Réflexions Par | 07H25 | 27 mai 2013

Gérard Dalongeville, ex-maire PS d’Hénin-Beaumont : « je n’ai été qu’un acteur »

INTERVIEW. Après quatre ans d’instruction, s’ouvre ce lundi à Béthune le procès de la gestion politico-financière d’Hénin-Beaumont. Entre détournements de fonds publics (voire même extorsion) et favoritisme, Gérard Dalongeville, ancien maire d’Hénin-Beaumont, sera en première ligne sur le banc des accusés, avec vingt autres prévenus, élus et chefs d’entreprises principalement. Entretien avec un homme qui ne se dit qu'”acteur” d’un système. 

Le procès de Gérard Dalongeville débute ce lundi. L'occasion pour lui de se défendre "et de convaincre le tribunal qu'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel". Photo : Baziz Chibane.

DailyNord : On vous voit un peu partout : France 3, 20 Minutes, La Voix du Nord, Canal +… Répondez-vous systématiquement aux sollicitations des journalistes ?

Gérard Dalongeville : Pas vraiment. La sortie du livre PS, je t’aime moi non plus implique que je fasse un peu de promotion. Et c’est vrai que cela coïncide avec l’actualité de l’ouverture du procès.

DailyNord : Vous allez être jugé quelques jours après que le verdict soit tombé pour Jean-Pierre Kucheida, ancien député-maire de Liévin, que vous connaissez bien. Que pensez-vous de ce hasard de calendrier ?

Gérard Dalongeville : C’est juste un hasard de calendrier. Il faut dire que l’instruction de mon côté a duré quatre ans. Ce qui m’étonne le plus, c’est le décalage entre le traitement médiatique fait par presse régionale et nationale. Dans La Voix du Nord, le procès Kucheida tend à faire penser que la montagne accouche d’une souris. Alors que la presse nationale ne manque pas de rappeler qu’il a bien été condamné pour abus de biens sociaux. Le pire dans cette histoire, c’est que Jean-Pierre Kucheida envisage de faire appel. Alors que finalement, il n’a pas écopé d’inégibilité. Il pourrait jouer bien plus gros que 30 000 euros d’amende…

“Aucune des personnes citées dans ce livre ne m’a poursuivi en diffamation”

DailyNord : Comment appréhendez-vous le procès ?

Gérard Dalongeville : Je vais avoir trois semaines pour me défendre et convaincre le tribunal qu’il n’y a pas eu d’enrichissement personnel. On parle de voyages alors que je ne suis pas mis en examen pour les voyages. Tout est histoire de présentation : on me reproche d’avoir effectué 36 voyages avec de l’argent public mais en fait, c’était 4 voyages à quatre personnes, c’est différent.

Finalement, le procès à Béthune ne traitera qu’une partie de l’affaire… Quatre ans d’instruction pour en arriver là… Deux instructions ont été ouvertes à Lille à la suite de rapports de la Chambre régionale des comptes, qui ont pointé des irrégularités dans l’attribution de marchés publics dans le Pas-de-Calais. C’est dans cette partie que se situe le cœur de l’affaire.  Mais on n’en parlera pas durant ce procès. Par ailleurs, c’est bizarre, mais vous avez remarqué que l’on n’entend plus du tout parler du juge Pichoff (NDLR : juge du tribunal correctionnel de Béthune mis en examen pour corruption passive, il est soupçonné d’avoir reçu de l’argent en échange de ses décisions. Sont impliqués dans cette affaire Jean-Marc Bouche et José Lefrère, qui comparaissent également dans le procès sur Hénin-Beaumont…).

En filigrane de cette interview

Lorsque nous avons pris contact avec la maison d’édition Jean-Claude Gawsewitch qui a publié PS Je t’aime moi non plus, l’attachée de presse nous a immédiatement proposé une interview de l’auteur, Gérard Dalongeville. A la veille du procès dans une tentaculaire affaire de fausses factures, la proposition était alléchante… La rédaction de DailyNord s’est posée la question de l’opportunité de cet entretien, Gérard Dalongeville ayant déjà fait énormément d’apparitions dans les médias. Et puis finalement… il ne s’était jamais exprimé dans nos colonnes, et les lecteurs sont en droit d’entendre sa version, sa vision des faits. Alors, après l’échange d’une dizaine de textos, nous avons retrouvé l’ancien maire d’Hénin-Beaumont dans un café-tabac lillois.

