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INTERVIEW

Jean-Luc Chagnon, candidat à Valenciennes : “On refuse de faire un équipement structurant pour faire un outil festif, un stade”

Réflexions Par | 17 décembre 2013

Y aura-t-il un second tour à Valenciennes lors des Municipales ? C’est l’objectif de Jean-Luc Chagnon, tête de liste socialiste qui entame sa deuxième campagne sous son nom. L’ancien vice-président du Conseil Général du Nord, chef du service réanimation de l’hôpital valenciennois, répond aux questions de DailyNord dans le cadre de notre série sur les opposants aux maires en place.

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Jean-Luc Chagnon, tête de liste socialiste à Valenciennes. Ville qui, évidemment, a bien besoin de changement (selon l’intéressé). Photo : DailyNord.

DailyNord : Nous avons cherché Béatrice Schönberg, que la rumeur prétendait sur la liste du maire sortant. Vous ne savez pas où nous pouvons la trouver ?

Jean-Luc Chagnon : Je pense que c’est vraiment LA rumeur, comme dans toute élection municipale. Si c’était le cas, ce serait plutôt un beau cadeau pour la campagne de mon camp ! En revanche, en parlant de ça, on a appris ce jeudi matin dans La Voix du Nord que Jean-Louis Borloo ne serait peut-être pas physiquement sur la liste du maire sortant, Laurent Degallaix. Comme on ne le voit pas beaucoup ici en dehors des périodes électorales, ce serait logique !

DailyNord : Jean-Louis Borloo justement. On a l’impression qu’il bénéficie d’un blanc-seing permanent, à Valenciennes comme ailleurs ?

Jean-Luc Chagnon : Ici, Borloo reste une icône. Un peu comme la Vierge Marie ! Il a une aura considérable, après son bilan est discutable. Dans les années 90, il a redonné de la fierté aux Valenciennois, c’est indéniable. Tout comme il a développé l’action sociale, la petite enfance, le renouveau de la ville, etc. Mais tout ça date des années 90. Depuis…

DailyNord : Depuis ?

Jean-Luc Chagnon : Je pense que l’on s’est trop reposé sur les acquis des années 90, à Valenciennes. A l’époque, Jean-Louis Borloo était le chef d’orchestre, très exigeant, même si Dominique Riquet dirigeait déjà la ville. Mais il y avait une vraie vision, une vraie volonté. Aujourd’hui, on en manque dans les projets structurants alors que nous sommes dans une période, certes difficile, où il faut avancer.

DailyNord : Vous parlez de deux temps : les années 90 et les années 2000. Pourtant, dans les années 2000, Valenciennes possédait la bagatelle de deux représentants au gouvernement. Vous estimez que Valérie Létard et Jean-Louis Borloo n’en ont pas fait assez à ce moment-là pour le territoire ?

Jean-Luc Chagnon : Pourquoi aujourd’hui le canal Seine Nord n’est-il pas fait ? Pourquoi ne s’est-on pas battu comme on le devait pour la boucle d’essai ferroviaire ? Alors qu’ici, on est un des territoires les plus sinistrés en terme d’emploi ? Vous allez me parler de l’ANRU: on a privilégié le centre-ville ici, avant les autres quartiers. Je ne pense pas que nos ministres se soient assez battus pour leur territoire.

Valenciennes, îlot de droite dans bastion de gauche : “Une alliance non officielle”



DailyNord : Revenons à Jean-Luc Chagnon. Comment un chef de service réanimation se retrouve-t-il tête de liste aux Municipales d’une des principales villes de la région ?

Jean-Luc Chagnon : Déjà, je ne suis pas d’ici. Mais j’ai choisi et Valenciennes. Né au Pays Basque, j’ai grandi en Picardie et en Lorraine avant de faire mes études à Lille et Paris. En 1995, je m’installe, par choix, à Valenciennes et je suis chef du service réanimation depuis 2000. Quant à mon engagement, il remonte à loin : ma famille était très politisée entre communistes et socialistes. Etudiant, j’ai créé une section du MJS dans ma fac, j’ai fait partie de l’UNEF. Donc, l’engagement date.

