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Quelques anecdotes que l’on ne sait pas – ou peu – sur Pierre Mauroy

Petite histoire Par | 13 juin 2013

ANECDOTES. Bon, vous en avez vu et lu beaucoup de choses sur Pierre Mauroy cette semaine chez nos confrères (et même chez nous). Dernière salve sur votre pure player préféré alors que l’ancien maire de Lille sera inhumé tout à l’heure, après une cérémonie à Notre-Dame-de-la-Treille. Avec quelques petites anecdotes que vous ne savez pas. Ou peu. 

Pierre Mauroy sera inhumé ce jeudi. Photo : Baziz Chibane.

Matignon : il l’avait prévu 10 ans avant !

C’était en 1971. Le congrès d’Epinay venait à peine de refermer ses portes. Pierre Mauroy avait apporté les voix de la Fédération du Nord à un certain François Mitterrand qui aurait bien voulu déléguer au futur maire de Lille le sceptre tant convoité. Oui, mais voilà, le pape Augustin Laurent, maire de Lille de l’époque et monument du socialisme d’après-guerre avait, en échange des précieux mandats, fait jurer à Pierre Mauroy de ne pas prendre le parti socialiste, alors tout frais émoulu et qui, rappelons-le ne pesait pas grand-chose à l’époque (“Entre les communistes et nous il n’y a rien“, se gaussait un Pompidou). Ce que l’on sait moins c’est que Pierre Mauroy songeait déjà à …Matignon. ” Il faudra dix ans. Vous verrez, François Mitterrand sera président de la république et je serai son premier ministre…”, avait-il confié à un journaliste, l’encre du congrès d’Epinay à peine sèche. Le propos n’avait pas été couché pour l’éternité mais il reçut pour toujours l’hommage de la réalité. Etonnante prescience de celui qui deviendra le géant du Nord.

Un premier mandat loin du Nord – Pas-de-Calais

Le premier mandat politique de Pierre Mauroy n’est pas Lille ni même le Cateau,…Mais Cachan en région parisienne. En 1965. Vers la fin des années 50, Pierre Mauroy, certes engagé à la SFIO, est aussi et surtout le numéro un du syndicat national de l’enseignement technique et de l’apprentissage autonome, une responsabilité qu’il prend à coeur. Avec en ligne de mire la toute-puissante FEN, la fédération nationale de l’éducation nationale, comme le lui propose un certain Denis Forestier, son homologue du  syndicat des instituteurs. Eh oui, le monde syndical a probablement loupé un grand leader…Et si…et si…on referait l’histoire évidemment. Mais le futur conseiller municipal de Cachan a hésité.

En 1967, Camarade Mauroy s’est sacrifié pour le PC

Avec le PC, Mauroy a toujours su arrondir les angles. La lune de miel date de 1967. Au crépuscule du règne gaulliste (mais on ne le savait pas encore), le camp de la gauche se cherche. Mitterrand* qui n’est pas encore à la tête des socialistes et Mauroy savent que le renouveau est au prix d’une alliance avec les frères ennemis communistes. Pierre Mauroy, pour qui Lille est encore loin de ses ambitions, tente la martingale quelque part sur les plaines catésiennes en cette fin d’hiver 1967. Arrivé au terme du premier tour des législatives avec 371 voix de retard sur le candidat communiste, le PC annonce se désister en sa faveur. Mauroy a un boulevard devant lui et le Palais-Bourbon lui tend les bras. Pardi, il est numéro deux de la SFIO et la place du Colonel-Fabien ne voit pas d’un mauvais oeil la perspective de faire la nique à Guy Mollet en lui faisant la courte échelle. Mais, sur une circonscription voisine, un certain Georges Donnez, maire socialiste de Saint-Amand les-Eaux et anticommuniste patenté, lui aussi arrivé en seconde position derrière  – horresco referens – un Rouge ! ne boit pas de cette eau-là et se maintient.  Il fallait sauver le pacte socialo-communiste et c’est Pierre Mauroy qui se sacrifiera sur l’autel de l’union avant l’heure. ” Camarade Mauroy, jamais le parti communiste n’oubliera ce que tu as fait”, s’époumonera un Waldeck Rochet, le numéro un du PC.