Une chose est sûre, ses livres préparent indéniablement une ligne de défense face au tribunal correctionnel de Béthune. Son avocat en reprend d’ailleurs de larges passages dans ses conclusions. Rappelons que Gérard Dalongeville, révoqué de ses fonctions de maire en 2009, est notamment mis en examen pour de multiples détournements de fonds publics. Ce sont ainsi des dizaines de millions d’euros qui ont ainsi été soustraits des finances de la commune d’Hénin-Beaumont. Gérard Dalongeville a longtemps nié l’existence d’un coffre dans son bureau de maire, dont la perquisition a mis à jour 15 000 euros en liquide. Entre 2005 et 2008, plus de 110 000 euros, dont l’origine n’a pas été justifiée, ont été déposés sur son compte personnel joint. L’ancien maire a également bénéficié de dizaine de milliers d’euros pour 9 voyages en famille (quatre personnes). Mais l’ancien élu continue de nier un enrichissement personnel et comme vous le lisez dans l’interview ci-contre, se dédouane de beaucoup de responsabilités, qu’elles soient morales ou juridiques.

Lors du procès, son avocat a prévu de demander ni plus ni moins que… la relaxe ! En saura-t-on beaucoup plus dans trois semaines ?

DailyNord : Vous n’en aviez déjà plus beaucoup, mais avec ce que vous dénoncez dans vos livres, vous ne vous êtes pas fait que des amis…

Gérard Dalongeville : Pour Rose Mafia paru l’année dernière, malgré les menaces, aucune des personnes citées dans ce livre ne m’a poursuivi en diffamation. Pourtant, si ce que j’écris n’est pas vrai, les chefs d’entreprises ou les élus cités auraient eu tout le loisir de m’attaquer… Il n’y a que la fédération socialiste du Pas-de-Calais qui a voulu porter plainte. Finalement, c’est l’association de la fédération qui a déposé une plainte qui pourrait ne pas être instruite finalement. On m’avait déjà fait comprendre que le but n’était pas de porter plainte contre moi…

30 000 exemplaires pour Rose Mafia, mais pas encore de droits d’auteur

DailyNord : Etre auteur, aujourd’hui ça rapporte ? Avec Rose Mafia, vous n’êtes pas loin du best seller…

Gérard Dalongeville : Rose Mafia s’est vendu à près de 30 000 exemplaires. Mais pour l’instant, je n’ai pas encore touché les droits. En fait, je n’ai encore pas touché un centime. Rose Mafia 2 L’enquête a été tiré à 5 000 exemplaires (NDRL : ouvrage signé du journaliste Martin Leprince avec le témoignage « central » de Gérard Dalongeville, toujours aux éditions Jacob-Duvernet). J’ai en tout cas un autre projet de livre avec les éditions Jacob-Duvernet, toujours en rapport avec Hénin-Beaumont qui devrait sortir à la fin de l’année mais je ne peux pas en dire plus pour le moment. Quant à PS Je t’aime moi non plus, il vient tout juste de sortir…

DailyNord : Quelle est votre activité professionnelle en ce moment ?

Gérard Dalongeville : Je suis enseignant-vacataire dans un collège et un lycée en région parisienne. J’enseigne l’histoire-géographie et l’économie. Je donne aussi des cours à domicile. A la sortie de détention, plusieurs personnes m’avaient pourtant proposé plusieurs jobs dans le Nord ou dans les Vosges, réels ou fictifs…  

Le boulevard au FN ? “Cette situation politique n’est pas de mon fait”…

DailyNord : Pour en revenir à Hénin-Beaumont, n’avez-vous pas le sentiment d’avoir ouvert un boulevard au Front National avec toutes ces affaires ?

