Réflexions Par | 08H05 | 21 mai 2013

Dunkerque : l’Arena, une pyramide surdimensionnée ?

DECRYPTAGE. Laisser une trace dans le paysage. Quoiqu’il en coûte. A Dunkerque, le dernier bébé de Michel Delebarre, c’est l’Arena qui servira pour les deux fleurons du sport local, l’USDK et le BCM, mais aussi pour quelques spectacles de premier plan. Montant de la liste de naissance : 112 millions d’euros. En Partenariat public-privé (PPP), de plus en plus décrié en période de récession économique, s’il vous plaît. Retour sur un drôle de projet.

 

La future Arena en vidéo


La future Arena de Dunkerque par info-stades
 

Chaque grand élu a sa propre pyramide. Souvenez-vous, nous consacrions un dossier à ce sujet il y a un peu plus d’un an. Les années ont beau passer, les pharaons ont toujours des envies de grandeur. Pour preuve, Michel Delebarre avec son nouveau bébé, qui devrait sortir de terre d’ici deux ans : l’Arena. Soit une grande salle multifonctions, censée remplacer à la fois Sportica et la salle Dewerdt pour accueillir les clubs sportifs de l’USDK (handball) et du BCM Gravelines-Dunkerque (basket), mais aussi attirer « les concerts les plus prestigieux, les artistes les plus courus, les compétitions les plus importantes », assurait le sénateur-maire sur son blog en juillet dernier.

Une capacité surdimensionnée pour Dunkerque ?

Attirer des événements annexes pour justifier une salle des sports, ainsi qu’y adjoindre une zone commerciale, l’argumentation est classique pour des équipements de cette envergure. Michel Delebarre élude d’ailleurs tout débat démocratique : « On aime Dunkerque ou on ne l’aime pas…», écrit-il encore sur son blog, comme une manière de culpabiliser ceux qui auraient le malheur de penser autrement dans la cité portuaire. Parce que tout le monde n’est pas forcément d’accord avec lui : élus d’opposition et particuliers – et même ces derniers jours, son adjoint aux sports à la mairie de Dunkerque, qui vient de démissionner – pointent quelques absurdités, certains faisant circuler des pétitions.

Première des inepties relevées : la capacité. Une salle de 10 000 places pour l’USDK et le BCM, ça fait beaucoup pour des clubs certes de premier plan, mais pour des sports qui ont un déficit de notoriété. Aujourd’hui, le BCM accueille aujourd’hui 2 900 personnes en moyenne par match, soit la capacité quasi-totale de la salle. En handball, l’affluence moyenne des clubs de D1 est de 2600 spectateurs. La salle dunkerquoise a d’ailleurs déjà été rénovée deux fois en 20 ans et se présente comme «ce complexe multisports parmi les plus fonctionnels d’Europesur le site internet du club. Difficile à première vue d’envisager que les deux clubs puissent doubler, voire tripler ou quadrupler leur nombre de spectateurs. On vous objectera bien sûr que les salles ne sont pas forcément homologuées pour les grandes compétitions européennes (comme le BCM avec l’Euroligue), mais vu le nombre de grands équipements déjà présents dans la région (Stade couvert de Liévin ou Pévèle Arena, pour ne citer que le basket), l’argument semble faiblard. Quant aux grands évènements, ceux susceptibles d’accueillir 10 000 personnes dans le Dunkerquois ne sont pas légion.

 Un bon vieux PPP pour faire passer la pilule

A vrai dire, la taille de la salle n’est pas le problème majeur pointé. C’est plutôt le coût qui fait tiquer : 112 millions d’euros pour la construction (on parlait de 40 à 50 millions au départ… mais nous aurons l’occasion de revenir sur les cours d’inflations de nos élus un autre jour). Cher, très cher pour une salle aussi perfectionnée soit-elle, surtout en période de disette et de chômage ! Pour comparaison, l’Arena d’Orchies, avec 5 000 places, mais certes pas tout à fait les mêmes fonctions, a coûté 100 millions d’euros de moins… Non loin de là, le stade du Hainaut, qui accueille le club de football de Valenciennes et 25 000 supporteurs n’a coûté « que » 75 millions d’euros. Deux équipements que d’ailleurs Orchies et Valenciennes avaient financé eux-mêmes en ayant recours à leurs fonds propres, à l’emprunt, et aux subventions.

