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ZAPPING DU SAMEDI

L’ASTV : la doyenne du PAF local a 30 ans !

Zapping Par | 18 janvier 2014

 Le Zapping regarde la télé. Et cette semaine, l’ASTV doyenne des chaînes du PAF local  vient de fêter ses trente ans à Grande-Synthe. Pour l’occasion, DailyNord vous offre même une interview de son directeur.

Oyez oyez braves gens ! C’était un temps où les personnages de Folon concluaient la soirée avant que la télé ne fasse de la neige, les salles de cinéma porno prospéraient avant que les films du samedi minuit de Canal + n’y mettent un terme, des magnétoscopes gros comme une armoire normande avec une image pourrie… Toute une époque ! Désormais nous vivons des heures formidables : des centaines de chaînes disponibles, une TNT riche de monuments culturels tels NRJ 12 ou encore NT1, le bonheur. C’est toute cette période qu’a traversée l’Association synthoise pour la télévision locale mieux connue sous le nom d’ASTV. Le 10 janvier dernier, la première chaîne de télévision locale créée en France fêtait ses trente printemps. Elle garde toujours son âme.

Ce que vous allez pouvoir constater avec ce numéro anniversaire du JT tout à fait jubilatoire retraçant l’épopée de la chaîne. Plateau simple, présentation saine et sobre, mince des humains ! Ça existe encore à la télé ? L’ASTV démontre que l’artisanat télévisuel n’est pas encore un vain mot. Regardez et dégustez avant de vous pencher sur l’interview de Patrice Vermeersch ci-dessous. Mais vous allez déjà faire connaissance avec le bonhomme dans cette vidéo. Vous ne pouvez pas le louper, c’est celui qui arbore une cravate qui ferait louper une portée de singes. Sur TF1 on se fait virer pour moins que ça mais sur la TV de Grande-Synthe on s’en fout, on privilégie le contenu aux apparences. Sont vraiment pas comme les autres ceux là.

 

 

Patrice Vermeersch, directeur de l’ASTV : « Servir le local et ne pas se servir du local »

 

DailyNord : À l’époque, comment êtes-vous passé de l’idée à la concrétisation d’une chaîne locale, en l’occurrence celle qui deviendra la première du genre en France ?

Patrice Vermeersch : Il y avait plusieurs facteurs. À l’aube des années 80 il n’y avait que trois chaînes. Puis on assiste à l’éclosion des réseaux câblés dans la partie nord-ouest du territoire et les deux premières villes à être entièrement câblées sont Grande-Synthe et Villeneuve-d’Ascq. Les 25 000 habitants de notre commune recevaient dès lors neuf chaînes (françaises, anglaises et belges). Or il y avait un canal de libre, une mire diffusant de la musique. En 1979, avec René Carême (le maire de l’époque, Ndlr) nous nous sommes dit : pourquoi ne pas remplacer cette mire par des vidéos ! Nos premières démarches ont essuyé une fin de non-recevoir. Tout s’est débloqué lors de l’élection de Mitterrand avec la création d’une mission câble incluant son développement et la création de chaînes locales. Pour cela, il fallait réunir trois éléments indissociables : l’existence d’un réseau câblé ; l’existence d’un service audiovisuel ; enfin la volonté politique d’investir pour la création d’une chaîne d’infos de proximité. Nous créons alors une association en 1982 avant d’obtenir une autorisation provisoire. Quelque part, ç’a été un grand coup de bluff dans un paysage juridique encore en construction mais voilà, l’ASTV était sur les rails.

DailyNord : Vous étiez vraiment les pionniers dans votre domaine.

Patrice Vermeersch : Il a fallu attendre 1987, soit trois ans plus tard, pour voir l’apparition d’autres télés locales (TV 10 Angers, Téléssonne, Rennes, Villeurbanne et Marseille). Des émissaires d’agglomérations telles que Lyon ou encore Bordeaux sont venus dans notre petit village gaulois pour s’inspirer de notre savoir-faire.

DailyNord : Ce ne fut pourtant pas un long fleuve tranquille pour la plupart de ces nouvelles chaînes. On a l’impression qu’il s’agissait -et qu’il s’agit encore- d’une mission périlleuse.

Patrice Vermeersch :  Ça dépend surtout de la volonté des pouvoirs publics locaux. Pour illustrer mon propos, je reste marqué par un congrès des chaînes locales et réseaux câblés organisé à l’époque à Montpellier. Un journaliste du coin demande à Georges Frêche pourquoi il accueille un tel événement alors qu’il ne soutient pas du tout sa télé locale (à l’époque Télé Soleil. Ndlr). Sa réponse fut édifiante : « Pourquoi voulez-vous que je finance une chaîne locale alors que je passe à la télé tous les jours ?!

« On a fait un gros boulot de numérisation de nos archives. Peu de chaînes de notre taille peuvent proposer 3000 heures de programme télé »

DailyNord :Le terme « volonté politique » revient souvent dans votre propos, c’est la clef permettant de construire un projet viable ?

Patrice Vermeersch : Oui, une volonté politique dans le sens noble du terme car il s’agit de mettre un service public au service du téléspectateur-contribuable. Il ne faut pas tomber dans le piège de la « télévision Mr le maire ». Si ça se fait, ça se saura et si ça se sait personne ne regardera. Par mon expérience, je peux vous dire qu’une télé locale n’a jamais influé sur le sort politique des élus, dans un sens comme dans l’autre.

EN CHIFFRES

L’ASTV c’est un effectif de douze personnes dont huit journalistes auxquels il faut ajouter une vingtaine de chroniqueurs bénévoles. Elle dispose d’un budget annuel de 600 000 €. Le site de la chaîne est ici.

DailyNord : Peut-on envisager un regain de développement des télés locales à l’avenir ?

Patrice Vermeersch : Oui, au niveau des agglomérations disposant d’un bassin de vie cohérent via une activité économique et culturelle conséquente. Le problème est qu’il y a trop de systèmes (SARL, SEM…). Et il faut se poser la question du pourquoi d’une chaîne d’intérêt public, quel contenu, et ne pas faire du France 3 qui a son identité éditoriale propre et une mision de service public spécifique.

DailyNord : Comment la population s’attribue-t-elle la chaîne, 30 ans après sa création ?

Patrice Vermeersch :  À l’époque l’ASTV était en quelque sorte la quatrième chaîne française disponible. Maintenant avec Internet, Facebook… tout a explosé. On a anticipé en 2008 en mettant notre production sur internet. Désormais 20% de nos téléspectateurs regardent notre chaîne en streaming ou en VOD ce qui représente à peu près 40 000 visites par mois contre 14-15 000 visites il y a trois ans. L’essentiel est que l’on travaille le fond et la forme. On fait beaucoup de formats courts et notre souci est de s’adapter aux évolutions des habitudes du public. On a fait un gros boulot de numérisation de nos archives. Peu de chaînes de notre taille peuvent proposer 3000 heures de programme télé.

DailyNord : Que souhaiter à l’ASTV ?

Patrice Vermeersch : « 30 ans de plus ! Non, dans trente ans il n’y aura sans doute plus de télé. Simplement s’adapter à la manière dont un public est capable de s’accaparer un média, anticiper. Mais surtout ne pas tomber dans le piège du plaire à tout prix. Simplement servir le local et ne pas se servir du local. »

Propos recueillis par Olivier Averlant

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