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Le long de nos frontières disparues (11/20) : dans le Tunnel du Mont-Blanc, l’exemple transfrontalier

Réalités Par | 23 mai 2013

REPORTAGE. Road-movie sur le long de nos frontières disparues, onzième round. Pour une nouvelle ligne de démarcation, celle qui sépare la France de l’Italie. Une frontière bien différente cette fois-ci. Ici, la montagne est reine et abrupte. La porte d’entrée  se passe pourtant sous terre : au Tunnel du Mont-Blanc. Certainement l’un des meilleurs exemples de coopération transfrontalière aujourd’hui. Même s’il a fallu trente-neuf morts pour y parvenir.

Des rives de Saint-Gingolph, aux sommets du Mont-Blanc, côté italien où attendent de passer en groupe les camions. Photo : Stéphane Dubromel.

La frontière suisse nous avait donné un avant-goût de la montagne avec le Massif du Jura. Pourtant, au moment de quitter Saint-Gingolph, commune franco-suisse au bord du paisible Léman, avouons-le d’office : nous ne nous attendions pas à un tel changement de rythme dans le périple frontalier, ni même à cette drôle d’impression de confinement alors que s’offrent pourtant de grands espaces naturels. Dans les Alpes, sur la frontière franco-italienne, le road movie devient une autre affaire… de haute montagne. Sur le compteur de la voiture, la moyenne kilométrique horaire dégringole. Rarement plus de quarante à l’heure quand on aborde les cols. Il faut faire des tours et des détours, emprunter des virages et des virages, épuiser des litres et des litres de gazole, attendre des heures et des heures pour atteindre des points frontaliers pourtant distants parfois de seulement 30 kilomètres à vol d’oiseau. La magie de la haute montagne… quand en plus, on ne se retrouve pas bloqué par la neige, fermant ainsi toute possibilité de passage.

Du 24 mars 1999 à la coopération transfrontalière

Derrière des dizaines d'écrans, les opérateurs veillent à la sureté. Au bout du tunnel s'ouvre la vallée d'Aoste et Courmayeur. Photo : Stéphane Dubromel.

L’hiver, aujourd’hui, il reste cependant une possibilité pour passer d’un côté à l’autre : les quelques tunnels qui parsèment les Alpes. L’un des plus connus d’entre-eux ? Certainement celui du Mont-Blanc, qui relie les vallées de Chamonix et de Courmayeur. Les raisons de sa célébrité tiennent autant à son gabarit qu’au drame qui s’y est déroulé le 24 mars 1999. Dans la matinée, un camion belge prend feu et s’arrête à l’intérieur du tunnel. Un violent incendie s’ensuit, prenant au piège une trentaine de véhicules. Les flammes et la fumée séviront à l’intérieur de l’édifice pendant 53h. Trente-neuf personnes y périrent. Un procès établira plus tard que toutes les mesures de sécurités n’avaient pas été respectées.

En 2012, rien n’est complètement oublié. Un peu avant le dernier virage qui mène à l’entrée du tunnel, fermé trois ans après l’incendie et réouvert depuis, un monument  rappelle la tragédie. Au niveau du Tunnel même, les responsables communication ont compris qu’ils n’avaient pas intérêt à éluder le sujet. Et surtout en profiter pour raconter ce qui a changé. « Depuis 2001, et la réouverture, c’est un Groupement d’intérêt économique franco-italien qui gère l’ensemble du Tunnel“, explique Sandra Ziggiotto, qui a décidé de nous faire visiter de fond en comble les lieux. Comprenez que pour prévenir tout dysfonctionnement, désormais, la direction des 195 salariés, le plus gros employeur du secteur, est commune. Chacun travaille main dans la main. Même s’il reste encore quelques particularités inhérentes à l’Europe non-harmonisée. Les Français travaillent trente-cinq heures, les Italiens quarante ; le système fiscal est différent. Il y a, aussi, encore et toujours, ces différences de mentalités qui font parfois sourire. Quand elle a commencé à travailler dans le GIE, les Français trouvaient Sandra froide car elle ne faisait pas la bise, ni ne serrait la main. « On ne la fait pas en Italie ! » Pour autant, Sandra ne fait pas de différence : à l’instar du Tunnel, où l’on dit plate-forme sud et plate-forme nord plutôt qu’Italie ou France, elle se sent valtonne avant tout.

“C’est sûr comme la percée du Mont-Blanc !”

Sandra Ziggiotto, chargée de la communication, a emmené DailyNord dans les bas-fonds du tunnel. A droite, le tunnel de sauvetage qui serpente sous la route. Sont indiqués l'Italie, et la France. Tout est traduit en 3 langues.

En ce jour de Pentecôte, ce sont les Italiens qui sont au charbon sur 2 000 mètres de roche. Les Français ont le droit à leur jour férié. On emprunte le Tunnel à plusieurs reprises avec Sandra Ziggioto, qui nous montre les différents systèmes de sécurité, la régulation des camions, qui ne peuvent plus aujourd’hui se croiser. L’édifice, situé aux deux tiers sur le territoire français à la frontière marquée par des drapeaux presqu’effacés,  reste impressionnant : avec 11,6 kilomètres de long, il a longtemps été le plus long tunnel routier du monde et a contribué à rapprocher les deux vallées. Avant, il fallait faire un long détour par le col du Petit Saint-Bernard (voir le reportage de la semaine prochaine) durant les beaux jours et se déplacer à pied l’hiver, avec le risque des avalanches. “Les échanges ont toujours existé, confie Giuseppe Giobellina, qui nous accompagne dans cette visite. Aujourd’hui, ce qui change, c’est que tout va beaucoup plus vite : en quinze minutes, vous êtes de l’autre côté.” Nos aïeux, d’ailleurs, n’y croyaient pas. L’une des expressions à la mode, dans la Vallée de Courmayeur,  disait au siècle dernier, “c’est sûr comme la percée du Mont Blanc !

Tous les reportages sont disponibles sur la page “Le long de nos frontières disparues”

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