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EN CAMION, LECTEURS !

On a fait la tournée avec le boulanger ambulant de Bomy

Réalités Par | 05 mars 2014

Le Nord – Pas-de-Calais, terre de villes ? N’oublions pas les campagnes et les multiples villages du Pas-de-Calais qui se sont vidés peu à peu de leurs commerces. Heureusement, depuis des décennies, certains commerçants prennent chaque jour leur marchandise dans un camion. Et viennent à la rencontre des clients. On a suivi la tournée de la boulangerie de Bomy. Vous montez ?

Galerie de portraits de clients, vus depuis la camionnette. Photos : Stéphane Dubromel.

Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, le boulanger vient toujours à vous. Tel pourrait être le slogan de la boulangerie Flour-Thorel, à Bomy. Dans ce petit coin de l’Audomarois, on se souvient encore de l’hiver dernier. « C’était pendant les grosses périodes de neige, se rappelle Hélène Flour, la boulangère. Les routes étaient impraticables. Avec l’aide d’un ami agriculteur, on a fait la tournée… en tracteur ! » Autant dire que l’attelage tranchait sur le manteau blanc. Si aujourd’hui, Hélène en plaisante, elle est bien en peine de en nous montrer le moindre souvenir photographique. « On n’a pas pris de photos. Sur le coup, je ne rigolais pas autant ! »

En tout cas, en ce jeudi de février 2014, Hélène Flour a le sourire. Comme tous les jours apparemment, depuis qu’elle a repris il y a cinq ans, avec son compagnon Gilbert, la boulangerie familiale, transmise de génération en génération. “Jusqu’alors, café et boulangerie ne faisaient qu’un. Quand nous avons repris avec mon compagnon, nous avons juste repris la partie boulangerie. Mes parents ont en revanche gardé le café“.  Particularité du commerce : plusieurs fois par semaine, et ça aussi depuis des lustres, il se déplace dans les campagnes, pour aller jusqu’au client.

« Le jeudi, comme le mardi et le samedi, on fait par exemple Bomy, Beaumetz-les-Aire et Erny-Saint-Julien, poursuit Hélène, aux côtés de Véronique, employée qui travaille avec elle depuis six ans. Le camion parcourt ainsi les petits villages n’excédant pas plusieurs centaines d’habitants, comme il en existe tant dans le département. Bien souvent désertés par les petits commerces. Ces jours de tournée, en plus de leur activité de boulanger sédentaire (de 6h à 20h), les Flour-Thorel doivent donc préparer la marchandise. Couper le pain, marquer l’emballage d’une croix ou retourner le pain dans la cagette, afin d’identifier en un coup d’oeil de quoi il s’agit lors de la livraison. Tout est ensuite disposé dans une  camionnette Renault, où quelques étagères, plaquées sur le côté gauche, laissent entrevoir des conserves de dépannage. Vers 10h30, c’est l’heure du départ. Exit la boulangerie, gardée cette fois-ci par Gilbert, direction les petites routes de campagne, à la rencontre des habitants.

 Une vraie relation de confiance avec les clients

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Le rituel est parfaitement rôdé. Pas question de s’arrêter sur une place du village à attendre les chalands, le boulanger vient directement à domicile. Les deux femmes ont tout dans la tête. Les adresses, les commandes, les noms, les prix. Hélène au volant klaxonne au moment de s’arrêter. Véronique ouvre alors la porte arrière (*). Et le premier client s’avance. En sortant de sa maison, il est surpris de trouver ce jour autant de monde. « C’est un reportage pour internet », glissent nos boulangères. Parfois, Véronique descend et va même jusqu’à ouvrir la porte pour déposer le pain sur la table de la cuisine. « On s’arrange avec les gens. Certains ont du mal à se déplacer », explicite Hélène devant notre étonnement. La patronne ne fait d’ailleurs pas que conduire : quand la commande est du côté gauche de la route, c’est à elle de sortir. D’autres fois encore, les deux femmes posent le pain, derrière un volet, dans la boîte aux lettres, dans un sac déjà prêt, devant une porte ou en tirant une persienne. En récupérant parfois la monnaie déposée à leur attention.

Les deux femmes savent aussi que si un tel rideau est tiré, si un papier est coincé sur la porte, ça veut dire que ce n’est pas la peine de s’arrêter aujourd’hui. Une vraie relation de confiance s’est instaurée au fil des années. « La plupart des gens nous paient au mois. Il y a quelques fois quelques mauvais payeurs mais on les connaît. » Quant aux vols de pains qui traînent sur le pas de porte, ils sont heureusement rares. Mais ça arrive.

