L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

RETOUR VERS LE PASSÉ

Ça se passait en janvier 1914 dans le Nord – Pas-de-Calais

Petite histoire Par | 22 janvier 2014

Année du Centenaire de la Guerre 14-18 oblige, DailyNord va se livrer à un petit exercice chaque mois. Replonger dans les archives de la presse régionale de l’époque (en l’occurrence L’Echo du Nord) pour vous rapporter ce qu’il se passait sous nos latitudes. Comme on est au mois de janvier… on commence donc…  avec le premier mois de l’année !

L'…cho du Nord (soir)

L’Echo du Nord. Elle est où la photo de Une ?

2014, hiver doux, nous serinent certains confrères. Il y a un siècle, en janvier 1914, c’était une autre affaire. Un rude hiver, d’ailleurs : nombre de SDF ne survivent pas avec les températures qui s’abattent sur le Nord – Pas-de-Calais. Le chauffage est donc indispensable pour les ménages. Une chose qui en entraîne une autre : durant ce premier mois de l’année 1914, L’Echo du Nord relate de nombreux incendies. Comme celui d’une épicerie lilloise, dont il ne restait plus que les murs le 1er janvier. Soit 35 000 francs de dégâts selon l’épicier (on vous épargne la conversion en euros). Et ce n’est pas la seule victime. Les températures basses ont aussi paralysé le tramway de Roubaix. Le verglas a empêché la circulation pendant 1h30. Comme quoi d’un siècle à un autre, les ennuis hivernaux ont toujours raison de la circulation !

La sélection du Nord affronte celle de la région parisienne

Rayon sports, on a le droit à des affrontements régionaux. Les Lions des Flandres (soit une sélection de joueurs régionaux) rencontrent la Ligue de Paris (soit une sélection de joueurs de la région parisienne), le 4 janvier.  Les journalistes annoncent cette rencontre comme la «  plus intéressante et la plus passionnante qu’aient jamais vue les sportmen français. » Rien que ça.  La presse régionale précise d’ailleurs que le match aura lieu, peu importe le temps. Des centaines de bottes de paille ont donc été disposées sur le terrain pour le protéger des intempéries (ça coûte moins cher qu’un stade couvert !). Le résultat : une victoire de 3 à 0 pour les Lions. Le président fait part dans les colonnes de sa satisfaction : ” M Léon Dubly, au nom du comité des Lions de Flandres dit combien il est heureux du résultat de cette journée qui marquera les annales du football du Nord.” Ah ouais ? Qui s’en souvient aujourd’hui ?

Malheureusement, en janvier 1914, on ne pense pas qu’à s’amuser. Tuberculose, coqueluche et autres maladies aujourd’hui disparues de nos latitudes, font des ravages auprès des plus jeunes, et notamment de la population ouvrière, rapporte L’Echo du Nord. En cause, des foyers insalubres, surpeuplés et un manque de lumière. Pas moins de 736 décès en un an dans la métropole lilloise.  Médecine toujours, l’hôpital militaire a dû faire face à des militaires mécontents. Si autrefois, ils pouvaient ramener leur propre nourriture, ils doivent désormais se contenter des gamelles distribuées. Tellement impensable à l’époque que  la direction fait finalement marche arrière.

L’Echo de quoi ?Ce petit plongeon dans la vie du Nord – Pas-de-Calais d’il y a un siècle se fait grâce aux archives de L’Echo du Nord.Fondé en 1819 par Vincent Leleux, le journal, d’abord monarchiste et libéral, tirait à 100 000 exemplaires au début du vingtième siècle et se trouvait déjà dans les locaux actuels de La Voix du Nord, Grand’Place à Lille.Les bâtiments seront réquisitionnés pendant la Première guerre Mondiale, les Allemands y feront imprimer le journal Lillerkrieszeitung.Après la guerre, l’Echo du Nord, rebaptisé le Grand Echo du Nord, repart de plus belle pour dépasser les 300 000 exemplaires.  Il ne survivra pas à la Seconde Guerre Mondiale, accusé de collaboration… ce qui donnera naissance ensuite à La Voix du Nord.

Dans la rubrique faits divers, je demande…

Sans surprise, les faits-divers sont particulièrement présents dans la presse régionale de l’époque (les recettes médiatiques ne changent pas !). A Fretin,  une fillette meurt ébouillantée. Elle est tombée chez elle dans un chaudron d’eau chaude. « Elle a expiré trente minutes après l’accident » annoncent nos aïeux. Autre fait dans la même ville : Mme Delalé est accusée d’infanticide. Plus jeune, elle aurait fait disparaître le corps de son bébé. Un juge d’instruction la confronte à ceux qui l’accusent. La jeune femme déclare n’avoir jamais été enceinte, mettant simplement du linge dans ses vêtements pour faire croire à une grossesse.

