CULTURE LINGUISTIQUE

Le Petit Dico décalé du Nord - Pas-de-Calais Par | 08H00 | 20 avril 2014

Le Petit Dico décalé du Nord-Pas-de-Calais : Wielkanoc (Pâques en polonais)

Parce que l’histoire industrielle du Nord-Pas-de-Calais explique la présence aujourd’hui la présence de nombreux habitants polonais en Nord-Pas-de-Calais, Dailynord fait entrer Wielkanoc dans son dico décalé, pour fêter Pâques.

Essayez un peu pour voir de peindre sur des oeufs de cette manière. Crédit Praktyczny Przewodnik sur FlickR

Essayez un peu pour voir de peindre sur des oeufs de cette manière. Crédit Praktyczny Przewodnik sur FlickR

Wieklkanoc, en polonais ce mot désigne les fêtes de Pâques. Synonyme : smigus-dyngus. A ne pas confondre avec lany poniedzialekdu qui peut se traduire littéralement par lundi de Pâques. Bref, des “mots comptent triples” comme on n’en fait pas en France et que l’on peut à la limite accepter dans les scrabbles nordistes, tellement la communauté polonaise (le Nord-Pas-de-Calais regroupant la moitié de la population polonaise immigrée de France) attache de l’importance à cette fête religieuse. Chez certains, elle serait même plus importante que Noël, c’est dire.

Pisanki toute l’après-midi

Cette fête chrétienne est donc particulièrement célébrée dans la communauté polonaise nordiste, à travers plusieurs rituels tous plus intrigants que les autres. Et qui claquent quand même plus que la chasse à l’oeuf en chocolat. Le vendredi après-midi, c’est préparation des Pisanki, les oeufs décorés, tradition encore très vivace dans le bassin minier. Issu d’un art ancestral polonais qui pourrait remonter du Xe siècle, le Pisanki (du mot écrire) compte plusieurs techniques. Si vous n’avez jamais essayé d’écrire sur un oeuf pour le décorer, vous ne pouvez pas vous imaginer. Animaux, fleurs, fruits, symboles graphiques, etc : les motifs diffèrent souvent en fonction de la région d’origine. Parmi les matériaux utilisés, on trouve de la peinture mais aussi du papier, des feuilles végétales, du papier crépon, du fil, de la paille, de la cire, de la dentelle, bref tout ce qu’on peut coller sur un oeuf. Point d’orgue de la technique, les rysowanki-skrobanki, sorte de Pisanki, oeuf décoré dont on carrément gravé la coquille. Si, si. L’astuce, on vous la donne, c’est quand même de travailler avec des oeufs durs (même si certains se lancent eux-mêmes des défis en les vidant).

Pas de jaloux

Une fois les oeufs décorés, les Polonais vont les amener à l’église, dans une grande corbeille, accompagnés de pain, de saucisses, du beurre, du sel, du raifort et de l’agneau (ne nous demandez pas pourquoi tout ça, on n’en sait rien). Si aujourd’hui les groupes folkloriques ont plutôt tendance à disparaître, en Pologne, on avait l’habitude de former un cortège musical pour se rendre à l’église et bénir les oeufs. Et que se passe-t-il après la cérémonie de sanctification ? Il fallait attendre le lendemain, le dimanche de Pâques, pour manger les oeufs et le reste de la nourriture. Oui, vous avez bien entendu, vous tapez toute une après-midi à décorer minutieusement des oeufs pour finalement les écaler et les manger ! Concrètement, les membres de la famille se les offrent en fin de matinée (en essayant de ne pas faire de jaloux, genre celui-là il est plus beau que celui que tu m’as offert, etc.). Puis chacun remet ses oeufs dans le même panier (peut-être même que l’expression vient de là). Cela symboliser le partage. Les oeufs font ainsi office d’entrée précédant un pantagruélique déjeuner.

“Lundi mouillé”

Le lundi, Pâques se poursuit. Et comme nos amis polonais ont indéniablement le sens de la fête, ils n’ont pas trouvé d’autres idées que de s’arroser (traditionnellement, on y va au seau d’eau). C’est ce qu’ils appellent dyngus ou lany poniedzialek (lundi mouillé). Oui, pour se souhaiter une joyeuse Pâques, les Polonais se versent de l’eau les uns sur les autres. Dans des temps reculés, seuls les hommes pouvaient asperger les femmes et les fouetter avec des branches de saule. Ces pauvres filles et épouses ne pouvaient prendre leur revanche que le jour suivant. Si l’on souhaitait échapper à l'”inondation”, une seule solution : faire un don (dyngus) en allant donner des oeufs aux pauvres (encore une histoire d’oeufs, vous me direz). Mais pas dit que même en donnant, on ne se faisait pas asperger… Chez les familles qui pratiquent la tradition, on se balance aujourd’hui de l’eau à la figure dès le réveil, soit disant pour apporter du bonheur. L’eau symbolise surtout le retour à la vie du Christ ressuscité. Ca peut paraître un peu rustre comme ça mais c’est leur façon à eux de dire Je t’aime. A bon entendeur…

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