Le Petit Dico Décalé du Nord – Pas-de-Calais : estaminet

Les beaux jours reviennent, les longs week-ends avec. L’occasion idéale d’aller passer un midi ou une soirée dans ce que la France entière nous envie : les estaminets. C’est le Petit Dico décalé de la semaine.

Ambiance dans un estaminet. C'est pas à Paris qu'on verrait ça, hein ? Photo : Stéphane Dubromel.

Nom masculin, employé principalement dans le Nord de la France et en Belgique, ce qui justifie son intégration dans ce dictionnaire.

Prononcez devant un Parisien le mot “estaminet”, il risque de vous regarder avec de gros yeux, car il n’a jamais entendu parler d’un tel établissement. Pourtant, il en a plein chez lui : car un estaminet, pour résumer grossièrement, c’est un bar-restaurant. Quelques différences sont néanmoins fondamentales avec les gargotes de la capitale : ici, les serveurs disent bonjour ; ici, on en a régulièrement pour son argent ; ici, on sert de la vraie bière ; ici, il n’y pas de Parisiens autour.

Diététique garantie

Bref, un estaminet, c’est donc une forme d’auberge nordiste, à la décoration traditionnelle, dont une grande partie sont situées dans les Flandres. Si en général, on y sert une nourriture plutôt pas mauvaise, les plats font pâlir les diététiciens. En effet, les mets phares sont la carbonnade flamande, accompagnée de frites ou le potjevleesch, lui aussi accompagné de frites. Vous pouvez également opter pour les planches de charcuteries et de fromage… accompagnées de frites. Là-dessus, les clients d’estaminets, tout en délicatesse, rajoutent plusieurs verres de la boisson régionale, la bière.

Un peu d’histoire pour se cultiver : il fut un temps où les estaminets étaient bien plus nombreux dans nos campagnes. A cette époque (du XVIIème siècle au milieu du XXème siècle, voir également les précisions dans les commentaires),  fumer et boire n’étaient pas encore des crimes. Les habitants des alentours s’y retrouvaient pour prendre un verre (ou plusieurs) après le boulot, s’en servait de lieu de rendez-vous pour les sociétés locales, voire pour sceller les histoires de contrebandes quand l’estaminet était frontalier (relire René Kinoo, véritable fraudeur d’après-guerre). Au fil des années, malheureusement, ces lieux de convivialité s’étaient raréfiés, avant une inversion de la tendance dans les années 80-90.

Quelques entrepreneurs malins ont en effet retapé de vieilles bâtisses, en surfant sur la nostalgie d’antan. Une excellente idée car un bon estaminet ne coûte pas cher. Pour le décorer et séduire le chaland, il suffit de fouiller dans le grenier de grand-maman à la recherche d’objets qu’elle avait remisé au placard (si en plus, ledit objet est légèrement abîmé, c’est encore mieux) ; d’aller couper du houblon chez le voisin pour l’accrocher aux poutres ; de brancher Deezer sur de la musique traditionnelle flamande. Le tout trois jours par semaine, car généralement, les propriétaires d’estaminets sont assez fainéants. La recette d’un bon estaminet passe aussi par le choix du nom : préférez le patronyme à consonance flamande. Au moment de les arnaquer sur l’addition, ça vous fera une histoire à raconter aux clients lillois découvrant que l’on ne mange pas que des enfants à la campagne.

Où sont les femmes ?

Bonus du Petit Dico Décalé : d’où vient le nom « Estaminet » ? La provenance semble perdue au fond d’une chope. On parle d’une origine wallonne qui signifierait « salle à piliers». Mais également d’une origine flamande, « Stamm», qui veut dire famille. L’espagnol n’est pas oublié : avec « Esta un minuto», un lieu où l’on passe boire un verre rapidement, ou « Esta Minettas», qui signifie « Est-ce qu’il y a des filles ?» (plus d’infos ici). On vous laisse choisir.

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord – Pas-de-Calais

2 Commentaires

  1. Estaminet
    Dans votre chapitre « Un peu d’histoire pour se cultiver » vous notez que « il fut un temps où les estaminets étaient bien plus nombreux dans nos campagnes » ce qui est tout à fait vrai. Vous poursuivez par : « C’était au début du vingtième siècle. » Comme vous indiquez plus haut dans votre article que si on prononce « le mot “estaminet” au Parisien, il risque de vous regarder avec de gros yeux, car il n’a jamais entendu parler d’un tel établissement. » et que le titre d’un de vos paragraphes est « Un peu d’histoire pour se cultiver », cultivons nous donc.
    L’estaminet date bien avant le début du XXe siècle contrairement à ce que pourriez le laisser croire aux « Parisiens ».

