histoire et d’un DESS de management culturel (lire Eulalie octobre 2011), voulait créer un observatoire du livre sonore, une véritable base documentaire sur ce thème avec veille d’information, mais aussi système de téléchargement et bientôt d’écoute en ligne : il est en passe de transformer l’essai avec ses compères Florent Machefer, 27 ans, développeur web, Morgane Audoin, 25 ans, webmaster et Marie-Ange Lhernould, 23 ans, responsable des contenus.
De la bande magnétique au CD, du CD au son numérique, le livre audio a gagné du volume sonore mais a parfois perdu des volumes en route. De nouvelles pistes s’offrent enfin à lui, Olivier en est persuadé. Le jeune homme rassurera tous ceux qui craignent la disparition de la lecture dans le nouveau monde technologique. Il affirme « avoir toujours eu la tête dans les nuages », inspiré autant par la création littéraire que par les services en ligne.
La bourse de la fondation Lagardère, en 2009, lui a permis de lancer Book d’Oreille. « Un nom inventé par la journaliste Héloïse Lhérété lors d’un travail en commun d’étudiants il y a longtemps », précise Olivier. Au départ, ce projet vivait sous l’aile de Spontané IT, une entreprise lilloise spécialisée dans les documents interactifs. Désormais, aidée par son associé Philippe Magnen, mécène des arts de la voix et fondateur de la fondation Coupleux-Lasalle, Book d’Oreille s’est affranchie de sa société mère en levant des fonds auprès d’investisseurs. Ce qui a permis à son patron trentenaire de se consacrer uniquement à sa tâche et « d’enclencher une vraie démarche d’innovation ».

Des lectures publiques aux podcasts
Lui même réalisateur et musicien, Olivier considère le livre audio comme un pôle économique en croissance qui fait vivre les métiers du livre mais aussi les comédiens. Musique, bruitage, ambiance, paysage sonore, autant de spécialisations qui viennent en complément du texte lui-même.
« Dans les années 70 les gens se ruaient chez eux pour écouter des fictions radio, rappelle Olivier. Tombées en désuétude, elles connaissent une nouvelle vie grâce à France Culture et au financement public. » Et les podcasts offrent une souplesse inédite…
Dans le même temps, les lectures publiques sont revenues dans l’air du temps. Des comédiens sont de plus en plus demandeurs de lecture. On connaît le goût d’acteurs comme Trintignant ou Luchini pour ces one man show. Et le public en redemande, selon le Lillois : « Le rapport à l’enfance me semble évident : nous aimons nous faire raconter des histoires ». D’autres interprètes de renom se prêtent aux enregistrements, telle l’inoubliable Irène Jacob de Rouge, de Kieslowski.

Le retard français
Book d’Oreille va travailler sur l’offre et la demande : « Nous voulons faire grossir le livre audio qui est en retard en France : sa part dans les ventes de livres, tous genres et tous supports confondus, représente 0,4 %, contre 8 % en Allemagne, 10 % aux États-Unis et 12 % en Suède. » En vogue aux États-Unis, la notion de self help book se développe en France ; selon les occurrences on peut la traduire par manuel pratique, livre fonctionnel, guide d’auto-assistance, mais aussi livre de développement personnel. Les meilleures ventes à ce jour de l’éditeur Audiolib, numéro 1 du livre audio en France, sont d’ailleurs celles d’un ouvrage de méditation.

Une étude interprofessionnelle apporte quelques explications au retard français.
D’abord, le prix. S’il a baissé de 15 % depuis dix ans, suivant la tendance de l’industrie du disque, il reste supérieur à celui du livre de poche. Ensuite, le livre audio serait encore considéré en France comme un produit réservé aux enfants, ou un « sous-produit » destiné aux malvoyants ou aux personnes âgées. Nous sommes aussi dans un pays où la culture de l’écrit domine celle de l’oralité. Selon ce rapport, l’enjeu serait donc de « sortir les livres audio de leur circuit fermé, en les associant aux autres formes du livre — poche, grand format, ebook… » Puis de permettre aussi au livre audio « d’être une porte d’entrée vers un livre » selon l’équation j’écoute + j’aime = j’achète le livre imprimé. Mais encore, l’offre est actuellement insuffisante, en dehors des « classiques », des titres jeunesse et des best-sellers incontournables. « Peu de gens savent que le dernier Amélie Nothomb est sorti le même jour en livre audio », regrette Olivier Carpentier.
Pour l’étude interprofessionnelle, il faudrait aider les éditeurs « papier » à être aussi éditeurs audio de leurs catalogues. Les libraires consacrent fort peu de place à ce produit sur leurs gondoles : absent de nombreuses librairies indépendantes, il n’a pas plus trouvé sa place dans les Fnac qui le placent soit avec les livres gros caractères pour malvoyants, soit avec les… musiques folkoriques ou les sons de la nature !

L’avenir sur smartphone ?
Si la part du son téléchargé augmente, le support physique fait de la résistance en France, sous forme de CD ou de CD MP3 toujours importants. La longueur des œuvres explique que le format le plus répandu demeure le CD MP3, « ce qui pose des problèmes avec les lecteurs de CD non compatibles ». L’idéal serait d’accélérer la transition vers le smartphone ou les tablettes. « On sait que les gens n’ont pas tellement de temps pour lire, et lisent de moins en moins, cela me semble une bonne idée de lancer des livres sur smartphone. »
Book d’Oreille a commencé à agir sur l’offre en proposant aux éditeurs une prestation intégrée réunissant adaptation, casting, réalisation et promotion sur les réseaux numériques. L’entreprise propose aussi d’enregistrer des extraits audio avec des comédiens professionnels pour promouvoir n’importe quel livre. « Nous avons fait cela récemment avec 10-18, révèle Olivier. Je suis content d’être à Lille pour ces projets, car l’endroit est un vivier de comédiens, avec notamment l’école du théâtre du Nord. »
Book d’Oreille a aussi dans ses tuyaux des projets d’applications mobiles de balades littéraires sonores géolocalisées. Olivier Carpentier s’enthousiasme : « Si je résume ces “rêveries du promeneur solitaire” nouvelle génération, vous déambulez dans la ville et à proximité d’un point d’originalité votre smartphone vous invite à écouter une lecture ou un document sonore. Une façon de tisser d’un endroit à l’autre une œuvre audio d’une expérience unique… » Book d’Oreille ambitionne à l’horizon 2015 de devenir le site e-commerce de référence du livre audio français.

Vingt jours de travail pour enregistrer un livre
Sur le site de Book d’Oreille on peut découvrir une journée au studio 5 sur 5 et écouter le comédien Jean-Marc Delhausse lire La Muraille de lave d’Arnaldur Indridason (Métaillé). Ou encore une interview de Damien Defays, le technicien, qui explique que pour ce livre il lui a fallu huit sessions de quatre heures, puis deux à trois semaines d’édition, puis une semaine de correction, puis trois à cinq jours de mixage. Soit vingt jours de travail pour un livre de 400 pages !

Un prix élevé
Le prix élevé des livres audio s’explique actuellement par la longue chaîne qui implique éditeur, puis éditeur audio, puis grossiste-diffuseur, puis distributeur-libraire. Sur le prix HT, l’éditeur audio empoche 14 %, mais doit ensuite encore payer des droits ou redevances. L’auteur ne touchera lui que 4 %. Le projet de Book d’Oreille de se substituer d’ici 2014 aux étapes 2 à 4 permet de raccourcir cette chaîne et réduit le prix du livre audio.

Geoffroy Defrennes

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