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Un quinquennat à Saint-Omer : avec l’exposition “Une Renaissance”, la reconnaissance du musée Sandelin et de l’Audomarois ?

Un quinquennat à Denain et Saint-Omer Par | 10 juin 2013

PROJET QUINQUENNAT. Roulements de tambours… Le musée Sandelin de Saint-Omer accueille l’une des vingt expositions reconnues d’intérêt national en France en 2013. Le thème abordé dans cette exposition, l’art entre Flandres et Champagne dans les années 1150-1250, n’avait pas été  traité… depuis 1971 à New-York ! Rencontre avec Marie-Lys Marguerite, directrice des musées de Saint-Omer, dans le cadre de notre projet « quinquennat », pour connaître notamment ce que peut attendre un musée d’une expo d’importance… et vice-versa.

DailyNord : Une exposition d’intérêt national au musée Sandelin, c’est une première ?

Marie-Lys Marguerite : Oui, c’est la première fois que le musée Sandelin organise une exposition qui a le privilège d’être labellisée d’intérêt national par le Ministère de la culture. La dernière exposition d’envergure accueillie par le musée Sandelin remontait à 2007, avec Plaisirs d’Edo, collection d’estampes japonaises.

DailyNord : En 2007, ça fait presque six ans…

Marie-Lys Marguerite : Le dernier conservateur est parti en 2006. Depuis presque dix ans, le musée vivait sur ses acquis. Quand je suis arrivée au poste de conservatrice en 2011, le musée Sandelin souffrait de nombreux handicaps. Il n’y avait eu que peu d’actions de valorisations, l’équipe en place était assez restreinte… Il manquait au final des compétences pour mener une vraie politique de développement de projets.

Marie-Lys Marguerite, directrice des musées de Saint-Omer et l'une des commissaires du projet (crédit photo Baziz Chibane)

 

200 000 euros de budget… pour un budget annuel de 30 000 euros !

DailyNord : Qui a décidé de lancer cette exposition ?

Marie-Lys Marguerite : L’idée de cette exposition est née de la rencontre entre Marc Gil, maître de conférence en histoire de l’art à Lille 3, Christine Descatoire, conservatrice au Musée national du Moyen-Age, et les élus de Saint-Omer. Le musée de Cluny avait besoin qu’on lui prête certains chefs d’œuvres conservés au musée Sandelin, notamment le pied de croix de Saint-Bertin et la Croix de Clairmarais (qui sont exposés d’ailleurs en ce moment à Paris). Nous avons donc construit un partenariat scientifique avec eux.

Dès 2012, j’avais donc pour feuille de route de mener à bien cette exposition. Nous avons donc formalisé un partenariat avec le musée national du Moyen-Age à Paris mais également avec les services de la Ville, de la Communauté d’agglomération de Saint-Omer et de la communauté de communes de la Morinie. Nous avons ainsi monté un projet d’exposition avec beaucoup d’évènements. Nous avons créé une saison culturelle ponctuée de grands rendez-vous avec des conférences, des visites découvertes, des ateliers jeune public… Cela a demandé un montage très complexe. Nous étions une vingtaine à travailler sur ce projet.

L'exposition a été organisée en partenariat avec le musée de Cluny, musée national du moyen-âge. (crédit photo Baziz Chibane)

DailyNord : Se lancer un tel défi est donc également une volonté politique…

Marie-Lys Marguerite : Cet évènement n’aurait pas pu être réalisé sans le soutien indéfectible des politiques locaux. Et sans l’aide financière de la DRAC (Direction des affaires culturelles), de l’Etat et de la Région. Cette exposition et l’ensemble des évènements organisés autour a nécessité près de 200 000 euros de budget. Alors que notre budget annuel est de 30 000 euros…

Pour être labellisé, il faut demander

DailyNord : Comment réussit-on à être labellisé d’intérêt national ?