Gérard Dalongeville : J’explique ce point en détail dans mon livre. C’est Pierre Darchicourt, ancien maire d’Hénin-Beaumont qui est allé chercher Steeve Briois, qui n’était même pas Héninois : il habitait à l’époque à Noyelles-Godault. Pierre Darchicourt s’est ainsi créé un opposant, afin d’éviter une lutte fratricide avec Yves Darchicourt, son frère, qui souhaitait se présenter au Front National. J’ai personnellement assisté à la scène, comme je le raconte dans le livre Rose Mafia. Les deux frères ne s’entendaient pas, aucun n’estimant l’autre digne de succéder au père, Fernand Darchicourt, ancien maire d’Hénin-Beaumont.

Dès 2001, le FN double son score sur la base des errements de Pierre Darchicourt. Pourquoi devrais-je en être le seul responsable ? Jamais, je n’ai demandé aux candidats lors des dernières élections, « allez divisez vous pour ouvrir un boulevard au FN » ! L’équipe en place n’a pas non plus aidé à combattre le FN : le personnel municipal est méprisé, les habitants n’ont pour la plupart jamais rencontré le maire… Cette situation politique n’est pas de mon fait.

DailyNord : Vous avez d’ailleurs déjà annoncé vouloir vous représenter aux élections municipales d’Hénin-Beaumont…

Gérard Dalongeville : Oui, il faut connaître l’issue du procès. Mais j’aime cette ville et ses habitants. Je ne veux pas baisser les bras.

Lors de notre entretien, l'ex-maire d'Hénin-Beaumont s'est dédouané de plusieurs responsabilités morales et juridiques. Photo : Baziz Chibane.

“Chacun va devoir assumer sa part de responsabilités”

DailyNord : Dans vos écrits, on ne ressent pas vraiment votre culpabilité. Vous expliquez être finalement être un ordonnateur, confronté à accepter la réalité d’un système…

Gérard Dalongeville :  Atterrir en prison pour ce genre d’affaires n’a rien de glorieux. Je ne revendique pas cela comme un acte de résistance. Mais au bout de huit mois de prison, j’ai dit ça suffit, je veux dire tout ce que je sais. Imaginez huit mois de détention, de mise à l’écart de ma famille. Car je vous rappelle qu’à l’époque, en 2009, le détenu n’avait pas le droit de téléphoner à ses proches.

Le procès s’ouvre. Rappelons que pour tout ce qui est des marchés publics, il y a toujours une personne légalement responsable. La connaissance du maire ne se limite qu’à ce qui se dit lors des conseils municipaux. Néanmoins, on ne parlera pas ici des marchés truqués à l’avance. Pourtant, les noms des entreprises sont bien cités sur les procès-verbaux. Pas un chef d’entreprise ne témoigne contre moi en expliquant que l’on m’avait remis des enveloppes d’argent liquide…

DailyNord : Oui mais vous avez quand même joué un rôle de premier plan dans ces histoires de fausses factures…

Gérard Dalongeville :  Moi, je ne dis pas que c’est la faute des autres. Mais je dis que je n’ai été qu’un acteur. On est dans un système, chacun va devoir assumer sa part de responsabilité. Et cela va certainement toucher bien plus de personnalités que celles du bassin minier.

Retour sur les trois livres concernant l’affaire

Rose Mafia, paru en février 2012 aux éditions Jacob-Duvernet, décortique le fonctionnement d’un “système pourri jusqu’à la moelle” : Gérard Dalongeville y explique en détail sur le fonctionnement du système de corruption. Il s’est vendu à 30 000 exemplaires.

Rose Mafia 2 L’enquête, paru aux éditions Jacob-Duvernet, est cette fois-ci écrit par Martin Leprince, correspondant à Paris du quotidien régional Nord-Eclair, suite aux dénis dont avait fait l’objet Rose Mafia. Si le témoignage de Dalongeville est central, d’autres personnes sont amenées à s’exprimer.

PS, je t’aime moi non plus, paru en avril dernier aux éditions Jean-Claude Gawsewitch, revient plus en détail sur les dysfonctionnements internes du PS, qui expliquent en parti comment le Parti a pu fermer les yeux sur les “affaires” du bassin minier.

 

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3 Commentaires

  1. “Mais je dis que je n’ai été qu’un acteur. On est dans un système, chacun va devoir assumer sa part de responsabilité. Et cela va certainement toucher bien plus de personnalités que celles du bassin minier.” Je n’en doute pas un instant, M. Dalongeville. Oui, mais qui? Faudrait commencer à balancer.

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