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Le long de nos frontières disparues (18/20) : la splendeur passée de Canfranc, la splendeur présente de Roncevaux

Réalités Par | 10 juillet 2013

REPORTAGE.  Le long de nos frontières disparues, les routes de montagnes n’auront jamais paru aussi longues. Dans les Pyrénées, les passages frontaliers se raréfient. En quittant l’Andorre, il faut plus de trois heures pour rejoindre le point de passage suivant à Bagnères-de-Luchon. Et encore autant pour découvrir Canfranc, drôle de vaisseau abandonné au milieu des montagnes. Pendant qu’à quelques dizaines de kilomètres de là, une frontière respire la vie : celle de Roncevaux où passent par centaines les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Canfranc, splendeur et décadence

Une gare aux dimensions de Saint-Lazare... Des trains abandonnés et parfois des touristes. Bienvenue à Canfranc. Photos : Stéphane Dubromel.

On nous avait dit que le lieu était impressionnant. Jean, l’habitant de Lamanère, le village le plus au sud de France, avait raison. Quand on découvre la gare de Canfranc, posée au milieu des montagnes pyrénéennes, à 1100 mètres d’altitude, on  ne peut que s’étonner devant ce gigantisme. Bâti au début du XXème siècle, inauguré en 1928 par Alphonse XIII, roi d’Espagne, et Gaston Doumergue, président de la République française, l’édifice a des dimensions que l’on dit semblables à la gare Saint-Lazare à Paris… Sauf qu’ici, nous sommes entourés de roches et que nous imaginons sans mal les efforts titanesques qu’il a fallu déployer pour la construction…

Plus de 80 ans plus tard, pourtant, il ne reste plus grand chose de cette animation. Le bâtiment principal de la gare est fermé. Sur la voie, un train attend pour amener les rares passagers de Canfranc à Saragosse. Une ligne “locale” alors qu’avant, les trains traversaient la frontière et les Pyrénées. Nous contournons les voies, pour arriver à l’arrière de la gare. Là, comme nous commençons à en avoir l’habitude sur les frontières, le temps a fait son oeuvre : les quelques quais de déchargement sont à l’abandon ; des systèmes mécaniques pour élever les marchandises rouillent à l’air libre. Que dire des quelques cadavres de trains que nous longeons ? Ouverts aux quatre vents, taggués, ils témoignent d’une activité passée au milieu des montagnes… Un abandon finalement symbole de l’histoire mouvementée de cette gare. Quand les frontières d’Europe étaient encore fermées, les autorités franco-espagnoles avaient décidé de faire de Canfranc un lieu de passage pour les voyageurs et les marchandises, à l’instar des historiques et maritimes Hendaye (à l’ouest) et Cerbère (à l’est). Inaugurée donc en 1928, la gare fut ouverte et fermée au gré des conflits et des régimes (sous le régime de Franco, notamment), pendant qu’elle était parfois stratégique. Durant la Seconde Guerre Mondiale, les Nazis y firent par exemple transiter de l’or volé aux Juifs qui eux-mêmes passaient par ici pour fuir l’extermination… pendant que les Alliés y acheminaient du matériel. Plus tard, en 1970, un accident scellera le destin de cette gare internationale. Un train de marchandises déraille en France. Profitant de l’occasion, les autorités décidèrent d’abandonner ce passage à travers les Pyrénées.

Aujourd’hui, les rares trains qui circulent ne partent que vers l’intérieur de l’Espagne et Saragosse et le vaste ensemble attend une nouvelle destination… tout en se dégradant à vue d’oeil. On a bien parlé d’un complexe hôtelier de luxe, mais après quelques travaux, la crise a eu raison des euros en 2009. A moins que, se murmure-t-il, on ne se décide à remettre la ligne transfrontalière en service ?

Roncevaux, splendeur et spiritualité

Sur la route de Saint-Jacques-de-Compostelle, les pèlerins passent les frontières. Photos : Stéphane Dubromel.

A quelques dizaines de kilomètres de là, nous arrivons à Roncesvalles, ou Roncevaux. Les amateurs d’histoire feront le parallèle avec la célèbre bataille qui mis aux prises l’armée de Charlemagne et les Basques, rendue célèbre par la Chanson  de Roland. Aujourd’hui, le sang ne coule plus sur les chemins… Mais ils sont foulés chaque jour par des dizaines et des dizaines de personnes. Car Roncevaux est sur le Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, annoncé par un panneau à 790 kilomètres de là.

Lorsque nous y arrivons en fin de journée, la commune est très animée. Aux terrasses des cafés et des refuges, les pèlerins se reposent, sirotent parfois une bière, et échangent sur leurs pérégrinations. Aux fenêtres des chambres, les pantalons sèchent. Pierre Pelloux-Prayer, jeune retraité de l’Education Nationale isérois, fait partie de ces marcheurs spirituels. A 62 ans, il est en train de réaliser un vieux rêve : rallier Vienne à Saint-Jacques-de-Compostelle. En deux fois : « Je suis parti une première fois quatre semaines, de Vienne à Artez en Béarn, mais je suis rentré entre deux pour fêter les quarante ans de mon gendre. Je suis reparti il y a quelques jours.» Il lui faudra encore, selon ses calculs, cinq bonnes semaines pour arriver à Saint-Jacques et réaliser son rêve. Particulièrement croyant, notre homme ?  Pas forcément. Il y a une dizaine d’années, il a lu “Le Pèlerin de Saint-Jacques”. Ce n’est pas le côté mystique qui l’a conduit à arpenter les routes, mais plutôt l’occasion de couper avec le quotidien et de réfléchir. Et de rencontrer du monde : des Québécois, des Allemands, des Hongrois, des Brésiliens. « On discute beaucoup sur le chemin », continue celui qui est pourtant parti seul.

Et on passe la frontière franco-espagnole comme si rien n’était. D’ailleurs, ça arrange bien Pierre, qui est pour leur abolition. « Les frontières ? Des conneries. Je me considère comme citoyen du monde ». Sur cette frontière, la phrase prend tout son sens.

Tous les reportages sont disponibles sur la page “Le long de nos frontières disparues”

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