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REPORTAGE

Sacre du FN Steeve Briois : une journée dans le barnum médiatique d’Hénin-Beaumont

Réalités Par | 24 mars 2014

Sensation à Hénin-Beaumont. Steeve Briois, le numéro 2 du Front National, a remporté la cité du Pas-de-Calais dès le premier tour avec 50,26% des suffrages. DailyNord, qui avait la chance de ne pas être soumis à la dictature de l’immédiat, était aux premières loges toute la journée. Spectateur d’un joli cirque médiatique.

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Hénin-Beaumont, un jour d’élections municipales. A votre avis, qui se cache au milieu de la mêlée ?

9h30. Sous un ciel bleu (plus clair que marine), Hénin-Beaumont s’éveille. Première étape pour DailyNord : l’école Guy-Môquet où le maire de la commune, Eugène Binaisse, ouvrira le bal des people votants. Dans la rue qui y mène, pas un chien. Il faut pousser jusqu’à l’école pour voir que c’est ici que ça se passe. Une dizaine de journalistes et de photographes (dont Florence Aubenas dépêchée par Le Monde !) arrivent au compte goutte.  En attendant le vote du maire et de sa deuxième de liste, l’autre Marine (Marine Tondelier, EELV), les électeurs défilent sous le regard des caméras et des appareils photos.

10h. Eugène Binaisse et sa colisitière entrent sous le regard des journaleux. L’un d’entre-eux nous glisse : « Il y aura bien plus de monde tout à l’heure pour le vote de Marine Le Pen dans le centre-ville. Je suis sûr qu’il y a déjà des photographes ou caméramen placés derrières les bureaux des assesseurs là-bas ». Le vote n’est pourtant que dans une heure. Pendant ce temps, Eugène Binaisse sort de l’isoloir. Quelques flashs crépitent.  Il échange ensuite quelques bons mots. S’il est confiant ? “Nous surfons sur l’espérance“. Bof, on a vu mieux pour quelqu’un qui y croit…

10h30. En rejoignant le bureau de vote de Marine Le Pen, l’école Jean-Jacques Rousseau à deux pas du siège du FN, on croise les cadres du Front, Bruno Bilde et Steeve Briois. Les premiers chiffres de participation sont sortis : 884 votants à 9h soit plus qu’aux dernières municipales et un peu moins qu’aux dernières présidentielles. Qu’en tirer ? Ben, pas grand chose. Devant le bureau de vote de Marine Le Pen, quelques cars-régies sont déjà stationnés. Les confrères taillent la bavette, analysent chacun la situation héninoise ou tentent de comprendre le fonctionnement de Twitter, les hashtags du jour. Une équipe de télé tente de faire réagir les votants. Le duo court derrière une mamie : « Qu’est-ce que ça vous fait de voter avec autant de caméras ? » La moue de la dame en dit long.

“Le Monsieur en bleu, s’il vous plaît…” : c’était Briois !

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A voté. Steeve Briois sort du bureau de vote bien entouré.

11h. Marine Le Pen arrive dans la place. Dans la salle de vote, c’est the place to be, l’apothéose médiatique où l’on croise tout ce qu’Hénin-Beaumont peut contenir de radios, télés, presse écrite, en cette journée particulière. Les journalistes – bien plus nombreux que pour Eugène Binaisse – sont parqués derrière des barrières en plastique bleues, preuve que l’on prévoyait l’affluence. Quand elle sort de l’isoloir et se dirige vers l’urne pour voter, un photographe lâche : «  Le Monsieur en bleu… s’il vous plaît» à l’attention d’un grand bonhomme qui lui cache la vue. Les locaux se marrent… Le “Monsieur en bleu”, c’est le candidat Steeve Briois. Oups. Le vote terminé, la troupe ressort dans la rue. Dans la cohue, impossible de distinguer le couple médiatique du FN…  A gauche, puis à droite, une nouvelle école. Le bureau de vote de Steeve Briois. Le candidat fait tomber la veste pour faire la queue dans la salle trop exigüe pour la fréquentation du jour. Il consulte son smartphone, certains journalistes pianotent frénétiquement sur leurs ordinateurs, assis sur un coin de chaise. Les votants, eux, observent le cirque, tantôt agacés, tantôt indifférents, tantôt amusés. Dehors, sous le soleil héninois, Marine Le Pen tire une bouffée de sa cigarette électronique, tranquillement. « Depuis que j’ai fait la Une du Parisien, les vendeurs de cigarettes électroniques me remercient ! » Steeve Briois ressort, c’est de nouveau la cohue moutonnière pendant deux cent mètres, jusqu’au domicile du candidat. « Bon, maintenant, c’est bon ? » demande Marine Le Pen. Un journaliste accoure, à la traîne : « Il fallait que je tweete. Elle a dit quelque chose ? »