Marie-Lys Marguerite : C’est le résultat d’un parcours très complexe, mêlant de nombreux acteurs. Les demandes de labellisation sont à l’initiative des musées. C’est presque un coup de poker puisque seules vingt expositions sont reconnues d’intérêt national en France chaque année. Sur la région Nord-Pas-de-Calais, sept candidatures ont été déposées. D’habitude, les expositions reconnues sont très souvent portées par des musées d’envergure. Mais pour cette exposition baptisée « Une Renaissance », la qualité et l’audace de notre proposition ont certainement fait la différence. Il faut dire que le propos n’avait pas été traité depuis longtemps. Nous avons aussi beaucoup insisté sur les innovations en matière de médiation, sur le développement d’une saison culturelle complète autour de cette exposition et sur la qualité scientifique du projet.

DailyNord : Y a-t-il des objectifs de fréquentation ?

Marie-Lys Marguerite : Le maire de Saint-Omer souhaiterait que cette exposition accueille 10 000 visiteurs. Ce qui équivaudrait à une superbe performance, dans une région où les propositions sont nombreuses. Cela reviendrait en fait à doubler notre fréquentation annuelle !

Nous possédons l’une des plus belles collections d’art médiéval du Nord-Pas-de-Calais, avec une grande collection de céramiques. Mais cette collection n’est pas forcément très simple à comprendre… Nous avons donc développé de nouveaux outils, et notamment via des tablettes pour les groupes, les individuels et les scolaires. Nous nous sommes lancés dans de nouvelles actions de médiation, notamment à destination des grands adolescents et des jeunes adultes, avec des nocturnes le vendredi soir, autour de la thématique du médiéval. Nous voulons intéresser les publics régionaux mais nous aimerions aussi attirer un public parisien.

“L’Etat prend conscience que le territoire audomarois est en train de bouger”

DailyNord : En quoi le territoire de Saint-Omer joue-t-il un rôle central dans cette exposition ?

Marie-Lys Marguerite :Dans les années 1200,  les abbayes du territoire étaient très prolifiques, et notamment l’abbaye de Saint-Bertin, commanditaire et productrice de nombreux manuscrits et d’objets d’orfèvrerie très travaillés. Saint-Omer était même l’une des grandes cités drapières qui rayonnait culturellement sur toute l’Europe du Nord.

DailyNord : Qu’est-ce que l’exposition apporte au territoire finalement ?

Marie-Lys Marguerite :Elle met en valeur un territoire et sa population à travers son histoire. D’autant plus que certaines pièces sont bien connues des habitants, à travers les rites religieux, sans qu’ils aient pleinement conscience de la valeur historique et artistique de ces objets. Mais au delà de l’aspect artistique, l’exposition nous permet de bénéficier d’une meilleure visibilité auprès de l’Etat et du musée de Cluny, spécialisé sur les questions du Moyen-Age. Nous avons par exemple accueilli des conservateurs français pour une journée de formation début juins, ce qui n’est pas anodin. L’Etat prend conscience que le territoire audomarois est en train de bouger.

Avec le recul, le montage de cette opération a également été formateur pour les équipes du musée, qui ont une moyenne d’âge de 35 ans. Nous avons ainsi affirmé de vraies compétences. Nous avons profité de ce travail sur l’exposition pour nous restructurer et nous donner des objectifs, notamment avec la volonté de se ré-ancrer dans le tissu local et régional. Pour nous, la réussite de cet événement sera marquante pour orienter les futures nouvelles actions. Et notamment dans notre souhait de toucher de nouveaux publics. Si nous réussissons, cela signifierait que nous avons réussi à repousser nos propres limites.

Une renaissance, l’art entre Flandres et Champagne, 1150-1250. Jusqu’au 30 juin, au Musée Sandelin, 14 rue Carnot à Saint-Omer. 03 21 38 00 94. Plus d’infos sur le site internet  La croisée des arts

Retrouvez la page d’accueil du Projet Quinquennat.

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