Le klaxon, pièce essentielle du boulanger ambulant

Tournee boulanger UNE

Le camionnette, l’outil indispensable du boulanger ambulant. Photo : Stéphane Dubromel.

La campagne audomaroise défile, par les fenêtres du camion de 160 000 kilomètres. Un outil de travail précieusement entretenu, d’ailleurs, la veille, il était encore au garage pour les bougies. C’est un camion bien particulier pour le garagiste local : les éléments les plus fréquents à changer sont la porte coulissante de l’arrière et… le klaxon ! Dure loi du boulanger ambulant : sans avertisseur sonore, il n’a plus qu’à mettre clé sous la porte. En parlant de porte, justement, en été, il arrive  qu’elle reste ouverte. « Parfois, j’ai même perdu des pains », plaisante Hélène, en entamant un virage serré, avant de faire demi-tour dans la cour d’une ferme.

Les visages des clients se succèdent. Pour la plupart, assez âgés. Pas d’inconnus sur la tournée. Véronique et Hélène tutoient, vouvoient, parfois demandent des nouvelles. De la santé, du mari ou des deux. « On est aussi pour certains la seule visite de la journée ». Elles écoutent les ragots « mais on ne les répète pas ! », assurent-elles. Dans un des villages, elles viennent d’apprendre qu’il y aura une autre liste aux municipales. Leur peur ? Découvrir un jour une personne décédée. Ce n’est jamais arrivé. « Une fois seulement, on a ramassé quelqu’un qui était tombé ».

Boulanger, facteur, mais aussi charcutier de dépannage

En une heure trente, le camion a été vidé de son pain et des quelques journaux locaux que les boulangères distribuent en même temps. « Parfois, on fait aussi office de facteur, en acheminant des courriers. Si les clients nous le commandent en avance, on peut amener aussi une tranche de jambon par exemple. » Il est déjà midi. L’heure de revenir  à la boulangerie de Bomy pour refaire le plein… de pain.

Gilbert, qui est resté pour assurer la vente, nous montre ses réalisations en chocolat. Ici, tout est fait maison. La boulangerie propose des pains spéciaux, comme le seigle, le Nordique, même si le  blanc reste le grand classique dans ces campagnes. L’homme est un ancien cristallier, qui a travaillé à Arc International. Il a quitté l’entreprise il y a quelques années pour faire une formation de boulanger. Examen de CAP réussi avec plus de 14,8 de moyenne, « j’avais la pression », et un choix qu’il ne regrette absolument pas aujourd’hui. Même si les journées sont longues et débutent à 4h du matin.

On repart en camion. « On ne va pas chez Roland, il a téléphoné, il n’a pas besoin de pain aujourd’hui », dit Véronique. « Mais de son journal L’Echo de la Lys ? », demande Hélène. « Ah oui, tu as raison. » Un peu plus loin, c’est une dame qui paie ses commandes :  19 euros pour le mois. « Qui paie ses dettes s’enrichit ! » Les chèques et la monnaie s’entassent en vrac dans la boîte à gants. Le pain est-il plus cher quand il vient à vous ? Un peu : cinq centimes. Mais ça vaut le coup : la boulangerie réalise la moitié de son chiffre d’affaires en vente ambulante. Et parfois, la tournée s’étend. Comme à Matringhem, où plusieurs personnes ont appelé la boulangerie Flour-Thorel suite à la fermeture de leur commerce. « J’ai prévenu le maire et nous avons intégré le village à l’une de nos tournées. » Un dernier virage, une marche arrière parfaitement maîtrisée dans une petite rue, et c’est l’ultime  ligne droite, après quelques dernières livraisons et une commande de « cinq muffins, cinq donuts pour samedi ». Il est 13h, la tournée du boulanger est terminée. Mais pas la journée, qui se poursuivra jusque 20h. Le lendemain, une autre tournée redémarrera. Dans d’autres villages. Cinquante-deux semaines sur cinquante-deux. Car Hélène ne prend jamais de vacances. « Sans les tournées, je serais capable de m’ennuyer ».

(*) Le plus souvent, c’est Véronique qui fait la tournée, seule. Mais présence de journalistes oblige, on a eu le droit à un traitement spécial.

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