ANALYSE

Réflexions Par | 11H25 | 31 mars 2014

Nord – Pas-de-Calais : la fin du socialisme municipal

C’est le principal enseignement de ces municipales. Avec l’extinction programmée du socialisme municipal – ce mélange de culte du maire et du chef, de clientèlisme électoral, de réseaux associatifs et caritatifs ressemblant à s’y méprendre à un Etat-providence bis, voire antérieur à celui-ci -, conjugué à la mutation lente mais sûre de la gauche en France, et dont nous vivons un nouveau chapitre depuis l’élection de François Hollande, la région vit peut-être l’aube d’une mutation fondamentale.

On est loin du phénomène analysé par les politologues depuis le début du siècle dernier quand, guesdisme et syndicalisme révolutionnaire aidant, le monde ouvrier, nouveau Tiers-Etat de la révolution industrielle, cherchait à inventer son univers à lui. Depuis plusieurs décennies, le socialisme municipal s’est perverti en appareil de conquête ou de défense des pouvoirs établis. Un phénomène remarquable à l’échelle de l’Hexagone, bien sûr, mais qui a pris une résonance particulière dans la région. Et la bourrasque de ce week-end l’a probablement emporté. A tout le moins quelques-unes de ses places fortes, Dunkerque, Hénin-Beaumont, Tourcoing, Maubeuge, même si la ville du clair de lune aime les alternances. Qui, en six ans, ont vu leur centre de gravité basculer.

Le socialisme municipal du bassin minier

Incarné par un Jean-Pierre Kucheida à Liévin ou un Jacques Mellick à Béthune, deux personnalités qui ont marqué l’histoire de l’ex-bassin minier et qui y appartiennent désormais. Pas question d’oublier l’ancien maire Gérard Dalongeville à Hénin-Beaumont dont la faillite politique – et judiciaire -, étalées sur plusieurs années, ont abouti à l’élection au premier tour de Steeve Briois, un maire Front national. Peut-être le type de socialisme municipal le plus abouti puisque procédant d’une vraie adhésion du nombre et cultivant à outrance la figure de l’élu.

Le socialisme municipal du littoral

Le système Delebarre n’a donc pas résisté aux coups de boutoir d’un ancien adjoint. Le tsar de Dunkerque avait pourtant reproduit, version hard, le système d’allégeances et d’obligations personnelles appris dans le sillage de Pierre Mauroy à Lille dont il fut le bras droit et fait de la ville de Jean-Bart une citadelle réputée imprenable…Ce socialisme municipal-là est le fruit d’une forte personnalité, fait de charisme voire de crainte.

Le socialisme municipal de la métropole lilloise

C’était celui de Michel-François Delannoy à Tourcoing, hérité en ligne directe des dispositifs à l’oeuvre depuis des décennies, sorte de maillage de réseaux enseignants, laïcs, francs-maçons, sinon clientèlistes, et jamais vraiment conforté malgré les trois mandats successifs de Jean-Pierre Balduyck – lui de forte composition sociale-chrétienne, une dimension forte de Tourcoing – et le mandat unique de Delannoy, son dauphin en 2008, élu dès le premier tour. Un système d’autant plus actif que Tourcoing est une ville à bascule. D’ailleurs, hier elle a basculé.

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