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REPORTAGE

Il est pas beau, mon château d’eau (vu de l’intérieur cette fois-ci) ?

Réalités Par | 11 février 2014

Les châteaux d’eau, c’est comme les fricadelles. Tout le monde en a déjà vu, mais personne ne sait ce qu’il y a dedans. Donc, après vous avoir montré leur extrême richesse architecturale la semaine dernière, voici le temps de pénétrer dans deux d’entre-eux. Pour essayer de comprendre comment ça fonctionne. Et savoir pourquoi ils sont si hauts. 

 

«  Les gens, enfin surtout les enfants, pensent que quand on ouvre la porte, toute l’eau va sortir ! » Olivier Planckeel a le sourire aux lèvres en racontant cette anecdote, sûr de son effet. Le directeur du centre Noréade de La Gorgue sait bien que pas grand monde n’est fichu de comprendre ce qui se trame dans les châteaux d’eau. « Peu de personnes connaissent le fonctionnement. Alors, on essaie de l’expliquer, notamment lors des Journées mondiales de l’eau ».

Une ascension… vertigineuse

Le fonctionnement, Noréade (la régie du SIDEN-SIAN, 687 communes du Nord, du Pas-de-Calais, de l’Aisne et de la Somme) nous l’a expliqué… en nous montrant l’intérieur des châteaux d’eau. D’abord celui de Nieppe. L’un des châteaux d’eau incontournables de la région, vu par des milliers d’automobilistes chaque matin et chaque soir qui empruntent l’autoroute Lille-Dunkerque. 45 mètres de haut, une forme « tulipe », des couleurs Noréade et évidemment un accès sécurisé sous alarme (d’ailleurs, les châteaux d’eau font partie du Plan Vigipirate). A l’intérieur dans la pièce du bas, le bruit des machines est roi : des pompes, des variateurs, des tableaux électriques, électroniques, etc. Bref, tout ce qui permet de faire fonctionner l’ensemble. Ensuite, plus rien ou presque jusqu’à ce qu’on finisse une longue ascension vertigineuse par un escalier en colimaçon (d’ailleurs, tellement vertigineuse que le rédacteur a lâchement abandonné en route, donc la suite de l’ascension, c’est le – courageux – photographe qui raconte).  Une fois l’escalier avalé, on se retrouve sur un plateau occupé par quelques tuyaux et conduites chargés de vidanger ou d’amener l’eau dans le saint des saint, le réservoir. Pour atteindre ce dernier objectif, il faut grimper une dernière échelle très étroite avant d’admirer la double cuve qui constitue la partie circulaire et élevée du château d’eau que l’on voit de l’extérieur. L’odeur de chlore y est légère. Dernière étape, le toit. Et une autre échelle étroite avant d’arriver à 45 mètres de hauteur, vue directe sur les Flandres, au loin le Mont des Cats, en bas le vide. L’endroit idéal pour un portrait avant de redescendre sur terre. Par l’échelle étroite et l’escalier qui fait peur…

Des châteaux d’eau hauts pour une question de pression et de relief nordiste

Une ascension qui est l’occasion de poser une question existentielle : mais pourquoi les châteaux d’eau sont-ils si hauts ? La pression, mon cher monsieur : « Plus le château d’eau est haut, plus il y a de pression. Et plus, il est loin de la ville, plus la pression doit être forte, reprend Olivier Planckeel. C’est pour ça que dans nos régions, les châteaux d’eaux sont souvent haut. Parce que si vous êtes dans une campagne vallonnée, vous pouvez faire un réservoir moins haut au sommet d’une colline, la pression se suffira à elle-même. En montagne, vous n’avez que très peu de châteaux d’eau. » En l’occurrence, ici, à Nieppe, depuis le début des années 70, les 1 300 mètres cubes, renouvelés chaque jour, permettent de distribuer de l’eau à Erquinghem-Lys et Nieppe sur un réseau de 110 kilomètres de canalisations. Et le château d’eau a une autre fonction depuis quelques années : c’est là que sont placées quelques antennes relais pour lesquelles les opérateurs paient un loyer annuel.