DailyNord : Vous êtes présents dans la politique valenciennoise depuis 2001…


Jean-Luc Chagnon : En 2001, je me suis présenté sur la liste commune PS/PC de Jean-Claude Dulieu, communiste, mais je n’ai pas été élu. En 2004, et ce jusque 2011, j’ai été conseiller général, et vice-président de la collectivité. En 2008, j’ai mené une liste socialiste car il n’y avait pas eu d’accord avec les communistes. J’ai été élu et pris la tête des socialistes valenciennois au conseil municipal.


DailyNord : Valenciennes est l’une des rares villes à droite, dans un bastion pourtant de gauche. Comment expliquer cette anomalie ?

Jean-Luc Chagnon : Si vous prenez la liste des conseillers généraux du Valenciennois, sept sur huit sont communistes. Ici, finalement, communistes et droite s’entendent bien. En 2008, Dominique Riquet a par exemple fait élire Jean-Claude Dulieu, communiste, à la communauté d’agglomération en tant que vice-président. C’est une alliance non officielle, le deal politique du secteur : vous nous laissez Valenciennes, on vous laisse tout ce qu’il y autour. Du coup, chose étonnante, vous avez des élus communistes qui n’ont jamais rien dit sur Valérie Létard et Jean-Louis Borloo quand ils étaient aux affaires dans les ministères…

DailyNord : 
Alors, comment exister politiquement en tant que socialiste, d’autant que la section valenciennoise ne compte que soixante-dix militants ?

Jean-Luc Chagnon : C’est difficile : je suis interdit d’inauguration, je n’ai jamais une seule photo dans le journal municipal…Quand je suis à l’origine d’une initiative, comme donner le nom de Madeleine Dietz, seule Juste valenciennoise, à la nouvelle épicerie solidaire et sociale, il faut que je me batte pour prendre la parole… A Valenciennes, il ne faut aucunement valoriser les élus socialistes.

A propos du stade du Hainaut : “Je déplore que l’on mette tous nos oeufs dans le même panier”

DailyNord : 

L’un des grands chantiers du mandat a été le stade du Hainaut. Qu’en pensez-vous alors que le club est plutôt mal engagé en championnat de France cette année ?


Jean-Luc Chagnon : Je suis supporter du VAFC. Mais je pense qu’il y a des choix étranges : on refuse de faire un équipement structurant pour la circulation valenciennoise, un pont au dessus de l’Escaut, on fait à la place un outil festif, un stade. Alors, quand vous voyez l’affluence lors du derby Valenciennes-Lille, dernièrement (seulement 15 000 personnes sur 25 000 places), il y a des questions qui se posent. Je ne dis pas qu’il ne fallait pas faire le stade : je déplore qu’on mette tous nos oeufs dans le même panier.

DailyNord : Que reprochez-vous à la gestion de la ville, et de l’agglo, forcément liés ?

Jean-Luc Chagnon : Il n’y a pas de vision d’avenir du territoire. Les transports manquent de cohérence. On n’a jamais créé un véritable réseau secondaire pour accéder à la ville. Quand on fait le tram, il ne passe par l’hôpital, premier employeur du Valenciennois. Là, encore, on parle de mettre le centre des congrès à Anzin, ce qui est un non-sens à mon avis, alors qu’il y a la place dans le centre-ville. Attention, je ne suis pas contre tout : les socialistes votent 90% des délibérations. Mais il y a des choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord.

DailyNord : Quels sont donc vos grands projets ?


