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MUNICIPALES 2014

Portraits de grands maires : Jean-Pierre Balduyck, Pierrot a décroché la lune !

Petite histoire Par | 27 novembre 2013

Arthur Notebart, Léonce Deprez, André Diligent, Jean-Louis Borloo y sont déjà passés. Dans notre série de portraits de maires marquants du Nord – Pas-de-Calais, place à Jean-Pierre Balduyck qui présida aux destinées de la ville de Tourcoing pendant trois mandats. 

Jean-Pierre Balduyck, ancien maire de Tourcoing, sur le plateau de Grand Lille TV.

Vous serez des notables ! “. Le propos est saignant*. La voix tonitruante. Celui qui lance l’anathème à ses coreligionnaires est un jeune type dégingandé d’une trentaine d’années, à peine plus. Les collègues tétanisés forment la section du PSU de Tourcoing. L’heure est grave, il s’agit de décider si l’on veut rejoindre le PS d’Epinay et de François Mitterrand, comme leur charismatique leader Michel Rocard l’a proposé. Nous sommes en 1974. Jean-Pierre Balduyck, c’est lui le grand type, sera le seul à voter contre.

Syndicaliste version CFDT

L’homme est ainsi. Look de Pierrot lunaire, idées trempées au contact des mouvements de jeunesse ouvrière chrétienne, convictions forgées dans le creuset des sorties d’usine par un matin blême, décor des distributeurs de tracts syndicaux et électoraux, il gravit tous les échelons d’une carrière professionnelle dans le textile,  la laine, l’aristocratie du secteur, dont il devient un syndicaliste version CFDT. Le combat politique coule de source chez ce battant naturel. En 1971, pour sa première irruption dans l’arène municipale, il récolte 6,1 % des suffrages. Ses préventions vis-à-vis du parti de Mitterrand et Mauroy sont vite remisées et il continue à s’affirmer en prenant la tête de la section tourquennoise, tout en ne reniant rien de sa filiation rocardienne, donc deuxième gauche, version catho, on dira chrétien de gauche. En 2006, il soutient un certain DSK pour l’investiture du camp socialiste mais c’est super-Ségolène qui met tout le monde d’accord.

Un vrai rocher de Sisyphe, le socialisme à Tourcoing. De déchirements en divisions, la mairie tangue comme la barque du Christ sur le lac de Tibériade déchaîné. Il fallait un miracle pour éviter le pire. Balduyck conquiert le canton de Tourcoing nord-est en 1979 et s’estime en position de conquérir l’hôtel de ville. Aux municipales de 1983, le miracle n’aura pas lieu et, ce qui devait arriver arriva, c’est le giscardien Stéphane Dermaux qui s’engouffre dans la brèche laissée béante par les frères ennemis socialistes et tourquennois. Balduyck, mal inspiré, avait passé un pacte contre nature en s’alliant avec un communiste et un autre socialiste qui ira croiser le fer en tête de liste dans une bataille improbable et y subir la défaite. Une affiche avait immortalisé le trio. Tourcoing-la-dévote s’était rebiffée. Tenace, et malgré un revers sur le canton, Jipé blackboule le maire aux législatives de 1988 et sent poindre son heure. Il sait le Front national capable de détourner les voix des quartiers populaires de l’escarcelle de la gauche pour y grossir la sienne. Il connaît un certain Christian Vanneste, épouvantail de la droite volontaire et conservatrice, bien décidé à ne pas laisser une gauche souvent divisée s’emparer d’une ville de presque cent mille habitants, l’une des clés du pouvoir à la communauté urbaine de Lille. Et qui se crêpera le chignon avec Patrick Delnatte, l’autre espoir tourquennois de la droite.

Un règne de trois mandats à Tourcoing

Aux législatives, chassé-croisé. Aux municipales, il gagne. Nous sommes en 1989. Jean-Pierre Balduyck entame un long règne de trois mandats. Il rend son tablier majoral en 2008. ” Je n’ai pas voulu faire le mandat de trop“, sourit ce faux modeste – il n’a jamais digéré de voir un bulletin de vote à son nom chiffonné dans une corbeille un soir d’élection – et vrai timide. Car Tourcoing, trop souvent oublié dans les grands arbitrages décidés par les aménageurs métropolitains et parisiens, relève la tête. Il aura fallu la détermination d’un Jean-Pierre Balduyck qui, l’homme des finances à la CUDL, n’oublia jamais que faire accoucher de tels bébés est souvent un travail d’équipe. Le Fresnoy, établissement de création artistique, politique de prévention et de sécurité, requalification urbaine, résurrection de la zone de l’Union, mise en valeur du patrimoine, centre européen des textiles innovants, école nationale de la protection judiciaire,…des dossiers de longue haleine.