* Qui, certes, n’était pas “socialiste”. Mais “Cent hommes décidés et nous prenons le parti”, selon la légende mitterrandienne. En tout cas, Pierre Mauroy n’a pas été battu mais s’est bien retiré. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Mauroy et le sport, une histoire d’évitements

Lu “Le Géant du Nord”, l’hagiographie que La Voix du Nord a consacré à l’ancien maire de Lille pendant 28 ans. Ce qui est frappant : aucune allusion, ni par le texte, ni par l’image, à ce qui touche au sport, ses vedettes et ses gloires. Excepté le contesté Grand Stade, son dernier grand-oeuvre, mais c’est un équipement. Les mauvaises langues chuchotent que si le naming du Grand Stade n’aboutit pas, on pourra toujours le baptiser du nom de l’enfant de Cartignies devenu si grand à Lille. Gigantesque. Pierre Mauroy n’a jamais été un grand fan de sport, ballon rond ou autre. Il a toujours délégué les affaires sportives de sa ville à ses adjoints (Paul Besson, Bernard Roman,…) qui, eux aussi, ont eu toutes les peines du monde à se frayer un chemin dans la jungle du foot-business. “J’en ai fait des chèques pour le LOSC“, m’avait-il confié un jour de lassitude, alors qu’on cherchait à agrandir Grimonprez-Jooris, l’enceinte intra-muros de la ville. Osons le rapprochement avec un Gérard Mulliez, autre géant du Nord, qui tordait le nez quand on lui suggérait de sponsoriser une équipe de foot ou une autre*. “Il faut marquer des buts“, répondaient-ils tous deux en un choeur insolite. Comme si la glorieuse incertitude du sport ne pouvait s’accommoder du calcul politique ou de la rigueur des affaires.

On se souvient aussi de cette journée estivale au stadium de Villeneuve d’Ascq, quand il a annoncé la candidature de “sa” Lille aux Jeux Olympiques de 2004. Une des rares fois où il pénétra dans une enceinte sportive. Il est vrai qu’il soutint à fond le projet, suscité et animé par le monde économique (Bruno Bonduelle en particulier), après avoir surmonté sa tiédeur naturelle vis à vis de la chose sportive.

* On lira avec intérêt l’éditorial de Jean-Claude Branquart dans Autrement Dit et dans lequel il déplore l’indifférence actuelle du monde économique régional pour le rugby en particulier et le sport en général. (Exceptions notables : La Redoute, Castorama et Cofidis pour le cyclisme, Bonduelle et Damart pour la voile et les sports extrêmes).

A l’origine du Club Med ?

Dans son jeune temps, Pierre Mauroy fut le créateur et premier patron de la fédération Léo-Lagrange, dont il fera un des plus importants mouvements d’éducation populaire en France. La petite histoire* raconte qu’il se vit obligé, un jour, de se séparer d’un employé tripoteur et chipeur de fichiers. Un certain Gilbert Trigano qui s’en ira tout simplement créer le Club Méditerranée.

* Racontée par Guy Durieux dans Chauds les Beffrois, p. 144 (Ed. Publi Nord- 1988).

Pierre Mauroy, cet humoriste

Vers la fin des années 80, une vilaine dent creuse défigurait le début de la rue Gambetta, artère très commerçante de Lille. Pétitions, protestations et jérémiades des associations commerçantes qui réclament à cor et à cri la réduction du laideron urbain. Le dossier se débloque enfin. La municipalité organise une rencontre publique sur le site du chantier, pour rabibocher tout ce petit monde. “Cette histoire, c’était le mur des lamentations…“, lança le premier magistrat lillois qui ne pouvait ignorer que beaucoup de commerçants en question étaient juifs… En tout bien tout honneur, reconnaissons un certain sens de l’humour à Pierre Mauroy.

