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Saint-Omer : dans le cercle du silence, toujours le mutisme pour dénoncer le sort des migrants

Un quinquennat à Denain et Saint-Omer Par | 25 mars 2014

Certes, la « jungle » de Calais a été détruite en 2009. Certes, il y a aujourd’hui moins de migrants sur le littoral nordiste. Mais tous les derniers mardis de chaque mois, une poignée d’indignés manifestent encore leur soutien aux migrants devant l’ancienne mairie de Saint-Omer. Ici, pas défilé, ni de slogans scandés dans des haut-parleurs, mais une ronde, silencieuse. Nous y étions, en février.

Un reportage dans le cadre de notre projet “Un quinquennat à Denain et Saint-Omer”.

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Un cercle pour manifester leur soutien aux migrants. Chaque dernier mardi du mois, une poignée d”indignés” se réunissent en silence. Photo : David Pauwels.

Il ne sont que neuf à avoir bravé la pluie qui s’est abattue soudainement sur la ville ce mardi 25 février. « On peut être jusque 30 certains jours », affirme Maurice Collier, l’un des plus fidèles participant du cercle de silence. Tandis qu’un vent glacial balaie la place Foch, le groupe forme un petit cercle en face de l’ancienne mairie. Les pancartes bricolées pour l’occasion ont du mal à tenir droites sur le sol. Pas de tracts rappelant la condition des migrants à distribuer ce soir-là, « celui qui s’en occupe est parti au ski ». Quelques badauds regardent de loin la curieuse mise en scène mais l’emplacement choisi n’est pas très passager et les slogans, bien trop petits, ne sont pas lisibles à cette distance. Les manifestants s’enferment alors dans un silence de cathédrale qu’ils ne briseront qu’au bout d’une heure. Même le peu de piétons qui s’approchent n’ouvrent pas la bouche et se contentent de lire les pancartes.

Une action « non violente et sans étiquette »

Si l’origine du cercle de silence est à mettre à l’actif des Franciscains de Toulouse, le mouvement se revendique sans étiquette politique, religieuse ou même associative. « Nous sommes simplement des citoyens qui manifestent librement », résume Maurice Collier, avec une mine grave qu’il arborera toute la soirée. Même si la plupart des participants sont issus d’associations catholiques (Secours Catholique majoritairement), tout le monde peut y prendre part. En témoigne la présence d’une militante de France Terre d’Asile ce soir-là. « Chacun est libre de prendre part au cercle de silence. Même si c’est pour y rester seulement 15 ou 30 minutes, c’est la démarche qui compte », rappelle Maurice.

“On se préoccupe bien du sort des animaux, pourquoi pas des hommes ?”

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Ces “indignés” sont de moins en moins nombreux. Ils ont changé le jour de réunion du cercle pour faire face à la baisse des effectifs. Photo : David Pauwels.

En ce mois de février, c’est la première fois que le rassemblement a lieu un mardi. Depuis quatre ans, la petite troupe avait l’habitude de se donner rendez-vous le dernier vendredi de chaque mois de 18h à 19h, mais la fonte des effectifs a obligé ses membres à reconsidérer la chose. Si le jour a changé, les objectifs sont restés les mêmes. Tous participent au cercle de silence afin de dénoncer les conditions d’accueil des migrants sur le sol français, à Calais et Saint Omer en particulier où l’on en compte une quinzaine. « On ne peut pas laisser vivre des gens comme ça », s’insurge Marie-Agnès, une des participantes. « On se préoccupe bien du sort des animaux, pourquoi pas des hommes ? ». Entre colère et fatalisme, le discours est uniforme parmi les autres manifestants: « On dépense un fric fou pour les renvoyer dans leur pays mais ils reviennent de toute façon. Il faut trouver des solutions pérennes car tout le monde subit la situation, les riverains comme les migrants ».

Une des principales revendications du cercle de silence justement est la création de nouveaux CADA (Centres d’accueil pour les demandeurs d’asile). Actuellement, on dénombre une place pour cinq demandes. Pourtant, la loi est claire sur ce point: un migrant qui fait une demande d’asile se doit d’être hébérgé.

Nouveau cercle du silence aujourd’hui

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Autour du cercle du silence, la vie du centre-ville audomarois continue son cours. Quelques-uns regardent les pancartes à distance. Photo : David Pauwels.

Malgré tout, les membres du cercle de silence n’ont pas sollicité les candidats locaux aux élections municipales sur ces questions. « Ils sont déjà au courant de nos actions et de nos revendications. », bougonne l’un d’entre eux. « Lors de son passage dans le Pas de Calais mi-février, Manuel Valls a évoqué la mise en place de structures comme la ‘maison du migrant’ mais bon… j’ai bien peur que ce ne soit que des paroles. Localement, le seul qui soit vraiment impliqué pour la cause c’est Marc Boulnois, le maire de Norrent-Fontes. Il a de réelles convictions sur le sujet. »

Si la situation générale des migrants n’est pas reluisante, surtout à Calais où près de 400 individus errent toujours dans des bidonvilles dans l’attente de rejoindre l’Angleterre, une convention améliorant le sort des mineurs entre 15 et 17 ans a certes été signée il y a deux ans entre l’association France Terre d’Asile et la région Nord-Pas de Calais, mais on est encore loin du compte.

A 19h, l’horloge de l’hôtel de ville retentit. La nuit est tombée sur Saint-Omer. Les manifestants brisent le cercle et en profitent pour échanger quelques mots. Le mois prochain, ils reviendront…pour une nouvelle heure de silence.

Aurélien Savart (texte) et David Pauwels (photos). 

Prochain cercle du silence aujourd’hui, place Foch à 18h. Retrouvez la page d’accueil de notre projet “Un quinquennat à Denain et Saint-Omer”.

A relire également sur DailyNord : notre grand format “Au pays des migrants“, diffusé en 2009.

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