A l’époque, on n’avait peut-être pas les faux agents EDF et faux vendeurs de calendriers, mais de faux guérisseurs spirites à Sin-le-Noble. Poursuivis pour exercice illégal de la médecine, nos comiques proposent des «  cures miraculeuses ». Plus de cent malades sont venus chercher, sans appréhension, la guérison près de ces « hommes de l’au-delà » Étonnamment, les patients ont manifesté leur reconnaissance en défilant à la barre. L’affaire est en délibéré.

Les églises sont toujours une cible de choix en 2014 pour certains malfaiteurs. En 1914, c’était pareil.  Le 4 janvier, un «  rat d’église » est arrêté à Tourcoing. L’homme entrait parmi les fidèles afin de dérober les clés. Il a cambriolé  l’église Sainte Catherine et fracturé le coffre fort. La somme dérobée s’élève à 600 francs ! Des statues ont été vandalisées également. A son domicile, on a retrouvé son outillage de cambrioleur. L’homme avoue les faits. Deux ans de prison.

Tiens, c’est d’actualité avec la fusillade ce week-end à Lille. Un jeune Douaisien de 14 ans réussit à se procurer un révolver de calibre 6mm avec des cartouches et des balles. L’adolescent, en jouant, se tire une balle dans la main. C’est con. Mme Holin, la vendeuse, est poursuivie devant le tribunal correctionnel de Cambrai pour blessure par imprudence. L’Echo du Nord, légèrement moraliste, ajoute d’ailleurs à ce sujet « Un armurier ne doit pas être imprudent. Celui qui vend des armes à des jeunes gens aux allures suspectes, femmes mariées ou à des maris surexcités, commet des imprudences qui peuvent être punies. »

Le Nord – Pas-de-Calais bientôt en panne de charbon ?

Au rayon vie économique, la situation métallurgique dans la région est critique. Les grandes forges du bassin maubeugeois sont ralenties. «  On prononce ouvertement le mot crise » relate le quotidien régional. Les commandes sont quasi nulles. Les ouvriers de la région lilloise ne sont pas trop pessimistes sur l’avenir,  ils ont des contrats de 3 à 6 mois à la différence des ouvriers de Fourmies. «  Notre ministre des finances doit donc se hâter de trouver la solution aux graves problèmes du moment, solution qui aura une répercussion sérieuse sur le marché métallurgiques et par la suite sur l’occupation des ouvriers. », écrit un journaliste.

Le Nord va t-il manquer de charbon ? Indispensable à l’époque mais la question se pose quand même. A cause du froid, les magasins sont en rupture de stock !

Lille fait peau neuve, son maire part se reposer en Egypte

A Lille, sans se douter que la guerre va débarquer, les bâtiments font peau neuve. Le Palais des Beaux-Arts, par exemple. La salle Rubens, où sont exposées des toiles flamandes, a rajeuni de quelques années. « Les murs de la salle Rubens ont été tendus de peluche à ramages, d’une coloration vieux noyer profonde et reposante, sur laquelle les toiles prennent un relief merveilleux » Après rénovation, l’horloge de la Nouvelle Bourse fonctionne également : « Puisse-t-elle sonner, pour Lille-Capitale, des heures glorieuses et prospères ! » espère L’Echo du Nord.

Pendant ce temps, au conseil municipal de Lille, les débats sont tendus à propos du théâtre de Lille, qui reçoit une subvention de 11 050 francs. Relation de cause à effet ? Le maire de Lille, Charles Delasalle, prend quelques jours de vacances, est-il annoncé dans la presse. Il part à Alexandrie pour se reposer et visite même le Soudan. Et le respect de la vie privée, bordel ?

Enfin, l’info du mois est à chercher dans les multiples petites annonces que l’on trouve au sein de L’Echo du Nord : l’école pratique et ménagère annonce un examen pour un emploi de maîtresse de couture aura lieu le 12 janvier. 48h/semaine  pour un salaire de 1.500  à 2.300 francs. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 7 janvier à l’école ou à la mairie.

Retrouvez les autres épisodes de notre série “Ça se passait dans le Nord – Pas-de-Calais en 1914”.

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