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Le long de nos frontières disparues (17/20) : au Pas de la Case, en Andorre, la frontière se fit commerciale

Réalités Par | 03 juillet 2013

REPORTAGE. Pour se rendre directement de France en Andorre, il n’y a pas trente-six solutions. Une seule en fait, en voiture, sur les cinquante-sept kilomètres de frontière commune. Via la route qui débouche sur le Pas de la Case, vaste supermarché commercial à ciel ouvert. Car ici, tout est a priori moins cher et attire les locaux et les touristes. Mais aussi les travailleurs d’Europe du sud, venus chercher richesse dans les Pyrénées. Pendant que d’autres ont des combines pour économiser quelques milliers d’euros.

Bienvenue au Pas-de-la-Case, vaste supermarché à ciel ouvert. Photo : Stéphane Dubromel.

Qui n’a jamais entendu parler du Pas de la Case ? Le seul point de passage routier entre la France et l’Andorre est célèbre chez les Hexagonaux. Pour son ambiance consumériste, essentiellement.  D’ailleurs, en arrivant dans les lieux, difficile d’imaginer qu’ici, il y a un siècle, on n’accueillait que des bergers. Rien ne semble naturel au coeur d’une cité qui ne possède aucun charme… Même la vache – vivante – broutant au milieu d’un rond-point relève plus d’une sorte d’anachronisme que d’un sentiment de nature, que l’on retrouve pourtant dès que l’on s’éloigne de quelques kilomètres…

1,6 million de voitures chaque année au coeur des Pyrénées

Au Pas de la Case, tout est fait pour le commerce et pour le ski, en saison. En ce mois de septembre, il suffit de voir les chalands dans les rues pour s’en convaincre. La plupart ressortent avec plusieurs sacs. A l’intérieur, du tabac, de l’alcool, du parfum, des appareils électroniques, chacun y trouve son compte. Pour ceux qui auraient encore des euros à dépenser, il suffit de regarder les produits d’appels sur les vitrines. Ou lever la tête vers les immenses panneaux lumineux qui affichent des publicités sans complexe pour les produits détaxés locaux et le centre commercial L’illa de les illusion… Une illusion au coeur des Pyrénées qui fonctionne : 1,6 million de véhicules empruntent la route du Pas de la Case chaque année pour des journées d’été qui peuvent en compter jusqu’à 5 000.  Cette fréquentation arrange Maria Montero et Manuela Medina qui s’occupent de l’une des nombreuses parfumeries Gala de la cité.  La première est Portugaise et est venue travailler ici il y a seize ans. La seconde est là depuis trois décennies : espagnole, elle est venue rejoindre son mari venu chercher du travail en Andorre. Elles symbolisent à elles-deux les migrations andorranes : « Ici, vous avez beaucoup de Portugais et d’Espagnols. Ils fuyaient la misère, plusieurs se sont arrêtés ici et ont développé le côté commerce et station de sport d’hiver

 Le mythe de la fortune et du retour au pays

Deux commerçantes dans une boutique de parfums. Un fraudeur des temps modernes. Photos : Stéphane Dubromel.

Ont-elles fait pour autant fortune ? On est loin du conte de fée à l’américaine. Maria, par exemple, paie un loyer de 700 euros pour son T4, sans compter l’électricité et le chauffage, avec un salaire de 1 700 euros par mois. Et il faut vivre dans cette station entièrement dévolue au tourisme et au commerce : la nourriture y est chère, faire garder un enfant à la crèche coûte 500 euros par mois. Le calcul est vite fait. D’autant, qu’en 2012, Andorre a comme tous les pays d’Europe, connu la crise. « Il y a beaucoup moins de monde cette année. Les gens dépensent en moyenne dix pour cents de moins que l’année précédente.» Un nouveau recul dans l’économie andoranne : il y a quelques années, il n’était pas rare que les deux femmes vendent pour 600 à 700 euros de parfum aux touristes affamé par les prix cassés transfrontaliers. Lors de notre passage, c’était plutôt 100 euros… Et des envies d’ailleurs pour Maria, la Portugaise, mère de deux enfants : « J’ai aujourd’hui l’habitude, mais l’hiver il fait froid, il neige dès septembre. J’ai toujours eu du mal à m’y faire. Je repartirais bien au Portugal, mais il faut travailler…» D’ailleurs, un client entre. Les affaires reprennent.