    Définitions
    Tout d’abord, il faut distinguer deux sens à estaminet :
    1. XVIIe s. « café où l’on fume » (Archiconfrérie des ratiers dans DG);
    2. 1909 « petit café populaire » (Larousse pour tous).

    Dans le sens 1er, le Dictionnaire de Trévoux note déjà cette définition en 1771: « On donne le nom d’estaminet à l’assemblée de buveurs et de fumeurs, et au lieu où elle se tient. En Flandres les plus gros marchands vont à l’estaminet (…) On appelle autrement ces sortes de lieux tabagies. » Vingt après, le Dictionnaire de l’Académie françoise de 1792 donne : « Assemblée de buveurs & fumeurs. Le lieu où elle se tient porte aussi le même nom. Cet usage qui vient des Pays-Bas, s’est établi à Paris sous le nom de Tabagie.
    Le Grand Robert précise : Cabaret où l’on buvait et fumait (d’abord en parlant de la Flandre, puis de l’Allemagne, de la Hollande…) ; assemblée qui s’y tenait. (De 1830 environ à 1870). En France, notamment à Paris, Café ou brasserie où l’on pouvait fumer la pipe (les cafés où l’on fumait le cigare, la cigarette, se nommaient divans).

    Dans le second sens, le Grand Robert le définit comme « Régional et vieilli. Petit café populaire, dans le Nord de la France, en Belgique. » Pour Robert, le mot n’y est plus usuel au contraire du CNRTL ».

    Étymologie et historique
    Emprunté au wallon staminê, èstaminê, de même sens (Jean Haust), attesté dès le XVIIe s. sous la forme staminai « id. » (Les Dialectes belgo-romans, t. 10, p. 78), probablement dérivé du wallon stamon « poteau auquel la vache est liée près de sa mangeoire », cf. le wallon staminée « mangeoire » (1624 dans FEW t. 17, p. 213a, 1506 dans B. de la Commission royale de toponymie et dialectologie t. 37, 1963, p. 293); dans cette hypothèse, l’estaminet aurait d’abord été une salle avec plusieurs poteaux (Bl.-W.1-5). CNRTL
    Dans leur Dictionnaire étymologique de la langue française, Oscar BLOCH et W. Von WARTBURG, P.U.F. (1975) notent : 13e. Emprunté par l’intermédiaire du picard, du wallon staminê, DÉRIVÉ de stamon « poteau qui se dresse à côté de l’auge de l’étable », emprunté d’une forme germanique. correspondant à l’all. Stamm, « tronc, tige » ; l’estaminet, d’abord, « salle réservée aux habitués ou aux sociétés », aurait été d’abord « une salle à un ou plusieurs stamons ».
    Juste dans son principe, l’interprétation de Dictionnaire étymologique de la langue française, Oscar BLOCH et W. Von WARTBURG, P.U.F., 1975 mérite quelque précision.
    Ce à quoi, Pierre Guiraud, dans son Dictionnaire des étymologies obscures, Grande Bibliothèque Payot, Paris, éd. 1994, donne sa propre hypothèse : Selon F.E.W. XVII, 213 Stamm « poteau », la staminée est, en wallon « l’espace (compris entre deux poteaux) qui sépare deux vaches à l’étable » ; d’où, toujours en wallon, staminai « mauvais cabaret » (1677). Mais ce dernier, moins en raison d’hypothétiques « poteaux », que du fait que les caboulots et les bordels (qui sont souvent une seule et même chose) tirent leur nom de bâtiments rustiques, obscurs et sales, tels que « grange », « bergerie », « écurie », etc.

    En conclusion
    L’estaminet date d’une époque bien antérieure au début du XXe siècle et son lieu de naissance et de développement n’est pas circonscrit aux Flandres (française et belge) mais bien au « Nord », Wallonie comprise.

    Note : CNRTL = Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.
    Jacques LOUIS

  2. Merci pour vos précisions. Concernant la date de naissance des estaminets, vous avez raison, notre phrase est mal tournée : nous ne voulions pas dire qu’ils étaient nés au début du XXème siècle, mais qu’ils étaient bien plus nombreux à ce moment-là. On va corriger cette phrase. Pour votre conclusion, oui, au début du texte, nous précisons bien qu’il s’agit de Nord de France et de Belgique. Merci pour vos détails d’étymologie.

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