BILAN

Réflexions Par | 08H00 | 02 avril 2014

L’abécédaire des municipales (1/2) : de “Aubry” à “Médias”

Le rideau est tiré sur les municipales, on vous a livré nos premières analyses lundi et mardi. Voici venu le temps de résumer la campagne et les résultats de ces municipales 2014 en abécédaire. En vingt-six lettres et en deux volets, s’il vous plaît (oui, nous avons un “Y”). Retrouvez également les lettres de “N” jusqu’à “Z”.

Illustration municipales.

Pour illustrer un abécédaire, rien ne vaut un bon Scrabble, non ? Photo : Stéphane Dubromel.

A… comme Aubry

Que retenir de ce cru 2014 pour Titine de Fer ? Une érosion de son socle d’électeurs d’abord, très visible au premier tour (moins dix points, mais à lier avec le contexte national). Certes, elle est réélue, mais cela ne la place plus dans les meilleures conditions pour son dernier mandat, d’autant que le FN fait son entrée au conseil municipal. Elle est aussi affaiblie à la communauté urbaine, dont elle pourrait perdre la présidence. Sa campagne électorale ? Tranquille, la maire de Lille avait conscience que l’heure de la droite n’avait pas encore sonné (relire : et si la droite avait déjà perdu, et si la gauche avait déjà gagné ?). Ce qui explique sa volonté, sans cesse, de vouloir refuser le débat à ses adversaires qui le réclamaient à cor et à cri ?

B… comme Briois

Le grand vainqueur du scrutin 2014. Après vingt ans de travail de terrain, Steeve Briois offre sa première ville au FN depuis deux décennies. Et au premier tour. Il profite également des errements de la gauche qui ont grandement contribué à faire de l’ex-Bassin Minier une place forte du FN. Steeve Briois devient ainsi le premier maire FN du Nord-Pas-de-Calais et va pouvoir imposer sa volonté d’implantation locale. D’ailleurs, dans la région, le FN a fait une large percée en s’invitant dans de nombreux conseils municipaux. Objectif : transformer ces conseillers en des candidats crédibles et sérieux pour 2020. A relire sur le sujet : Le Front National a-t-il réussi sa percée ? / Steeve Briois, sacré maire FN : une journée dans le cirque médiatique d’Hénin-Beaumont).

C… comme Cocus.

Certains électeurs du premier tour ont pu se sentir floués. A Douai, Marie-Hélène Quatreboeufs-Niklikowski s’est vendue à une Françoise Prouvost qu’elle jugeait pourtant incapable quelques semaines auparavant. A Lens, les tractations d’entre-deux tours resteront de grands moments : Arnaud Sanchez, Sébastien Plociniczak et Sophie Gauthy, qui ne pouvaient pas se sentir (notamment les deux premiers) ont finalement fusionné ; Naceira Vincent, autoproclamée seule opposante en chef à l’équipe Delcourt-Robert, s’est ralliée… au maire sortant. A Béthune, Olivier Gacquerre et Pierre-Emmanuel Gibson en ont fait de même alors qu’il y a quelques mois, ils fustigeaient les accords politiciens. La jeune génération n’a donc rien à envier aux plus vieux (relire également Négociations d’entre-deux tours : les paroles d’hier ne valent déjà plus rien) . Pour certains, la sanction est tombée : à Douai, les drôles de dames ont laissé la ville au socialiste Frédéric Chéreau. A Lens, le trio improbable perd des voix entre les deux tours, alors que mathématiquement… il devait gagner.

Autre cas d’électeurs cocus à Arras d’électeurs cocus : Harlem Désir, premier secrétaire du PS, a imposé la Verte Hélène Flautre en tête de liste d’une union de la gauche, pour équilibrer des accords EELV/PS à Marseille et Perpignan. Une stratégie perdante. Enfin, notons le beau retournement de veste de Valérie Létard qui soutenait Gérard Vignoble au nom de l’UDI… jusqu’à ce qu’il soit en difficulté pour le second tour.

A relire sur DailyNord

Le FN au premier tour à Hénin-Beaumont, la surprise Dunkerque, que retenir du premier tour ? Lire cet article.

Dunkerque pour Vergriete, Roubaix et Tourcoing pour la droite, le point sur le second tour. Lire cet article.

La fin du socialisme municipal. Lire cet article.