Jean-Luc Chagnon : Se battre pour le Canal Seine-Nord. C’est indispensable. Le Bassin Minier est classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco, ne pourrait-on pas en faire quelque chose ? Quand on voit l’apport du Louvre  à Lens, on est en droit de se demander si Valenciennes n’a pas loupé quelque chose. Par ailleurs, la ville doit vivre autour de l’Escaut : aujourd’hui, le canal sépare Valenciennes en deux, son aménagement est à repenser.

DailyNord : Votre objectif pour mars 2014, alors que l’impopularité de François Hollande jouera forcément contre vous, vous qui êtes Hollandais ?

Jean-Luc Chagnon : Objectif, gagner ! Il y a la place cette année. Didier Legrand fait sécession (c’était l’un des premiers soutiens de Jean-Louis Borloo à Valenciennes), le FN peut être en embuscade. Aujourd’hui, il y une nécessité de changement. Quant au contexte national, s’il n’est pas favorable, je pense que les gens savent faire la part des choses avec le local. Mais je ne renie pas le Président de la République : je suis Hollandais depuis très longtemps.

Nos autres interviews de challengers/opposants aux Municipales :

Guillaume Delbar, candidat UMP à Roubaix : “un maire ne représente pas un parti politique”

Patrice Vergriete, opposant venu de l’intérieur : «Dunkerque mérite autre chose»

François Desmazière à Arras : “Il y a un modèle à inventer pour s’engager dans la ville, sans partis”.

Les articles concernant les Municipales 2014 sont rassemblés sur cette page.

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3 Commentaires

  1. M chagon a la memoire très courte. Que ne s’est il opposé – au moment ou il le fallait au projet de stade Nungesser 2 sur un terrain magnifique à proximité du centre et donc un terrain qui valait de l’or? Pourquoi etait il absent aux reunions de concertation legales ou les opposants au projet se battaient tout seuls, sans l’appui de M Chagnon qui arrive comme les carabiniers ? Si M Chagnon avait un peu de courage, il aurait pu jouer le rôle de lanceur d’alerte. Mais au PS, crier au feu quand il y a un projet de stade de foot, ça vous vaut les foudres de M Percheron et de Mme Aubry. Surtout elle d’ailleurs car la facture est salée en des temps ou l’argent public est rare. Tout ceci est vraiment pitoyable.

  2. Bonsoir,
    C’est dommage que DailyNord n’ait pas demandé à JL Chagnon ce qu’il pensait du projet très contesté de déménagement de l’hypermarché Auchan Valsud vers Marly, qui refait couler de l’encre dans la presse régionale en ce moment. C’est d’autant plus dommage que :
    – c’est un merveilleux exemple de travail main dans la main entre le maire communiste de Marly et la maire de droite de Valenciennes, qui bétonnerait de grandes surfaces agricoles cultivées au seul profit des Mulliez et détruirait des emplois dans le commerce de centre-ville
    – Nicolas Montard avait fait un article en septembre 2012 où il interrogeait un représentant des commerçants valenciennois de la FTIAVAL à ce sujet
    – ce projet d’Auchan a été un des thèmes de campagne électorale lors des dernières législatives.
    Pourquoi donc ne pas en avoir parlé avec ce candidat aux municipales ?

    Le Collectif pour le Triangle de Gonesse regroupe 18 associations locales et départementales opposées à un monstrueux projet de centre commercial géant d’Auchan à Gonesse (95)

  3. C’est marrant. Pour faire de la politique à Valenciennes,il faut presider un club de foot après avoir fait quelques depôts de bilan retentissants dans un lointain passé et s’être occupé de canassons puis le poste de tresorier d’un parti democrate temporaire ( source le petit théâtre) , ou alors s’être occupé des prostates valenciennoises Ici, voilà le chef du service de reanimation de l’hôpital qui mène les ambitions socialistes à la communauté d’aggloet qui nous dit son opposition au stade Nungesser 2 avec du retard à l’allumage, 5 années au moins. Pourtant en reanimation, on n’attend pas 5 ans pour s’occuper du malade.

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