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Zoom sur Hénin-Beaumont : entre un FN qui s’y voit déjà et un maire inconnu devenu dernière chance

Réflexions Par | 12 mars 2014

Il ne le crie pas trop fort, mais il en est persuadé : cette fois, c’est la bonne. Steeve Briois se voit déjà maire d’Hénin-Beaumont le 31 mars. En face, ces dernières semaines, on s’est organisé et réorganisé. Et Eugène Binaisse, inconnu il y a encore quelques temps, rassemble aujourd’hui tous les espoirs.

FRANCE. Henin-Beaumont. Steeve Briois a la tribune lors d'un meeting de Marine Le Pen.

Steeve Briois à la tribune, lors d’un meeting présidentiel de Marine Le Pen. Sera-t-il le prochain maire d’Hénin-Beaumont ? Photo : Stéphane Dubromel.

A la permanence du Front National à Hénin-Beaumont, dont toutes les fenêtres sont recouvertes d’affiches de Steeve Briois, il paraît que ces six derniers mois, on voit passer bien plus de monde que d’habitude. Les candidats de tout le département bien entendu – c’est le siège frontiste du Pas-de-Calais – , les journalistes également revenus en masse flairer l’odeur du sang électoral. Mais pas seulement. Plus étonnant, les adminstrés d’Hénin viennent aussi voir le frontiste pour un boulot, un logement, un coup de pouce. Bien plus qu’avant, affirme-t-il. Un signe qu’il est déjà considéré comme le futur maire ? « Je suis élu municipal, administrateur au CCAS, modère le candidat. J’ai donc des réseaux pour les aider. » En tout cas, pour la première fois peut-être, Steeve Briois et son équipe s’apprêtent à gouverner. D’ailleurs, chaque mois, ils s’y préparent en réunissant une sorte de cabinet-fantôme, un conseil municipal “pour du beurre”, afin de préparer l’après-30 mars, conscient que si Hénin bascule, aucun temps de latence ne leur sera pardonné. Présents autour de la tête de liste ? Ses fidèles acolytes Laurent Brice et Bruno Bilde, mais également l’universitaire conseiller régional et cinquième sur la liste, Jean-Richard Sulzer. Et un directeur général des services d’une ville socialiste du Nord-Pas de Calais, qui, on le comprend, choisit pour le moment de rester discret.

Un dernier sondage favorable ?

L’équipe du Front National en est donc quasiment certaine : cette fois-ci, ce sera la bonne. Hénin-Beaumont basculera sous son joug, la première victoire d’une période qu’elle espère faste localement et nationalement pour le parti de Marine Le Pen. On ne va pas répéter toute l’histoire, mais c’est la conjonction de plusieurs facteurs qui conduit l’ancienne place-forte du bassin minier dans cette situation : vingt ans de travail sur le terrain (Steeve Briois a été élu la première fois à Hénin en 1995), avec une affection particulière pour les marchés et les danses endiablées avec les petites vieilles des quartiers ; une situation politique et financière qui a dégénéré avec en point d’orgue l’affaire Dalongeville. Suffisant pour passer en 2014 ? Le dernier sondage Europe 1/La Voix du Nord donne Briois gagnant au second tour, mais l’écart en nombre de voix est faible. Et la dynamique du premier tour n’était pas prise en compte.

Dans la région, une stratégie municipale pour le Front National

 

Longtemps, le FN de Jean-Marie Le Pen se contrefichait, ou presque, des élections locales. Mais ça, c’était avant. En 2014, selon une stratégie notamment impulsée par Steeve Briois et ses proches, la prise de pouvoir par le FN doit se conjuguer avec l’implantation locale, en s’appuyant sur l’exemple de Hénin-Beaumont. D’où cette volonté de présenter un maximum de listes dans la région. Pour finalement très peu de villes qui risquent de basculer : outre Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, seules Billy-Montigny, Méricourt et Dourges étaient réellement susceptibles de passer sous le giron du FN, selon les responsables départementaux, il y a quelques semaines (Nordway, en décembre).

