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Rapport de la CRC sur le cinéma en région (1/2) : comment Bienvenue chez les Ch’tis a coûté 600 000 euros au Conseil régional

Réflexions Par | 10 septembre 2013

ARGENT PUBLIC. La Chambre régionale des comptes a publié cet été une enquête très intéressante sur le soutien public au cinéma et à la production audiovisuelle en Nord-Pas-Calais. Et en a profité pour analyser le phénomène Bienvenue chez les ch’tis. Si la subvention de 300 000 euros pour le film a effectivement été remboursée, la région a quand même lâché 600 000 euros pour la promotion dans la région.

Pour promouvoir la sortie du film Bienvenue chez les ch'tis, la région a dépensé 600 000 euros.

Pour promouvoir la sortie du film Bienvenue chez les ch’tis, la région a dépensé 600 000 euros.

On se souvient de la polémique. Alors que le film Bienvenue chez les Ch’tis commençait à flirter avec le million d’entrées, certains avaient vivement critiqué la subvention de 300 000 euros versés par le conseil régional Nord-Pas-de-Calais, pour finalement une production qui n’en avait plus tellement besoin… A l’époque, c’était le CRRAV, le centre régional des ressources audiovisuelles, association qui constitue le bras armé du conseil régional en la matière, qui avait accordé cette aide maximale et même exceptionnelle pour un long-métrage au budget prévisionnel de 10 millions d’euros.

La réponse du conseil régional face à la polémique ne s’était pas faite attendre : promis, la subvention sera intégralement remboursée grâce au succès du film. En effet, la convention prévoyait que le CRRAV récupère 10% de la rémunération nette du producteur. “Sorti en salles le 20 février 2008, le film génère dès le mois de juin plus de 33,2 M€ de recettes nettes part producteur, détaille le rapport de Chambre Régionale des Comptes. Ce qui permet au CRRAV d’obtenir le remboursement des 300 000 € initialement versés.

Mieux : l’exploitation de différents supports et remakes a permis au CRRAV de gagner 2,3 millions supplémentaires, qui ont finalement été attribués à “un fonds de réserve inscrit au passif de son bilan“. Premier hic soulevé par la Chambre régionale des comptes : il n’est précisé nulle part comment ces sommes seront utilisées. Or, “le montant des fonds de réserve, leur origine et leur destination doivent figurer dans les rapports d’activité de l’association“, rappelle la CRC qui recommande expressément de “compléter la convention pour y garantir le bon emploi du fonds de réserve.” Surtout qu’au final, cette somme rondelette “n’a pas eu pour conséquence une baisse des subventions versées par la région” au CRRAV, devenu Pictanovo depuis. En ces temps de restrictions tout azimuts, c’était peut-être pourtant l’occasion d’économiser un peu, non?

Quelles retombées touristiques ?

On ne dispose encore aujourd’hui que de très peu de chiffres finalement, sur les retombées effectives du film Bienvenue chez les ch’tis sur l’économie de la région Nord-Pas-de-Calais. Seul le conseil régional a tenté de les évaluer, via  le comité régional du tourisme, qui a mené des investigations… sur la base de sondages auprès des offices de tourisme.

2008, une aubaine ch’ti ? En tout cas, un office de tourisme sur trois aurait vu sa fréquentation augmenter, “notamment des augmentations exceptionnelles dans les communes d’Armentières (ville natale de Dany Boon) et à Bergues (où le film a été tourné)“, indique le rapport de la Chambre régionale des comptes sur la politique de soutien de l’audiovisuel par le conseil régional. Les taux d’occupation de l’hôtellerie, qui ont connu un rebond de quelques pourcentages entre 2007 et 2008, ont légèrement baissé ces dernières années. “Au-delà des retombées financières directes liées à la production du film lui-même et au bénéfice financier retiré de l’exploitation du film par le CRRAV, l’impact direct sur l’image de la région semble en tout état de cause difficilement quantifiable“, conclut le rapport.

A lire également sur ce sujet : un dossier sur le cinétourisme régional dans Pays du Nord (en kiosques)

MARCHE SANS CONCURRENCE

Autre aspect dont on n’a que très peu parlé : la Région a en parallèle mis la main au portefeuille pour accompagner la sortie du film dans le Nord-Pas-de-Calais. Dès février 2008, une subvention de près de 600 000 euros TTC est versée à Pathé Renn Production, “dans le cadre d’un marché attribué sans mise en concurrence, pour des raisons légales de protection des droits d’exclusivité“, rapporte le document de la Chambre régionale des comptes. Ce qui rentre jusque là dans les clous du code des marchés publics.

Mais là où le bât blesse, c’est que la CRC pointe une prestation, qui, bien que votée,  n’apparaît pas dans le décompte initial du budget : on a carrément oublié de mentionner “une projection privée pour 700 à 2000 places, en mars ou avril 2008”, en présence de Dany Boon. D’autant que les factures “elliptiques” ne dévoilent pas grand chose sur les sous-traitants, la date d’exécution du marché et le coût exact de la petite fête…

Dans sa réponse au rapport de la CRC, le président du conseil régional, Daniel Percheron, re-détaille les prestations : réalisation d’un spot télé (150 000 €) ; visibilité sur les outils de communication (100 000 €) par l’apposition du logo sur 950 faces d’affiches en région ; droits de citation et d’utilisation d’images du film (250 000€), ce qui totalise déjà les 500 000 euros HT d’aides. Il y ajoute un leaflet de 8 pages « Petite leçon de Ch’ti » (850 000 exemplaires), un mini guide Assimil « Petit lexique de Ch’ti » (100 000 exemplaires) ainsi que “diverses opérations de relations publiques” (125 places VIP lors de l’avant-première et 370 places dans une salle secondaire) et trois séances de projection privée en présence de Dany Boon et de l’équipe du film… sans pour autant revenir précisément sur les prix.

La CRC a donc “attiré” l’attention du conseil régional sur les règles en matière d’exécution du marché, passé avec de l’argent public. Non, on ne peut pas passer sous silence qui sont les sous-traitants ni oublier de détailler les dates des prestations. On ne peut pas non plus rester très évasif sur le prix et ce à quoi il correspond exactement… Ça, c’est sur la forme. Sur le fond, se pose encore une autre question : l’aide initiale, les fameux 300 000 euros versés par le CRAAV, prévoyaient déjà un budget de communication. Reste à espérer que l’on puisse un jour avoir le détail de comment tout cet argent (la subvention mais également le fonds de réserve constitué à la faveur de la commercialisation du film) a été dépensé…

Pour lire le rapport intégral, rendez-vous sur le site de la Chambre régionale de la cour des comptes. Demain, nous reviendrons sur le contenu du rapport concernant les actions du CRRAV.

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