11h35. Plus ou moins de monde qu’aux dernières législatives ? Un confrère penche pour le moins. Approuvé par Octave Nitkowski, le jeune blogueur auteur du livre qui a fait polémique sur le Front National. D’ailleurs, le jeune homme en veut un peu à DailyNord pour notre chronique mi-figue, mi-raisin sur son bouquin. Mais bon, pas trop non plus, puisqu’il nous accompagne jusqu’à la salle des fêtes. Le temps d’apprendre qu’il couvre la journée sur Twitter et filera un papier gratos au Huffington Post le soir. Il fera aussi quelques duplexs pour des chaînes de télé. Du coup, il ne repartira à Paris que par le train de 6h, ce lundi matin, pour être sur les bancs de Science Po à 8h. Comment vit-il sa nouvelle notoriété ? « Je suis plus connu dans le Marais ou à Saint-Germain-des-Prés qu’à Hénin-Beaumont ». L’après-midi, on retrouvera le jeune homme interrogé par les journalistes qui distillera des infos qu’il tient lui-même… des journalistes. Ou quand le serpent médiatique se mord la queue.

12h.  Dans la salle des fêtes, la participation à 9h s’affiche sur un écran géant. Le temps de quelques tweets hyper intéressants de DailyNord (les voir ici), d’une blague d’un confrère taquin (« Tu as bien ton tampon des précédents bureaux de vote ? Sinon, tu ne peux pas entrer ! »), le people du midi arrive. Non, ce n’est ni Georges Bouquillon (le premier adjoint, divers gauche), ni Jean-Marc Legrand (UMP), ces “petits” candidats oubliés , mais bien Gérard Dalongeville, tout sourire. Il y a certes moins de médias que pour Marine Le Pen, mais l’homme savoure d’être au centre de l’attention et pose allègrement pour les photographes. On interroge la star du midi. Confiant, entre deux bises aux grands électeurs, il met en avant son statut de « grand démocrate » avant de donner rendez-vous aux journalistes le soir. Lesquels s’interrogent ensuite sur son toupet… On reste quelques minutes dans la salle pour obtenir les résultats de la participation de 13h. Florence Aubenas arrive : agacée de se retrouver tweetée en photo avec Dalongeville en train de prendre un café. Rançon de la gloire.

Participation en hausse dans les restaurants du centre-ville

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A la salle des fêtes, peu avant 18h, les directs s’enchaînent.

13h30. C’est l’heure d’aller déjeuner. Au O’Shannon, on retrouve l’équipe Dalongeville, quelques confrères qui s’amusent des tweets de DailyNord du matin. Nous, entre deux frites et trois morceaux de viande hachée, on obtient une réaction exclusive du gérant : oui, il y a deux fois plus de monde ce dimanche que d’habitude. Les élections héninoises, c’est bon pour les affaires. Deux journalistes ont quant à eux décidé de tuer le temps en attendant la suite : ils vont aller voir un match de Division 1 féminine entre Hénin-Beaumont et Guingamp. Promis, ils essaieront de live-tweeter.

14h45. Il pleut sur Hénin-Beaumont désormais. Direction un bureau de vote, Henri-Senez, boulevard Darchicourt dans les quartiers extérieurs. Dans ce lycée, la file d’attente ne désemplit pas, mais à la différence du matin, les journalistes ont disparu. Un sacré contraste avec la cohue du matin. On interroge les gens à la sortie, qui répondent facilement. Sont-ils effarés du zoo médiatique d’Hénin-Beaumont ? Non, ils sont habitués. Et puis, ça fait parler de la ville à Marseille. Sur Twitter, les journalistes qui suivent le match de foot donnent le score à la mi-temps.

16h15. Retour dans le centre ville d’Hénin Beaumont, qui retrouve le soleil dans un calme qui ne présage en rien la tempête médiatique du soir. On y croise plusieurs confrères qui errent entre les bureaux, tout comme dans le café près de la salle des fêtes. A l’intérieur de celle-ci, direction la salle de presse, en sous-sol et plutôt frisquette. Normal, c’est là qu’on entrepose en temps normal la nourriture pour les banquets, nous dit-on du côté de la com’. « P…, mais ce qu’il fait froid », maugrée un collègue, journaliste radio, avant de choper les derniers chiffres de participation et de les comparer fébrilement avec 2008 et 2009. « T’es sûr ? », l’interroge un gratte-papier aux mains frigorifiées. Dans l’urgence pour balancer le chiffre le plus vite possible aux rédactions parisiennes, la solidarité médiatique est de mise. Pendant ce temps, dans la salle des fêtes, les caméras s’installent derrière les barrières bleues.

17h25. La salle des fêtes se remplit peu à peu. Les journalistes affluent aussi et se postent devant la table de vote où Eugène Binaisse a pris place. Gérard Dalongeville et Octave Nitkowski sont également présents. A 18h, l’alors maire déclare : « Je déclare le bureau de vote n°1 fermé. » Avant de demander une autre table pour vider l’urne. Devant la pression des journalistes-photographes qui cherchent l’image du siècle d’une urne se vidant sur une table, l’ancien proviseur lâche, agacé : « Un pas en arrière s’il vous plaît ».