A Dunkerque, Philippe Eymery croit aussi en ses chances, eu égard aux divisions de ses adversaires.

Mais pour le FN, de toute façon, la victoire se situe ailleurs : si ces listes font plus de 10%, les frontistes rentreront dans les conseils municipaux, puis les agglomérations où se transfèrent peu à peu les clés du pouvoir local. L’occasion de gagner des grands électeurs pour les sénatoriales, mais aussi de préparer de futurs cadres du parti aux prochaines échéances électorales.

Tractations et retraits à gauche

Justement, en parlant de premier tour : pendant un temps, on a cru qu’Hénin-Beaumont nous rejouait la multiplication des listes en face du FN. Il y a encore un mois, on comptait sept candidats déclarés. Aujourd’hui, deux ont jeté l’éponge. Pierre Ferrari, naguère chevalier blanc du Parti socialiste, s’est retiré ce qui donne un autre relief à ce tract de campagne (voir ci-dessous). En échange, Guy Delcourt, le député PS voisin, et Dominique Dupilet, le président du conseil général du Pas-de-Calais, lui ont promis de bonnes places lors de prochaines élections (« Il y aura d’autres combats pour notre ami, que ce soit pour le département, la Région ou les Européennes ! », La Voix du Nord du 11 février). « Il n’est pas parti les mains vides », commente-t-on sobrement et ironiquement en mairie. Autre retiré de la dernière heure : David Noël, leader du Parti communiste local et tête de liste Front de Gauche il y a à peine quinze jours. En difficulté dans les sondages, celui-ci s’est donc entendu avec Eugène Binaisse – contre lequel il se montrait pourtant bien virulent – pour figurer sur sa liste et obtenir une position éligible. Des retraits tardifs qui ne manqueront pas d’alimenter la rhétorique UMPS tous pourris du FN.

Ferrari

Le tract de campagne de Pierre Ferrari. Enfin, avant qu’on lui demande de se retirer.

Restent alors en jeu quatre autres candidats :  Georges Bouquillon, ex-premier adjoint d’Eugène Binaisse, qui a retrouvé sa liberté, mais que les sondages ne donnent pas à plus de 5% et Jean-Marc Legrand, UMP-UDI, très discret dans cette campagne. A gauche, on trouve également, quelqu’un qui n’a décidément peur de rien : Gérard Dalongeville, l’ex-maire honni, qui a fait appel de sa condamnation cet été ce qui suspend donc son inéligibilité. Enfin, pas si honni : il a tout de même réussi à constituer une liste, et de l’avis de ses adversaires, il piquera des voix de tous les côtés, ayant encore la sympathie de Héninois décidément pas rancuniers.

Eugène Binaisse, l’inconnu qui s’est fait connaître

Enfin, le dernier protagoniste est bien entendu le maire en place, Eugène Binaisse. Inconnu du grand public il y a encore quatre ans, l’homme a pris goût à la pratique du pouvoir et estime que « trois ans et demi, c’est trop peu pour imprimer sa marque de fabrique ». D’autant que de son aveu, il a trouvé à son arrivée des équipes municipales fragilisées qu’il a fallu avant tout remobiliser : « J’ai un regret : ne pas avoir installé de cellule psychologique à la mairie. Les gens ici ont souffert. » D’où son envie de se présenter pour la première fois directement devant les électeurs afin de continuer à réorganiser la mairie pour redonner du lustre à sa ville. Son âge est-il un désavantage ? « Si je dois partir en cours de mandat, c’est parce que ma santé m’aura un peu quitté, mais ça peut vous arriver  aussi », plaisante le septuagénaire. En attendant, celui en qui pas grand monde (pour ne pas dire personne) ne croyait il y a encore à peine un an, a réussi le tour de force d’être la dernière chance d’empêcher le basculement d’Hénin-Beaumont dans l’escarcelle du Front National.  Et si les électeurs en décidaient ainsi, ce sera pour lui « à cause de l’insatisfaction des gens et non grâce à Steeve Briois ». Premier résultat des courses dans une semaine et demie désormais.

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