A l’aune du temps long, après Roubaix, voilà le tour de Tourcoing. Signe des temps, en 1999, la ligne 2 du métro sort de l’oubli une Tourcoing enfin desservie. Michel-François Delannoy, le successeur, applique la même recette. Même s’il reste beaucoup à faire, les deux cités, longtemps éloignées par des rivalités de clocher à la mode de Courteline, s’inventent un destin. C’est qu’avec son orgueilleuse voisine roubaisienne, Tourcoing a longtemps fait figure de parente pauvre. Fichtre ! Négocier avec ce seigneur ombrageux qu’était André Diligent, ou discuter le bout de budget avec cet intendant retors et madré de René Vandiérendonck n’était guère une sinécure. Plutôt un pensum pour un Balduyck certes minutieux comme un apothicaire de village mais forcément sur la défensive.

“Le maire est un médecin généraliste, toujours en première ligne”

Au rayon épreuves douloureuses, Jean-Pierre Balduyck se souviendra longtemps de sa mise en cause judiciaire dans une histoire de contrat de travail mal ficelé pour un collaborateur. Quand nous nous retrouvons entre maires, on se demande qui sera le prochain mis en examen pour un fait accidentel. Le maire est un médecin généraliste, qui doit tout savoir, toujours en première ligne.” confiera-t-il au Monde***. Il en sortira avec les honneurs, mais il a pu juger de la difficulté grandissante du métier de maire, dorénavant exposé à toutes sortes de déconvenues. Une analyse qu’il livre dans un petit bouquin riche en enseignements et que l’on devrait offrir à tous les apprentis-candidats en cette période d’effervescence municipale : Mais que fait le Maire ? De même, la rumeur malveillante qui le donnait amant de Martine Aubry avec laquelle il avait emménagé dans un quartier chicos de la métropole n’était pas du meilleur goût…L’ancien maire a également rencontré au cours de ses mandats quelques difficultés en matière de gestion des ressources humaines. Diable. Un directeur des services qui le bat plus froid que la momie de Rascar Capac. Au mitan des années 90, le PS de la rue de Solférino avait même délégué une dame de fer pour remettre de l’ordre dans un panier de crabes qui en pinçait plus pour l’arène que pour le roi. Même au niveau local, les instances fédérales maîtrisait mal le landerneau tourquennois. Et aujourd’hui, la gauche au pouvoir reste fébrile quant aux résultats des élections municipales à Tourcoing, qui peuvent peser sur le scrutin communautaire et donner de mauvaises idées à certains élus de la métropole quand il s’agira de désigner celui ou celle qui incarnera l’avenir de la communauté urbaine.

Le jeune septuagénaire, vieux fan de Brel, paie toujours de sa personne et multiplie les engagements associatifs et publics, au service des autres : santé, prévention de la délinquance, économie solidaire, logement,…un éventail d’activités qui ressemble furieusement à celui d’un maire. Martine Aubry lui a confié une mission sur le projet d’un musée dédié au textile, sa vieille passion, et qui pourrait voir le jour à Tourcoing. Et il ne se prive pas d’interpeller ses anciens collègues sur des sujets qui lui apparaissent importants.

* Et rappelle furieusement l’esprit de Mai 68. Qui n’est pas l’apanage d’un camp ou d’un autre. ” Vous finirez notaires ! “, avait lancé, non sans malice et prémonition, Marcel Jouhandeau, à la vue d’une manifestation estudiantine.

** Mais que fait le maire ? en collaboration avec Hubert Ledoux (Ed. Gulf Stream), il vient de publier L’Epopée humaine du textile,

*** Le Monde.fr  22/02/2008, Jean-Pierre Balduyck, maire de l’ombre, Geoffroy Deffrennes.

Nos autres portraits de “grands” maires à relire :

Jean-Louis Borloo, père et maire du nouveau Valenciennes

Notebart ou la chute de la maison Arthur

Léonce Deprez ou l’impossible passe de sept

André Diligent, un seigneur

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4 Commentaires

  1. Vous auriez pu citer Guy Chatiliez, l’une des références de JPB….

  2. Tonton Jean Nono ! Oui, tu as raison, Tonton Jean Nono ! Une belle histoire encore, encore…

  3. Au lieu de me réclamer une histoire, expliquez qui est Guy Chatiliez…

  4. Tonton Jean-Nono, oui, une belle histoire,
    Maire de Tourcoing entre 77 et 79, date de sa disparition, élu après une division à droite,

    Lou Reed est parti lui aussi…une belle histoire,

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