Fraudeur des temps modernes

Les journalistes prennent un peu de hauteur pour observer cette étrangeté posée sur les montagnes pyrénéennes. A côté de nous, les télésièges sont à l’arrêt. Pas encore de neige, mais ça ne saurait tarder sur cette frontière commerciale, et également de tous les trafics : à entendre les locaux, il n’est pas rare que certains fassent quotidiennement le voyage pour ensuite approvisionner une filière clandestine de cigarettes détaxées. Il n’y a pas que les clopes qui attirent les fraudeurs, apprendrons-nous le lendemain, au détour d’une rencontre. Vous nous pardonnerez de ne pas citer le lieu, mais on ne voudrait pas créer d’ennuis à notre quinquagénaire. Installé en Midi-Pyrénées, l’homme est passionné de motos d’Enduro. Un loisir coûteux, même s’il n’a pas de problèmes d’argent particuliers. “Un jour, un copain m’a parlé d’une combine“, glisse-t-il, installé sur sa terrasse. Une combine qui profite de toutes les failles de l’Europe et des frontières. Ses motos, il va les acheter en Andorre. Neuves, mais en les faisant passer en France comme des deux-roues d’occasion ce qui permet d’éviter les taxes.  Un manège a priori bien rôdé qui lui permet près de 3 000 euros sur l’achat d’une moto neuve, explique-t-il, sourire aux lèvres. « Il faut juste payer en liquide, passer la frontière, parfois partir vers l’Espagne, puis faire quelques fausses déclarations en France… Est-ce que l’administration n’y voit que du feu ? Ils savent. Mais ils n’ont pas de preuve… Et les commerçants andorrans sont complices : certains proposent d’office de faire de fausses factures » La combine ne s’arrête pas là, d’ailleurs, s’amuse encore notre homme : sa première moto, achetée 4 000 euros (mais officiellement 7 000) a été revendue pour 3 000 ; sa seconde qui venait d’être accidentée devait être remboursée par l’assurance à un prix supérieur de celui d’achat officieux ! Fraudeur des temps modernes…

Tous les reportages sont disponibles sur la page “Le long de nos frontières disparues”

Suivre les différentes étapes via la carte


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9 Commentaires

  1. Oui tout le monde connait le Pas de la Case, mais ce qui est dommage, c’est que bien peu savent que l’Andorre ne s’arrête pas au col d’Envalira, beaucoup pense que de l’autre côté c’est l’Espagne.
    Alors que de l’autre côté, il y a de belles vallées a voir, de beaux paysages, de magnifiques randonnées a faire, à pied ou même à cheval.
    Dire que l’Andorre se résume a traficoter au Pas de la Case est une histoire Française, Andorre est un pays, tout petit certes, mais avec une histoire, une culture, des gens, et pas juste des magasins, même s’ils sont très présents ici
    Oui j’habite aussi l’Andorre, mais dans une autre vallée, une vallée splendide, je ne suis pas venue ici pour trouver de la richesse monétaire, mais une bien plus grande richesse humaine, celle de l’amour.
    La vie n’y est pas plus facile qu’ailleurs, mais on s’y sent bien, et même s’il y a des problèmes comme partout ailleurs, le climat, la nature, les montagnes offrent chaque jour son lot de joie et de bonheur.
    Faudrait que les gens arrêtent de ne voir que le Pas de la Case, ils serraient charmés s’ils se donnaient la peine de passer de l’autre côté, le Pas, comme on dit ici, n’est que le “Las Végas” du pays, le reste est a découvrir absolument

  2. @Cassie : nous sommes tout à fait d’accord avec vous, Le Pas de la Case est une exception. Seulement, le principe de notre reportage est de suivre la frontière… Donc, le reste de l’Andorre ne nous concernait pas… cette fois-ci.

  3. Le pas de la case n’est pas du tout une exception. Le village fait parti de l’Andorre et il y a bien que tout ce que vous racontez dans cet article. Je ne sais pas qui vous avez rencontrez mais en tout cas ce ne sont pas les bonnes personnes! J’ai grandi au Pas de la case et je n’ai pas ressenti tout ce que vous racontez dans cet article. Avant d’écrire ce genre de bêtise vous devriez vous renseignez un peu plus

  4. @Mel. Vous n’avez pas forcément saisi notre démarche : encore une fois, c’est une étape dans un long road-trip le long des frontières disparues. Le Pas-de-la-Case est peut-être un peu plus que ça. Mais vous ne pouvez pas nier ce que nous décrivons dans l’article : des magasins, des magasins et des magasins. Et ensuite, ce sont nos impressions de journalistes.

