L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Ces batailles électorales sanglantes : en 1992, partie de poker menteur au Conseil régional

Petite histoire Par | 05 août 2013

HISTOIRE POLITIQUE. Deuxième épisode des grands moments – sanglants – de la vie électorale nordiste. Nous sommes cette fois-ci au début des années 90. Lors de l’élection du président du Conseil régional, Marie-Christine Blandin sort du chapeau, pendant que Michel Delebarre et Jean-Louis Borloo doivent ravaler leurs ambitions.

Un maire de Dunkerque coulé en pleine rade. Un maire de Cambrai qui compte les bêtises de son camp. Un maire de Valenciennes brûlé pour s’être approché trop près du Graal. Les élections régionales de 1992 sont un modèle du genre noeud gordien-à-migraine, impossible à dénouer. Le résultat tenait plus du Rubik’cube que d’une addition à un chiffre. Magie noire de la proportionnelle à un tour. Deux grosses parts égales comme celles d’un gâteau de grand-mère découpé au laser, les socialistes et la droite classique, deux autres plus petites mais aussi grosses l’une que l’autre, les communistes et l’extrême-droite. Un “groupe Borloo” aussi malvenu qu’un chien fou dans un jeu de quilles, conglomérat de sensibilités civiles et politiques mais qui penchait au centre droit. Un Front national desperado en embuscade, prêt à déchainer les enfers de l’inceste électoral. Et une poignée de sans étendard dans le rôle de faiseurs de roi.

Le roi est mort, vive la reine Blandin !

Et c’est une reine qui sortit du chapeau maudit. Marie-Christine Blandin, parfaite inconnue, et dont le premier engagement politique datait de 1977 (à Wimy dans l’Aisne ! avant qu’elle ne s’installe du côté de Hesdin dans le Pas de Calais) avait résolu l’équation impossible. Ce 30 mars 1992, les 113 élus fraîchement sortis des urnes et chargés de désigner leur président savaient que la partie de poker menteur ne serait pas facile. Trois tours, le scenario des majorités plus que relatives. Carl Lang tente l’étreinte du diable avec la droite républicaine et annonce qu’il votera pour elle. Legendre ne fut pas idéal mais le sera pour son camp et refuse les voix brûlantes. Petits et gros coups de théâtre scandent la nuit folle. Tempêtes sous les crânes. Borloo, Delebarre, Legendre, Lang, l’hémicycle est un souk…toutes les combinaisons sont envisagées pour trouver une majorité. Certains à droite ne font plus mystère qu’une alliance avec le FN est possible. Legendre se retire au profit de Borloo, virtuellement élu ! On rameute les grandes figures locales et nationales pour jouer les go-between et dégeler le congère qui s’est formé. Brice Lalonde, pour Génération Ecologie, collègue de Delebarre au gouvernement,  Pierre Mauroy, ex-patron du PS, Georges Marchais, son homologue du PC,…

Les Verts poussent Marie-Christine Blandin et certains d’entre eux font courir l’idée d’une solution avec la droite présentable est jouable. Delebarre retire sa candidature, qui figeait les scores dans une impasse électorale. Les élus Génération Ecologie du Pas de Calais font pencher la balance du côté d’une gauche sonnée mais victorieuse. Et s’ensuivit un long mandat de six ans ponctué de coups de gueule et de chausse-trapes entre les écolos minoritaires mais au pouvoir, et la gauche traditionnelle, évincée de ce même pouvoir et rongeant son frein. A droite, on comptait les coups et les troupes pour le combat suivant, celui des chefs Borloo et Vasseur tous deux déjà en lice. Après le blitzkrieg, la guerre de tranchées. Une autre histoire.

Un cas unique dans l’histoire électorale régionale et probablement nationale. La sombre pièce se répétera six ans plus tard dans plusieurs régions de France, où l’arithmétique trouva ses limites quand il fallut dégager une majorité claire. Et la droite (Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon, Bourgogne, Picardie,…) cédera aux avances du FN pour emporter quelques présidences. Ce n’est qu’en 2004 que le scrutin proportionnel à deux tours sera mis en place.

Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode des batailles électorales sanglantes du Nord – Pas-de-Calais.

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES DÉPARTEMENTALES ET RÉGIONALES

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX FUTURES RÉGIONALES ET DÉPARTEMENTALES 2021 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

NEWSLETTER DAILYNORD

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les + lus