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Embouteillages monstres dans la métropole lilloise : existe-t-il des solutions ?

Réflexions Par | 02 septembre 2013

CIRCULATION. Ah, ils ne vous avaient certainement pas manqués… Avec la rentrée, voici revenus les embouteillages (l’A 25 était encore à l’arrêt ce lundi matin, sur dix kilomètres). Mais pourquoi la métropole n’arrive-t-elle pas à se dépêtrer de ses sempiternels bouchons? Explications et ébauches de solutions.

Les embouteillages sur la métropole lilloise ont aussi leur rentrée. Copyright CC Frederic Bisson/Flickr.

Les embouteillages sur la métropole lilloise font aussi leur rentrée. Crédit photo CC Frederic Bisson/Flickr.

La métropole lilloise possède de multiples routes et autoroutes. Et pourtant, dès 7h du matin, c’est le même rituel. A l’entrée de Lille, les automobilistes en sont réduits à avancer pare-chocs contre pare-chocs. Et encore, c’est le cas de figure “sans accident”… D’après les spécialistes, le principal problème, c’est que la métropole ne possède pas un réseau secondaire assez structurant. Concrètement, les liaisons inter-quartiers ou inter-villes se font directement via les autoroutes. Ce qui pose des problèmes d’engorgement de ces grands axes qui accueillent du trafic extérieur à la métropole… Et malheureusement, il n’existe pas d’alternatives immédiates à mettre en place.

Une onde qui s’amplifie

Comment expliquer le phénomène d’embouteillage? C’est à la fois simple à expliquer et compliqué à comprendre. Lorsque des véhicules ralentissent dans une ligne presque ininterrompue de circulation, l’onde de ralentissement se répercute et s’amplifie sur des milliers de véhicules. Ce qui n’était qu’un petit coup de frein en amont va finalement se conclure plusieurs kilomètres en aval par… des voitures à l’arrêt !

Et pourquoi ralentissent-elles ces satanées voitures ? Pour tout et n’importe quoi : pour changer de voie, pour ne pas se faire flasher par un radar, parce qu’on veut regarder ce qui se passe sur le bas-côté, parce qu’il y a eu un accident, parce qu’on a un texto à envoyer, parce qu’on sort de l’autoroute par une bretelle un peu compliquée… Ne dites pas qu’il ne vous est jamais arrivé d’essuyer un énorme embouteillage juste parce que les automobilistes curieux s’arrêtent pour jeter un oeil sur un léger accident qui a froissé de la tôle ! La vitesse excessive  joue également un rôle important : plus on veut aller vite, plus les distances entre les véhicules s’allongent et moins de véhicules peuvent passer en même temps. Par exemple, passer de 60km/h à 90km/h revient à ne pouvoir utiliser que deux voies au lieu de trois. Et ouais.

 Pas la faute des camions

« Arrêtons de faire croire que la congestion de la métropole est la faute des poids-lourds », tonnent en coeur les fédérations professionnelles de transporteurs FNTR et TLF). Selon la DREAL, la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, les camions en transit (c’est-à-dire traversant juste la métropole) ne représentent que 14% du trafic entrant-sortant, soit 14 000 camions sur un total global de 120 000 véhicules également en transit. Quant à la solution de facilité qui consisterait à reporter le fret de marchandises sur le rail, ça ne résoudrait pas grand chose. « Pour aller là où les marchandises ont besoin d’être déchargées, comme les grandes surfaces ou les commerces de centre-ville, on aura toujours besoin de camions », explique Olivier Hollander de TLF.

Reste peut-être à se pencher sérieusement sur le “dernier kilomètre”, c’est-à-dire l’ultime déplacement qui dessert le lieu de consommation. Chaque jour, des milliers de poids lourds entrent ainsi dans la ville pour desservir leurs clients. La Chambre de commerce et d’industrie termine actuellement une phase expérimentale d’un Centre multimodal de distribution urbaine. Objectif : que les poids lourds déposent leur chargement de marchandises au Port de Lille en périphérie de la ville et que les transports soient ensuite mutualisés par rue. Le principal problème aujourd’hui? Convaincre les utilisateurs finaux à savoir les commerçants de changer leurs habitudes. Pour l’instant, seule l’enseigne du Vieux-Lille, L’Abbaye des Saveur, s’est prêtée au jeu. Bref, on n’est pas sorti encore du bouchon.