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Souvenirs des premières rencontres avec Pierre Mauroy

La première fois que j’ai rencontré Pierre Mauroy, je devais avoir 18 ou 19 ans. Vers 1975 ou 1976. A l’époque, je le confondais avec André Maurois. L’année suivante, on découvrira que son challenger aux municipales, un certain Norbert Segard, était “un vrai Lillois”, comme le proclamaient ses affiches, par opposition à ce “parachuté” du Cateau-Cambrésis. La scène primitive s’est déroulé quelque part à Lille – je ne me souviens plus où – à l’occasion d’une remise de diplômes aux habitants du Vieux-Lille qui avaient rénové leur façade dans le cadre du périmètre sauvegardé destiné à restaurer la vieille ville qui en avait bien besoin. Le maire de Lille avait arraché à l’Etat le précieux classement et les budgets qui vont avec. Du côté de la famille de mon père, on avait participé avec enthousiasme au grand-oeuvre et la bicoque familiale avait retrouvé quelque lustre. Monsieur le maire serrera la paluche d’un tout jeune électeur parmi bien d’autres. Tous deux ne se doutaient pas…

Puissance du pouvoir

Je le rencontrais quelques années à peine plus tard, jeune journaliste, à l’occasion d’une grand-messe institutionnelle au Palais des Congrès de Lille. Disons fin 1983 ou début 1984. Christian Derveloy, à la tête de la Lainière de Roubaix, venait juste d’expliquer devant un parterre attentif comment il avait supprimé des centaines d’emplois pour maintenir le groupe lainier à flot. A peine avoué le crime, le Premier ministre Mauroy fait son entrée (il était naturellement annoncé et prit la parole), entouré de son cabinet et de ses collaborateurs.Les préfets Jean-Claude Fonta et Thierry Lataste, le directeur Delebarre, les adjoints Roman et Cacheux, et plein d’autres que je ne connaissais pas encore : peut-être vingt-cinq personnes. Le patron fabricide se tut. Silence de plomb. La noria s’imposa dans une ambiance de sépulture. Trente, quarante secondes, peut-être plus…On entendait les chaussures crisser à mesure que l’auguste sillage ondulait. Puis, une fois installé au premier rang, Pierre Mauroy, en maître de cérémonie, eut un imperceptible geste de la main. Derveloy reprit son discours là où Mauroy l’avait interrompu. Je me dis que les Rois aussi devaient savoir suspendre le temps.

M.P.

Le Petit Théâtre de Pierre Mauroy, publié en 2007, est toujours disponible à la vente sur le site des Lumières de Lille.

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1 Commentaire

  1. Il me semble , tout en étant respectueux de l ‘homme Mauroy que les louanges sont un peu trop poussés . Il fut le premier ministre d ‘un Mitterrand dont-on sait le personnage qu ‘il fut , et les couleuvres qu ‘il dut certainement avaler par celui-ci malgrés toute l ‘honnétetée que Mauroy pouvait avoir . Souvenons nous du racket URBA – GRACCO sous la présidence Mitterrand ou les sociétés voulant des marchés dans les villes socialistes ” crachées ” au bassinnet , et cela durant les 2 septennats Mitterrandien . D’ailleurs un procés eut lieu a leurs sujets qui n ‘accoucha que des condamnations aux lampistes de services , et encore ce jour de fracassants procés de villes corrompues par leurs élus rose bonbon . Maintenant je n ‘associe pas monsieur Mauroy a toutes ces turpitudes , bien qu ‘avec toutes les responsabilitées et hautes fonctions qui furent les siennes , il ne fut pas sans en avoir de petits échos , ou alors !

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