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Le long de nos frontières disparues (19/20) : Larrau, là-haut chez les Basques

Réalités Par | 15 juillet 2013

REPORTAGE. La fin du périple approche. On le sent d’ailleurs aux paysages, qui se font plus verdoyants. A Larrau, joli petit village basque, nous rencontrons Marcel Accocebery, l’ancien maire de cette petite commune frontalière. Avant-dernière étape de notre voyage “Le long de nos frontières disparues”.

Larrau, charmant petit village basque. Et son ancien maire, Marcel, amateur de Patxaran, la boisson locale. Photo : Stéphane Dubromel.

A chaque frontière sa boisson. Sur la franco-belge, la bière. Sur la franco-allemande, le vin blanc. Sur la franco-suisse version Saugeais, le Pontarlier. Et sur la franco-espagnole, côté basque, le Patxaran. Une liqueur à base de prunelles sauvages cueillies dans les montagnes. Faite maison bien entendu. Trois à quatre glaçons dans le verre, sinon, ça n’a aucun intérêt, comme les Patxaran commerciaux vendus dans les ventas sur les frontières. L’alcool vient d’ailleurs de Navarre en Espagne, symbolisant les échanges incessants entre les deux côtés de la montagne, confie Marcel Accocebery, qui nous a ouvert sa porte, à Larrau, à l’entrée du Pays Basque. Larrau, à six cents mètres d’altitude (pour le centre-village), est un petit village frontalier de 200 habitants qui regorge d’histoires de fraude, que l’ancien maire entreprend de nous conter sur sa terrasse : « Par exemple, pendant la Seconde guerre mondiale, vous aviez beaucoup de passage par ici : des maquisards, des Résistants. Des Juifs, des aviateurs abattus, du matériel pour la Résistance. Et des messages de Londres.» Les Allemands étaient bien sûr présents, mais les Basques ne se laissaient pas faire en général : « Il y avait un passeur, que j’ai bien connu. Son chien marchait trois cents mètres devant et aboyait quand il voyait des Allemands. Ça a permis de sauver des vies.» Tout le monde n’avait pas autant de délicatesse.  Certains passeurs, peu scrupuleux, abandonnaient les fuyards dans les montagnes bien avant le Port ou col de Larrau, marquant la frontière. « En leur disant c’était l’Espagne. Mais bon, il y avait toujours un gars du pays qui prenait le relais. Souvent gratuitement

Au Port (col) de Larrau, dans les Pyrénées. Des chevaux passent la frontière dans la brume. Photo : Stéphane Dubromel.

Deux évolutions différentes, d’un côté ou de l’autre de la frontière

A Larrau, comme ailleurs dans les Pyrénées et les Alpes, on semble bien plus proche de l’autre côté de la frontière que du pouvoir parisien. L’identité basque peut-être, sans  pour autant verser dans une quelconque revendication politique. Mais aussi un effet d’aubaine et de proximité. « Il y a toujours eu des conventions avec les Espagnols. Sur les pâturages. On participait aux fêtes du village, on échangeait des mulets, des chèvres.» Même si selon Marcel, la frontière, même effacée après 1993, a conduit les deux côtés de la montagne à évoluer différemment : « On a gardé plus de traditions ici que de l’autre côté.  L’élevage de l’autre côté est plus faible, car les gens se sont plus déplacés vers les villes. Aujourd’hui, avec la crise, ils reviennent. Mais on ne s’improvise pas paysan

Entre deux gorgées de Patxaran, on sent comme une pointe de regret dans sa voix lorsque l’on évoque la disparition des frontières. Car elle a aussi enlevé des petits plaisirs : comme celui de boire un alcool fraudé de l’autre côté des Pyrénées, même s’il était fabriqué en France. Le pouvoir d’une Europe, envers laquelle Marcel est méfiant. « On nous met en concurrence avec des Polonais, des Argentins. Mais vous voyez, je vais certainement vous surprendre : je pense que l’Europe devrait avoir encore plus de pouvoir. Qu’elle devrait être plus forte. Comme un vrai Etat

Tous les reportages sont disponibles sur la page “Le long de nos frontières disparues”

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