Le FN a-t-il réussi son pari dans le Nord – Pas-de-Calais ? Lire cet article.

Dans la région, l’UDI relève la tête et appuie sur le champignon. Lire cet article.

Portrait-robot du maire de 2014 : il s’appelle Bernard et a 53 ans (et c’est bien sûr un homme). Lire cet article.

On a passé le dimanche après-midi avec le candidat Delbar devenu maire de Roubaix. Lire ce reportage.

Steeve Briois élu maire FN : reportage dans le cirque médiatique d’Hénin-Beaumont. Lire cet article.

 

D… comme Dadas

Les lieux communs ont été légion durant cette campagne. Notamment dans les programmes. Chez les challengers, les grands dadas étaient de taper sur le manque de dynamisme économique de la ville, les centre-villes morts, le stationnement payant, l’inefficacité de la démocratie participative, la personnalité du maire, la hausse de la fiscalité ou le manque de projets d’envergure pour la ville. On promettait aussi beaucoup de zones d’activités dédiées aux nouvelles technologies ou au développement durable. Du lourd. Autres thèmes revenus régulièrement dans la campagne en 2013-2014 : la sécurité, les caméras de vidéo-surveillance, les Roms (notamment dans la métropole), etc. L’avantage de ces programmes : on les retrouvera en 2020. On parie ? A relire sur le sujet : ces dix éléments de programme presque copiés-collés.

E… comme Exit

Exit Michel Delebarre et Gérard Vignoble, d’abord, deux maires historiques du Nord – Pas-de-Calais, l’un balayé par l’usure du temps, l’autre par les affaires. Autres maires poussés vers la sortie : Pierre Dubois à Roubaix, Michel-François Delannoy à Tourcoing, Rémi Pauvros à Maubeuge, pour les plus notables.

D’autres personnalités disparaissent des écrans radars, mais volontairement : Jacques Vernier, après 31 ans de service à Douai, le vétéran Jean-Marie Krajewski à Berck-sur-Mer. N’oublions pas aussi Jean-Pierre Kucheida, qui, pour la première fois depuis trois décennies, était absent de l’arène. A Lille, on notera la sortie du jeu politique municipal de Christian Decocq (poussé dehors par la jeune garde de Jean-René Lecerf), Dominique Plancke (qui ne se représentait pas en position éligible) et Alain Cacheux (disparu des listes au moment de la fusion PS/EELV).

F… comme Fils de

Dans une ville à bascule, Jean-Claude Decagny avait cédé son poste à Rémi Pauvros en 2001. L’honneur de la famille est sauf à Maubeuge : Arnaud Decagny a repris le trône familial. Il rejoint la longue liste « des fils de », maires ou conseillers municipaux de pères en fils dans le Nord – Pas-de-Calais. A Calais, Yann Capet entre à la mairie en tant que conseiller municipal. Son père était adjoint au maire au siècle dernier.

G… comme Genre (mélange des)

Mélanger les genres, une spécialité des municipales.

Côté maires d’abord : il y a ceux qui envoient des courriers électoraux aux frais de la mairie (Lens, Carvin), ceux dont les attachés de presse de la mairie envoient carrément les informations de déclaration de candidature (Saint-Omer), ceux qui avancent la date de manifestations, avec lots à l’appui, avant les élections (Wasquehal), etc.

Côté militants ou colistiers ensuite : comme à Wattrelos, où un employé de mairie collait les affiches avec une voiture municipale ; ou à Saint-Omer encore où une colistière, adjointe, appelait à deux jours du second tour les Audomarois pour leur indiquer que s’ils votaient pour l’adversaire, c’en serait fini de l’épicerie sociale, etc.

Enfin, n’oublions pas les amicales ou moins amicales pressions en tout genre sur les listes adverses (relire notre édifiante enquête sur le sujet).

H… comme Histoire

L’histoire repasse les plats. En 1983, après deux ans de gouvernement socialiste, Roubaix et Tourcoing avaient basculé à droite (André Diligent avait pris la mairie à Pierre Prouvost, et Stéphane Dermaux à Maurice Devloo). Même résultat en 2014, avec Guillaume Delbar qui remplace Pierre Dubois à Roubaix et Gérald Darmanin Michel-François Delannoy à Tourcoing. Plus généralement, les résultats des municipales 2014 resteront dans les annales pour la vague bleue.