A Bailleul, le rez-de-chaussée occupé par les sapeurs-pompiers

Chateau d'eau 1921 Bailleul

Le château d’eau de Bailleul, en construction. Il y a bien longtemps… Merci à B. Flahault, membre du Cercle d’histoire et d’archéologie de Bailleul, Monts de Flandre, qui nous a transmis ce cliché.

Non loin de Nieppe, une autre ville, Bailleul. Dans la petite cité flamande (14 500 habitants), frontalière avec la Belgique, on trouve l’un des châteaux d’eau remarquables de la région, bâti au sortir de la Première guerre mondiale. A ses côtés, un second château d’eau édifié dans les années 60 pour subvenir aux besoins d’eau de plus en plus développés dans la cité très étendue, aux 154 kilomètres de réseau. Auparavant, à Bailleul, l’eau était captée sur des sources du Mont Noir voisin. Aujourd’hui, le château d’eau historique dispose de deux réservoirs de 150 mètres cubes ; le second plus récent, et plus haut, de 1 000 mètres cubes. Des réservoirs nettoyés chaque année. Encore une fois, à l’intérieur, l’ascension décourage d’avance le rédacteur. Pendant que le photographe s’élève dans les airs, on observe donc le bas des châteaux d’eau. Ici, les deux rez-de-chaussée sont dévolus aux sapeurs-pompiers de la ville : l’un sert de garage, l’autre de salle de sports.  Une surveillance 24h/24 gratuite, alors que parfois dans les châteaux d’eau, on a le droit à quelques effractions.

Si les châteaux d’eau permettent d’assurer un débit d’eau constant et régulier aux consommateurs – et peuvent servir de réservoir en cas de problème électrique sur le réseau, ils n’empêchent pas les gestionnaires de l’eau  de chercher à améliorer la distribution, continue le directeur du centre de Noréade :  « Nous sommes toujours à la recherche d’autres sources d’eau. Quand vous avez une année humide, ça va. Quand vous avez une année sèche, parfois il y a un déficit. En 1986, une partie des Flandres n’avait par exemple pas eu d’eau“. Un incident plus que fâcheux… qui a servi de leçon à Noréade : depuis, les réseaux ont été doublés, des recherches de forages sont constantes, et on a interconnecté des réseaux avec notamment l’autoroute de l’eau, qui, pour résumer, va amener d’ici peu le précieux liquide de l’Avesnois… jusqu’aux Flandres. “Pour vous, c’est transparent. Pour nous, c’est un toujours un vrai défi technique.” Dont les châteaux d’eau, véritables marqueurs du territoire, sont un des maillons.

Relire notre premier volet : Il est pas beau, mon château d’eau ?

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1 Commentaire

  1. Bonjour,

    Cet article est bien intéressant.
    Je savais qu’au milieu du 19° siècle la ville de Bailleul captait des sources du Mont Noir, mais aujourd’hui, l’eau viendrait-elle de La Bassée ?
    Le premier château d’eau qui ressemblait à une tour fortifiée, était placé contre la façade Ouest de l’église saint Vaast. Il fut détruit en 1918 et a dû inspirer l’architecte de l’actuel bâtiment.

    J’aimerais vous faire part d’une remarque entendue plus d’une fois à propos de ce château d’eau : son architecture étonne, mais ses couleurs actuelles surprennent non seulement les touristes, mais aussi des Bailleulois.
    J’ai déjà entendu la phrase suivante “Quel coup de poing dans le paysage !”
    Le gris clair et le blanc ne s’harmonisent pas avec les bâtiments voisins que sont l’hôtel de ville et l’église. Précédement, sa couleur rappelait celle de la brique régionale et, de près comme de loin, il s’intégrait très bien dans le centre urbain.
    J’ai su que le musée Benoît-De-Puydt avait, il y a plusieurs années, en préparant l’exposition “Reconstruire sa ville”, enregistré un projet de décor pour ce château d’eau. L’ancien SIDEN, ou NOREADE en ont-ils eu connaissance ?

    Je vous remercie pour votre attention.

    Me G.Valdelièvre

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