“Ça ne me manque pas tout ça”. Un journaliste en reconversion

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C’est ici que Steeve Briois s’exprimera le soir. Quelques heures avant, des journalistes sont déjà dans la place pour rédiger leurs papiers.

18h35. A deux kilomètres de là, on arrive aux Salons de l’Atelier, réservés par le FN pour la soirée électorale. Pour entrer, il faut montrer patte blanche : s’être fait accréditer dans la semaine, sortir la carte de presse. Dans la salle, où quelques affiches de Steeve Briois parsèment les murs, plusieurs caméras sont déjà installées, le peu de places presse pour les rédacteurs sont toutes occupées. BFM-TV tourne en fond. Les journalistes footeux nous donnent le score final du match de foot féminin (1 partout si ça vous intéresse) et l’attente peut commencer. Les journalistes, jean et vestes de costards ou tailleurs de rigueur,  enchaînent les directs avec les premières estimations contradictoires qui tombent. Une confrère répète son texte devant un grand miroir en époussetant sa veste. L’ambiance est détendue.

20h. La rumeur bruisse : Steeve Briois serait en tête et l’emporterait dès le premier tour. Les bureaux n’ont pas fini d’être dépouillés, mais déjà, les militants poussent des hourras dans la salle qui s’est remplie de caméras, d’appareils photos. Sur les tables, certains écrivent et réécrivent les papiers. D’autres tweetent, suppriment les tweets erronnés, retweetent. Un journaliste découvre que son titre de papier qui parlait d’élection calme à Hénin-Beaumont a été transformé sur le web en tiraille hyper-vendeuse et très réductrice. Les joies de la course au clic.   A 20h58, tandis que tout le monde grignote au buffet, Briois annonce sa victoire à la télévision. Il n’est pas encore là. Un confrère en reconversion venu dépanner une télévision en urgence nous glisse : “Ça ne me manque pas tout ça…” De toute façon, l’exercice consistant à balancer des infos par flux ne plaît pas à grand monde à en discuter. Mais il faut bien bosser, et en même temps, il y a une effervescence à se trouver là au moment où s’écrit une page d’histoire politique unique du Nord – Pas-de-Calais.

Et M. le maire Steeve Briois fit son apparition, fendant la foule des journalistes

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Pour se frayer un chemin jusqu’au candidat… mieux vaut rebrousser chemin. Et attendre.

21h12. Le “Monsieur en bleu” arrive enfin, par une sortie de secours. Des cris « Vive le maire » jaillissent, pendant que la meute se précipite autour de lui et l’accompagne sur le podium pour avoir « L’IMAGE ». Bruno Bilde, son fidèle acolyte, fait le ménage. Cette fois, Steeve, l’enfant du pays, est seul sur l’estrade. L’occasion de balancer un court discours, finalement plus orienté sur les prochaines batailles que sur la victoire locale, qui ne pouvait guère lui échapper : « Aujourd’hui, Hénin-Beaumont, demain partout en France, le changement c’est nous ! » Il redescend sous les hourras, mais pas question pour les militants de l’approcher tout de suite, les télés veulent sa réaction. Il enchaîne alors les directs, selon différents angles pour ne pas montrer exactement les mêmes décors. Entre deux, il embrasse des sympathisants de passage, c’est bon pour la télé. Un peu à l’écart, en dehors de la mêlée, Laurent Brice, patron du département, qui était des premiers combats, confie : « C’est un travail d’équipe pendant de nombreuses années. On a gagné en crédibilité et en notoriété. Ici, les gens ont souffert. Aujourd’hui, on ne peut pas les décevoir. » La Marseillaise retentit. Ça tweete, ça décharge les photos, ceux qui ont compris qu’ils n’auraient aucune réaction intéressante de Briois dans la cohue vont voir un Bilde en nage, un Brice souriant ou des militants aux anges.  A 22h, on s’éclipse, pendant que Steeve Briois s’engouffre dans un car-régie. Un confrère fume sa clope, dehors : « Bon, j’attends qu’ils aient tous fini de s’exciter pour leur son. Je ne suis pas pressé. »

22h10. La salle des fêtes est encore ouverte. Le contraste est saisissant avec le lieu de fête du FN. Deux équipes de télévision font les derniers plateaux, au calme. En arrière-plan, les assesseurs remplissent, avec grande difficulté, la liste de proclamation. La salle est quasi vide à l’exception des quelques policiers qui montent la garde. On ressort. Il pleut de nouveau sur Hénin-Beaumont déserte, la première cité du Nord – Pas-de-Calais à être tombée sous le joug du Front National devant les médias de la France entière.

A lire également : Hénin-Beaumont pour le Front National, la surprise Dunkerque, retour sur le premier tour.

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