I… comme Insolite

Une campagne électorale, ce sont aussi quelques faits insolites. L’un de ceux qui restera dans les annales est certainement la volte-face d’entre-deux tours de Catherine Rebergue à Saint-Omer. L’adjointe de Bruno Magnier, maire PS sortant, colistière pour cette nouvelle campagne, s’est fendue d’un courrier à la préfecture pour être retirée de la liste durant l’entre-deux tours, une semaine après avoir assisté à un meeting du concurrent, François Decoster. Retrait impossible bien entendu mais qui a contribué à animer la campagne audomaroise. Autres faits insolites : ce tract électoral déguisé en offre d’emploi sur le Bon Coin (même si on n’était quand même pas loin de la stupidité dans ce cas), des collages d’affiches ou des affiches elles-mêmes mémorables (un exemple ici), un père et un fils adversaires à Lens (les Réal), un mari et une femme élus respectivement à Bapaume et Beaulencourt (les Cottel), un royaliste voulant devenir maire à Caudry, des dissidents coupés sur les photos de campagne (comme à Lambersart) ou encore des clips de campagne mémorables. Enfin, n’oublions pas la liste la plus insolite, celle de l’Eglise de la très sainte consommation à Lille qui a tout de même recueilli 3% des suffrages…

J… comme Jeunes loups à suivre

La cuvée 2014 a vu arriver de nombreux « jeunes » sur le marché politique régional, ou en tout cas de nouvelles têtes prometteuses : Patrice Vergriete (maire de Dunkerque), Frédéric Chéreau (maire de Douai), Guillaume Delbar (maire de Roubaix), Gérald Darmanin (maire de Tourcoing). D’autres n’ont pas gagné, mais ont peut-être pris date : ainsi,  Arnaud Sanchez et Sébastien Plociniczak à Lens. Un mot sur les vrais jeunes : Pierre Griner a 23 ans et il est maire de Quiévrechain ; à Hesdin, Stéphane Sieczkowski-Samier a 22 ans et vient d’emporter la mairie.

K… comme Kopeck

On n’aurait pas parié un kopeck (ou si peu) sur Patrice Vergriete, maire de Dunkerque. On se doutait bien sûr qu’il faisait une bonne campagne et qu’il se positionnerait en force pour 2020, mais de là, à laminer Michel Delebarre de cette façon, c’était la grosse surprise de ces municipales.

L… comme Lignée

Ou ces maires qui avaient fait le choix de passer leur pouvoir en cours de mandat à un successeur pour le préparer aux futures échéances. Une stratégie gagnante en général, comme à Valenciennes, Arras, Lomme, Liévin et Lens. Perdu en revanche à Roubaix, où Pierre Dubois n’a pas résisté au vent du suffrage universel, et à Hazebrouck (où le témoin n’avait pas été officiellement transmis, mais c’était tout comme). A relire : dans les mairies régionales, la mode de la passation de pouvoirs.

M… comme Médias

Accusés de tous les maux, les journalistes de la presse régionale ont encore été les punching-balls des mauvais perdants (qu’ils soient maires, candidats ou simplement militants) qui leur ont trouvé tous les défauts du monde : ils parlaient trop des adversaires, étaient partisans, etc.  Le plus amusant étant que ces mêmes candidats, maires ou militants feront de nouveau appel aux journalistes pour présenter leurs listes dans les prochaines campagnes !

Les lettres de N jusqu’à Z sont par là.

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

Les articles de DailyNord les...

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les vraies raisons de la baisse de fréquentation du Louvre-Lens

Baisse de fréquentation, impacts économiques limités sur le Lensois, DailyNord a enquêté sur le Louvre-Lens. Une enquête en trois volets à consommer sans modération.

Comment le Conseil régional compte affaiblir les associations écologistes

Baisse de subventions ou coupures sans préavis, DailyNord révèle comment le Conseil régional des Hauts-de-France a l'intention d'affaiblir les associations qui gravitent autour de l'écologie et de l'environnement. Retrouvez notre enquête.

Pour ne plus jamais louper un excellent article de DailyNord

L’unique et le seul dictionnaire officiel du Nord – Pas-de-Calais

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord - Pas-de-Calais

Les livres avec Eulalie

Mais qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?

>>> Découvrez le DailyProjet

Partenaire