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Le long de nos frontières disparues (8/20) : au tripoint de Bâle, place aux retraités des trois frontières

Réalités Par | 02 mai 2013

Belgique, Luxembourg, Allemagne et Suisse ! Quatrième pays de notre périple le long de la France des extrêmes, sur les frontières. Arrêt cette fois-ci à un tripoint, l’endroit où se croisent trois frontières, du côté de Bâle : Allemagne, Suisse et France. Ici, un banc public a été privatisé en banc des retraités. Avec vos impôts.

Sur le pont principal de Bâle. Tags et brouhaha des voitures. Photo : Stéphane Dubromel.

Evénement ! Enfin, un poste de douanes occupé par des douaniers ! … qui regardent les véhicules, dont le nôtre, passer. Logique finalement :  en ce jeudi 24 mai 2011, nous pénétrons dans Bâle, la troisième ville de Suisse, qui est l’une des trois frontières terrestres françaises (avec Monaco et Andorre) à ne pas faire partie de l’Union Européenne. Cela veut-il pour autant dire que la frontière est difficile à franchir ? De moins en moins. Ces dix dernières années, conscients qu’ils ne pouvaient pas être enclavés ainsi dans l’Europe, les Helvètes ont adouci les contrôles aux frontières. D’ailleurs, tout le long de la ligne de démarcation entre les deux pays, sur 520 kilomètres, nous n’aurons qu’une seule fois à répondre aux douaniers de notre destination. Sans même ouvrir le coffre. En attendant les frissons des contrôles, restons à Bâle, une ville qui nous fait drôle d’impression. Après des kilomètres de verdure et de calme, ici, la frontière se fait urbaine, industrielle et bruyante. 830 000 personnes vivent là, nous expliquera-t-on un peu plus tard. L’un des ponts les plus fréquentés de la ville est le poste d’observation idéal. Tout autour, le long du Rhin, on aperçoit les chantiers qui parsèment l’agglomération transfrontalière, ainsi que les immeubles de bureaux. Des passants pressent le pas pour franchir le Rhin, tandis que d’autres, peu effrayés par le brouhaha, en profitent pour laisser divaguer leurs pensées, accoudés à la rambarde du pont. Au centre, derrière eux, les véhicules n’arrêtent pas de passer, indifférents aux tags d’extrême-gauche fustigeant les accords bancaires. En contrebas, au bord du fleuve, on trouve des terrains de sports : des footballeurs du midi s’affrontent, des enfants courent, des hommes d’affaires quittent leurs bureaux. Les conversations se font dans toutes les langues : Français, Allemand, Anglais. Sous le soleil de Bâle ou Basel (en allemand), on se sent réellement sur une frontière.

Gilbert Eck, retraité des Trois Frontières

Gilbert Eck au pied de la Passerelle des Trois Pays. Vivre sur la frontière, pour celui qui vient de Mulhouse, a toujours été une richesse. Photo : Stéphane Dubromel.

A 14h, saut de puce pour retourner en Allemagne : nous empruntons une passerelle depuis Weil am Rhein, déjà repérée le matin. Il s’agit de celle des Trois Pays, qui donne sur le tripoint entre la France, l’Allemagne et la Suisse. Gardée uniquement par deux SDF qui font la manche d’un côté et de l’autre, elle permet de passer d’Allemagne à la France à pied. Le matin-même, nous nous étions arrêtés côté français, à Huningue. Pour une drôle de découverte, un banc surmonté d’un petit panneau Place des Retraités, occupé… par des retraités. Mais à ce moment-là, à 11h30, les locataires des lieux n’avaient pas le temps de discuter avec les journalistes. Ils devaient aller manger en Allemagne, de l’autre côté. Rendez-vous avait été pris pour l’après-midi.

Pas de chance, cependant. En ce début d’après-midi, il pluviote sur les trois frontières. Du coup, le groupe n’est pas encore revenu. Gilbert Eck et son accent alsacien sont tout de même présents. Il espère bien que ses collègues vont se joindre à la fête, mais n’y croit pas trop. Les vieux et la pluie, ça fait deux, nous fait-il comprendre fataliste. La météo, le seul élément qui peut d’ailleurs perturber la drôle de routine qui s’est installée ici. « On se retrouve ici tous les jours, sauf les week-ends et on discute. En alsacien d’ailleurs, c’est pour ça que j’ai parfois du mal à trouver mes mots avec vous ! Avant, on s’asseyait directement au bord du fleuve. Puis, un copain qui travaille à la mairie, nous a fait installer un banc. A la réflexion, on aurait dû le demander en cuir ! »

Gilbert Eck, 65 ans, est l’exemple même du frontalier. Il vit à Saint-Louis, à quelques kilomètres de là. Pendant des années, il a travaillé comme chef de production de l’autre côté de la frontière, en Suisse, chez le géant Novartis. 80 000 personnes bossaient dans la chimie-pharmacie où les salaires étaient bien meilleurs qu’en France. «Même si on bossait 55h au lieu de 45.» Ceci explique le développement de la région. Lui est venu à l’époque de Mulhouse, quand il n’y avait pas d’autoroute : il bossait alors dans une usine de potassium, qui a fermé, un copain lui a parlé de l’eldorado économique des Trois Frontières. Gilbert est venu, a testé et est resté. Le regard posé sur la passerelle et le ballet des bateaux des différentes polices nationales,  il reconnaît que vivre ici, sur les trois frontières, est une sacrée richesse : « Quand vous vous levez le matin, vous pouvez aller en Suisse, en Allemagne ou en France. Dans ma boîte à lettres, je reçois des prospectus des trois pays. J’ai juste à choisir. » Alors, bien sûr, Gilbert est français avant tout, mais il considère toute la région comme son terrain de jeu. « C’est naturel pour nous d’aller manger en Allemagne le midi. En fait, je ne me pose jamais la question.»

Tous les reportages sont disponibles sur la page “Le long de nos frontières disparues”

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