Justement, comment finance-t-on les 112 millions d’euros dans le Dunkerquois ? Par le Partenariat Public-Privé. Le même qui avait été attribué au Grand Stade de Lille en 2008 mais qui commence sérieusement à inquiéter les contribuables et les élus, notamment en période de récession économique. Il y a quelques semaines, un article du Monde revenait par exemple sur le fiasco du dispositif sur une soixante d’hôpitaux au Royaume-Uni, pendant que le Centre hospitalier sud-francilien est en faillite. Un rapport de l’Inspection générale des finances constatait d’ailleurs « de graves défaillances dans l’utilisation des PPP.(…) un PPP initié pour des raisons budgétaires est risqué : il incite l’acheteur public à investir au-delà de ce que ses ressources lui permettraient d’envisager avec raison.” Le Ministre du Budget d’alors, Jérôme Cahuzac, ajoutait même que les contrats de PPP “coûtent trop cher sur le long terme”. “Cette façon de masquer l’impécuniosité de l’Etat est dangereuse.» Mais tellement pratique.

Une salle coûte que coûte !

A Dunkerque, ce PPP, signé avec Vinci, se traduira par un remboursement sur 27 ans, de 6,6 millions d’euros par an, pour 75 millions d’euros de travaux assumés par la la Communauté urbaine à la base. Soit, si on fait la multiplication, un total payé de 175 millions d’euros, pour un équipement qui sera à coup sûr dépassé dans trois décennies. D’ailleurs, si la Région doit mettre la main au porte-monnaie ces semaines-ci pour verser sa petite subvention, tout le monde n’est plus du même avis. Alors qu’il était quasiment dans la poche, le subsdide de 17 millions d’euros demandé par Dunkerque au Centre National pour le Développement du Sport, n’a été acquis qu’en partie. Le CNDS ne souhaite plus forcément s’engager dans des travaux coûteux, voire inutiles (voir sur Les Echos) et n’a donc proposé que 6 millions d’euros en mars (*). Mais à Dunkerque, on l’assure : l’Arena se fera quand même et ouvrira en 2015-2016. Une pyramide delebarienne n’a pas de prix.

Relire également notre dossier Pyramides :

Nouveaux pharaons pour nouvelles pyramides (1) : revue d’édifices

Nouveaux pharaons pour nouvelles pyramides (2) : il y a vingt ans,Euralille-sur-Deûle

Nouveaux pharaons pour nouvelles pyramides (3) : au Louvre-Lens, on a les mots pour le dire

Nouveaux pharaons pour nouvelles pyramides (4) : et l’intérêt, alors ?

4 Commentaires

  1. Oh les journalistes grincheux ! Avouez, vous en voulez à Michel parce qu’il n’a pas pu vous trouver une place dans les médias locaux qui sont tous à sa botte !
    Monsieur le MINISTRE D’ETAT n’a donc plus que les équipements sportifs de sa bonne ville pour se donner l’illusion du prestige public : ça fait quand même pitié, un notable en fin de parcours, nous avons sous nos yeux les ravages de décennies de pouvoir.
    Laissons-le donc déféquer sans vergogne sur ses électeurs (après tout ils en redemandent à chaque élection) et finir sa triste carrière avec la satisfaction d’avoir un peu soulagé sa mégalomanie…

  2. Il commence à flotte comme une odeur de roussi sur Dunkerque … On a l’impression qu’à la Mairie, ça roule à 30 à l’heure ..!

  3. Pour pouvoir faire un PPP e, il est nécessaire pour les élus de justifier d’un critère d’urgence ou de complexité. L’effet pervers c’est qu’en pratique le PPP est principalement utilisé pour permettre aux ville endettées qui n’arrivent plus à avoir aucun prêt des banques de s’endetter encore plus. Les élus vont donc créer artificiellement de la complexité pour pouvoir justifier l’utilisation du PPP. Ainsi si la ville a besoin d’une simple piscine (projet pour lequel il ne serait pas possible de faire un PPP), elle va faire un centre aquatique, 10 fois plus cher mais plus complexe donc éligible au PPP.

  4. Delebarre lit l’anglais contrairement à P Mauroy que les opposants au Grand Stade avait averti des dangers de ces financements de cosaque qui ont mis la Grèce à genoux avec les stades des JO 2004 réalisés par cette procedure. Un Dunkerquois peut il lui indiquer le site psiru.org de l’université de Greenwich , Cet institut de recherches sur les financement publics dispose d’une veritable mine d’informations sur les contrats de PPP mortifères au Royaume Uni. Qu’attend d’ailleurs l’université du littoral pour lancer une etude financière sur le coût réel de ce projet ? A moins qu’il faille demander aux anglais de la faire ?
    Ideologiquement, ce projet est pervers car il met en congé intellectuel les elus locaux puisqu’ils laissent toutes leurs prerogatives au concepteur financeur exploitant de cette arena au lieu de reflechir EUX MEMES au cadre de vie du Dunkerque qu’un maire collé à la secotine sur son siège est maintenant incapable de concevoir.

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