PORTRAIT D'ANCIEN

Petite histoire | Un quinquennat à Denain et Saint-Omer Par | 07H30 | 04 novembre 2013

Arc International, une si longue descente aux enfers (4) : “On a gagné beaucoup d’argent”

Les dernières annonces de chômage technique partiel et de mise en veille de fours concernant la cristallerie d’Arques, ça lui fait mal. “Notre cœur bat encore pour Arc », résume Louis Colin, qui a travaillé 30 ans au sein de l’entreprise audomaroise. En retraite depuis 2000, il continue d’utiliser le « nous ». Regards d’un ancien sur une épopée industrielle hors normes pour conclure – provisoirement – notre dossier sur cette institution régionale (dossier qui fait d’ailleurs partie du projet quinquennat).

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Louis Colin, ancien ouvrier de la Cristallerie d’Arques. En 2000, elle comptait encore 12 000 salariés. Photo : David Pauwels.

« Je lui ai déjà dit à M’dame Durand, lors du goûter organisé tous les ans pour les anciens à Aire-sur-la-Lys : si c’était à refaire, je referai exactement la même chose », sourit Louis Colin, l’œil brillant, dans sa maison de Longuenesse, en face de Saint-Omer. « C’est vrai que ça n’a pas toujours été facile. C’était fatigant. Mais j’ai aimé ce que j’ai fait. » Une carrière de trente ans au sein de l’entreprise verrière l’a amené de « choisisseur ” , triant les articles pour mettre au rebut les objets ne rentrant pas dans le cahier des charges, à « secrétaire d’arche » chargé de superviser la « chambre d’arche », où l’on réceptionnait les différents articles pour le triage.

Formé dès 14 ans comme décorateur de faïence à Desvres, ville dont il est originaire, Louis Colin est attiré dans l’Audomarois par la cristallerie d’Arques, qui embauchait à l’époque à tour de bras. « Quand je suis entré chez Arc en 1970, nous étions 4 400 salariés. En 2000, quand je l’ai quittée, nous étions 12 000 salariés, filiales comprises. » Louis Colin se souvient d’une entreprise où rien n’était sous-traité. « Chaudronnerie, menuiserie, fabrication des moules, jusqu’aux fermes qui produisaient les pommes de terre pour la cantine, tout était fait en interne. C’était presque des entreprises dans l’entreprise. »

Toujours posté

Toute sa carrière, Louis a travaillé en postes, en 4×8 : un jour le matin, le jour suivant l’après-midi, le surlendemain de nuit, une journée off mais avec retour au travail le lendemain à 5 heures du matin. « Le soir de notre journée de repos, on ne pouvait pas sortir, se souvient-il. Mais j’ai toujours travaillé en équipe, je n’ai jamais rien voulu d’autre ». Parti en retraite anticipée en 2000, il continue d’ailleurs sur cette lancée : il partage aujourd’hui son temps entre le club cyclo, les médaillés du travail, le club de pétanque et la délégation départementale de l’Education nationale…

« A Arc, on a gagné beaucoup d’argent. En fin de carrière, mon salaire dépassait 10 000 francs », détaille le retraité, un brin nostalgique du pouvoir d’achat du bon vieux franc. Il  détaille ensuite tous les à-côtés octroyés par l’entreprise : la prime trimestrielle de  3000 francs, la prime de vacances de 1500 francs, la prime exceptionnelle de Noël « versée le 10 novembre » et l’intéressement qui pouvait atteindre les 6000 francs. « Tout était payé : jour férié,  dimanche, prime d’équipe à four continu…  D’ailleurs, sans cela, jamais je n’aurais pu acheter cette maison seul, avec mon épouse, mère au foyer ». Louis garde encore précieusement la carte de ristourne de 20% sur le magasin d’usine. « On la garde à vie ».