  5. Je ne pense pas voir une critique neutre du pas de la case dans ce que vous dites dans l’article, j’habite au pas de la case et je suis d’accord sur les grands magasins et le tourisme de masse qui vient uniquement pour achter du tabac ou de l’alcool, mais si vous seriez venu en hivers, ce n’est pas que ça le pas de la case… La pas de la case c’est la facilité d’accés au domaine skiable le plus grand des pyrénees sans utiliser ni de voiture ni de bus… Avec une ambence incroyable en hivers autant pour les adultes que pour les familles…
    Quand j’ai lu votre article, j’ai tout simplement trouvé que vous aviez un probleme personnel avec le Pas car votre critique est purement négative dès le debut de l’article, vous ne parler d’aucunes choses postives. Peut etre auriez du vous rencontrer les bonnes personnes et vs auriez fait visiter les lacs des montagnes du pas de la case car certaines personnes, oui en effet, viennent pour faire de la randonnée au pas de la case… Peut etre que vous auriez du rester quelques joursmavant d’écrire votre article..

  6. @lolilop : nous n’avons aucun problème personnel avec le Pas de la Case. Juste un ressenti en passant sur une journée, le principe du reportage, encore une fois.

  7. cher Mr Montard,

    c’est vraiment dommage d’écrire un article sur le Pas de la Case aussi négatif !! Certes, c’est le ressenti sur une journée et je veux bien le comprendre; Je suis allé à Lille une journée et je peux vous dire que le ressenti sur la journée a été pourri. Mais j’y suis retourné une autre fois pour un séjour plus long et je suis reparti vraiment content…….C’est sûr que d’un point de vue extérieur, le Pas de la Case ressemble à un Eldorado commercial au milieu des montagnes……Mais d’une autre vue , Cassie à raison, l’Andorre ne se résume pas à ça. C’est un petit joyau niché au coeur des pyrénées, splendide, avec une histoire et une nature à vous coupé le souffle. Cassie je suis entièrement d’accord avec toi, moi aussi g grandi là bas, j’ai vécu les meilleurs moments de mon existence sur ces terres. Mr Montard, je vous conseille vivement d’aller passer au moins un week-end au Pas, et je suis sur que votre prochain article sera beaucoup plus positif……étant natif du Pas de la Case, je pourrai même être votre guide le temps d’un week-end, et je peux vous certifier que vous repartirez avec des étoiles plein les yeux…….à bon entendeur, salut……Seb

  8. @combernoux : Je vois que cet article sur le Pas de la Case et en particulier, son premier paragraphe, fait réagir. Encore une fois, je tiens à repréciser une chose :
    – Il s’agissait d’un reportage sur les frontières terrestres françaises : nous sommes partis de Bray-Dunes, dans le Nord, pour arriver à Hendaye. Sur ces milliers de kilomètres, nous avons vu des choses que nous avons trouvé belles, d’autres moins charmantes. L’idée n’était pas de faire du tourisme, mais à travers nos arrêts de comprendre comment on vivait sur une frontière. Vous nous direz, en une journée, difficile de se faire réellement une idée. C’est vrai, et c’est pour ça, que nous finalement passé deux jours autour de la frontière franco-andoranne – ce qui est encore trop peu pour obtenir une vérité, mais vous comprendrez qu’on ne pouvait pas passer non plus beaucoup plus de temps sur les lieux – . Mais au final, nous retenons le Pas de la Case dans cette sélection car :
    – C’est le seul passage routier France-Andorre, et celui que l’on peut identifier clairement comme une frontière.
    – Il est le plus symbolique de ce qu’est aussi la frontière aujourd’hui à nos yeux (et c’est pareil avec les autres pays, dans le Nord, où je vis, nous avons des rues de tabacs, bières, etc sans aucun charme non plus ) : des supermarchés à ciel ouvert.

    Derrière, il y a certainement plein d’autres choses, l’Andorre doit être très jolie, on ne dit pas le contraire. Mais encore une fois, ce n’était pas l’objet du reportage…

    PS : la prochaine fois que je passe au Pas de la Case de nouveau, je vous fais signe !

  9. Excellant !!!!! j’ai lu tous les reportages je suis des PO, bravo aux nordistes. J’adore la carbonnade flamande mais par chez nous c impossible de trouver !!!!!!!

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