REGULEZ, Y’A RIEN A VOIR

Quelles solutions peut-on envisager ? Si chaque automobiliste respecte une vitesse constante, les embouteillages pourraient être évités. Plutôt que de prévenir sur les panneaux de la présence de bouchons, la Direction interrégionale des routes réfléchissait à réguler la vitesse bien avant la congestion. En mettant en place des radars qui indiqueront une limitation de vitesse différente en fonction de l’état du trafic,  histoire que les automobilistes respectent les règles. Concrètement, la vitesse moyenne serait ainsi contrôlée sur l’ensemble du tronçon et non sur un point donné (pour éviter le phénomène du « coup de frein »). Mais il faudra que les mentalités changent : les automobilistes doivent comprendre que perdre quelques secondes évite de passer trois quarts d’heure dans les bouchons à l’arrivée… Et ça, ce n’est pas encore gagné. La métropole lilloise pourrait bien être la toute première à bénéficier d’une telle expérimentation.

Des solutions oui, mais des solutions impopulaires

Mais la régulation de la vitesse ne résoudra pas tous les problèmes. La disparition pure et simple des embouteillages passera certainement par la mise de place de plusieurs mesures, souvent impopulaires. Si les projets de contournements de la métropole lilloise ont été pour la plupart abandonnés (car trop chers), quid de l’idée d’un péage urbain qui ferait payer les automobilistes entrant dans la métropole aux heures de pointe, comme le préconise la Chambre de commerce et d’industrie ? Pas sûr que les élus aient envie de se frotter à la grogne des automobilistes. Pourquoi ne pas alors encourager le covoiturage ? Certains le font,  comme la CCI avec le site Covoiturez plus en partenariat avec Transpole, mais les habitudes ne changeront pas si facilement dans une métropole où l’on ne compte que 1,1 passager par voiture en moyenne. Décaler les horaires de bureaux ? L’université de Lille y réfléchit, tout comme la communauté urbaine. Et si on popularisait le télétravail ? L’idée doit encore faire son chemin. D’après Flexinéo, une entreprise spécialisée dans l’organisation du travail basée à Villeneuve d’Ascq, 20% des actifs du Nord – Pas-de-Calais pourrait travailler une journée par semaine sans se rendre au bureau. Ce serait déjà une journée de moins dans les bouchons.

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3 Commentaires

  1. Que l’on démonte les coûteuses voies ferrées allant vers Lille et qu’on en fasse des routes ! Soyons réaliste, le train coûte cher à ceux qui ont un vrai travail ! (Impôts, taxes…)

  2. Parce que ceux qui prennent le train sont des feignants qui ne paient pas d’impôts, tout le monde sait ça.
    Quant à mettre des routes à la places de voies ferrées, c’est tout simplement génial ! La Deûle de la Pensée.
    Et quand ces nouvelles routes seront à leur tour engorgées (ne pas oublier, la nature a horreur du vide : dès que tu crées un nouveau tuyau à bagnoles dans un environnement déjà saturé, il attire du trafic), “y aura qu’à” démolir quelques lignes de baraques pour élargir les routes, ou créer de nouvelles voies à travers tout, ben tiens. Raleur, tu penseras à donner ton adresse, qu’on puisse viser.

  3. Eh oui, les pouvoirs publics n’ont pas encore compris que la baisse de la vitesse sur autoroutes et voies rapides bien en amont des grandes métropoles est LA solution, comme c’est démontré dans l’article. 70 km heures à partir de Nieppe voire Bailleul sur l’A25 en arrivant sur Lille, idem sur l’A1 à partir de Carvin, sur l’A23, la RN41… voilà la solution. Plus de voitures occupant moins d’espace. Sans compter l’impact carbone d’une telle mesure !

    Mais il faudra que les automobilistes changent leurs mentalités, ce qui n’est pas gagné !

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