De l’Aspen à l’Armagnac

C’est qu’il en vu passer des objets au sein de l’usine d’Arc. « Des milliers et des milliers de verres ballons, des flutes de champagne, des saladiers à fleurs, des services Marguerite ou Aspen… On en voyait défiler des tonnes et des tonnes. » Sa mémoire le rappelle aussi au petit verre à pruneau pour l’Armagnac, aux verres à moutarde, aux brocs d’eau pour les restaurants… « On voyait du Arc partout, même en vacances », s’amuse-t-il. « Jacques Durand, le patriarche, avait toujours l’éternel souci d’adapter ses produits. J’ai été délégué du personnel. Dès qu’une gamme se vendait moins, il essayait de savoir pourquoi on avait perdu des parts de marchés dans tel ou tel pays. »

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Sans la Cristallerie et ses conditions avantageuses à l’époque, Louis Colin n’aurait jamais pu acheter seul sa maison à Longuenesse, face à Saint-Omer. Photo : David Pauwels.

A l’époque, il faut dire que l’usine d’Arques produisait pour le monde entier. Aujourd’hui, la stratégie est au contraire d’implanter des usines sur les quatre continents, pour produire au plus près et éviter ainsi les coûts de transports. Louis Colin l’admet : « On n’avait pas beaucoup de concurrence non plus à l’époque. Une fois que nous sommes entrés dans l’ère de la mondialisation, la catastrophe s’est profilée. » D’abord avec l’arrêt de la production de cristal, à cause du plomb utilisé dans sa fabrication. « C’était une production extrêmement rentable pour l’usine. Arc était plus riche en produisant six verres en cristal que six verres blancs ! On blaguait à l’époque en disant que lorsque le cristal partait en semi-remorques de l’usine, c’était des camionnettes de billets qui entraient ». Mais d’après Louis Colin, la production se maintenait. « Là dessus, est arrivé l’euro, surévalué, à une époque où l’on travaillait en dollars. Cela nous a fait perdre beaucoup d’argent ».

Esprit de famille

Louis Colin utilise le « nous » comme s’il parlait de sa propre famille. « Nous connaissions tous les fils et les filles Durand, nous les avons vu grandir ». Parle avec nostalgie de « Monsieur Durand », patron respecté qui « embauchait les veuves, était à l’écoute, a fait énormément de social ». Se souvient d’une usine qui comptait quinze fours (contre seulement cinq aujourd’hui).

L’avenir de l’usine ? Louis Colin se veut réaliste.  Le démantèlement de l’usine, la vente du four V à Alpha Glass et plus récemment la mise en veille des fours, le chômage technique partiel et la vente de l’usine de Blaringhem sont de mauvaises augures. L’ancien sait bien qu’un four arrêté coûte énormément d’argent à redémarrer… « Ça nous fait mal mais si j’avais la solution, je le la donnerais bien volontiers. »

Photos texte et Une : David Pauwels.

L’intégralité de notre dossier “Arc International, une si longue descente aux enfers” :

Que se passe-t-il du côté de l’ex-cristallerie d’Arques ?

Mais comment en est-on arrivé-là ?

José-Maria Aulotte, directeur des ressources humaines et de la communication : “ce qui importe aujourd’hui, c’est de passer le cap de la fin d’année”

Portrait de Louis Colin, ancien salarié de la Cristallerie d’Arques : “On a gagné beaucoup d’argent”

1 Commentaire

  1. c’est bien beau de partir a 55ans…..(plan de sauvegarde)
    j’ai signé mon départ en mars 2008 pour partir en retraite en mai 2013.
    manque de chance …entre 2 …rallongement de l’àge de la retraite qui passe a 61ans et 2 mois.
    depuis 1 an je ne perçois plus que les assedics …..
    je ne serai en retraite qu’en aout 2014….
    en attendant….on se sert la ceinture…..pour s’apercevoir au final qu il me manque 400 euros en
    retraite complémentaire…..litige actuel avec l’organisme de retraite .qui sous calcul cette retraite
    si j’avais eut connaissance de tout cela je ne serai certainement pas parti…a 55 ans.
    j’ai pourtant fait les semaines de nuits etc….pour me retrouver au final avec une retraite de misère….

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