L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

Dans la bibliothèque de DailyNord : Daniel Carton, « A la grâce », Jean-Jacques Cros, « Médias : la grande illusion »

DailyUne Par | 02 mai 2013

Nouvelle rubrique avec les beaux jours. Désormais, régulièrement, DailyNord partagera avec vous, cher lecteur, ses dernières lectures marquantes. Aujourd’hui, deux auteurs pour le prix d’un : Daniel Carton et Jean-Jacques Cros.

Les corons sont une empreinte. Presque un stigmate. Plus de vingt ans après la fermeture du dernier puit d’extraction de l’or noir français, alors que le patrimoine immobilier des Houillères est l’objet de toutes les convoitises et procédures en justice (affaire Soginorpa et autres…), après l’obtention par l’ex-bassin minier et ses trésors encore méconnus du prestigieux label de l’UNESCO, il convient de revenir aux sources. Les corons des mines sont le symbole d’une histoire, certes disparue mais qui agit toujours dans les mémoires. Il faut imaginer ses enfants heureux. Daniel Carton est de ceux-là. Bien loin d’une imagerie sulpicienne coincée entre Germinal et Pierre Bachelet, le natif de Divion (Pas-de-Calais), qui a commencé sa carrière à la Voix du Nord, a su choisir les mots et les choses pour évoquer la vie simple des gens des mines de son enfance, à une époque où gaullisme et communisme façonnaient les esprits et réglaient la vie. Dans les rues tracées au cordeau des cités des « zouillères », les Trente Glorieuses s’appellent les Trente Généreuses ou Chaleureuses. Son récit captive le lecteur et propose quelques clés pour comprendre ce monde d’avant qu’il est essentiel de ne pas oublier. Nous sommes loin des grosses ficelles du septième art ou du show-biz (suivez mon regard…). Sa madeleine de Proust a du goût.

On connaît l’auteur pour ses coups de pied ravageurs dans la fourmilière convenue voire ronronnante des médias, ses connivences et ses « dirty little secrets », ses travers et ses arrangements avec la déontologie. Nul n’est parfait. Il n’a jamais été tendre avec les politiques de tout bord (quand il officiait au Monde ou au Nouvel Observateur). Il a usé de la même plume douloureuse pour scruter le petit monde des journalistes, ce qui ne lui vaut pas que des amis. Ses brûlots ont défrayé les chroniques et agacé plus d’un et d’une. Un mauvais procès diligenté par une triplette de consoeurs après la parution d’un livre sur la campagne présidentielle de 2007, qui ne fut pas en reste côté coulisses, le convainc d’emprunter un nouveau chemin. Celui de la mémoire de sa jeunesse, des fifties et des sixties au moins aussi passionnantes que celles d’Elvis ou Marylin.  » La littérature, c’est raconter la vie« .  » Ce livre, je l’avais sur l’estomac« .  » On croyait que le ciel allait nous sauver ». Tout est dit. Daniel Carton, jeune héraut des communautés ouvrières du nord, sourit en citant Pagnol et ses récits des sociétés paysannes du sud. Allez, restons modestes.

Déformation de l’information

Le trait d’union avec le livre de Jean-Jacques Cros est ainsi trouvé. Ancien grand reporter à France 3 et enseignant en écoles de journalisme, l’auteur dissèque la corporation journalistique (car c’en est une, au sens historique du terme) et élargit l’analyse aux acteurs influents et parfois décisifs qui gravitent autour d’un journal ou d’une entreprise de presse, et qui, souvent, le formatent franchement : Etat, publicitaires, actionnaires, réflexes du microcosme,…Le résultat est sans appel. Conformisme, désinformation, omission et simplification, et, pire, influence et manipulation,…Une démonstration menée exemples à l’appui. On relira avec intérêt les « cas » de la tragédie du Heysel ou du charnier de Timisoara, mais il y en a d’autres, certes moins dramatiques mais tout aussi révélateurs, Jean-Jacques Cros décrypte l’évolution d’une profession désormais confrontée à la dictature de l’urgence numérique de l’internet et l’irrésistible montée en puissance des impératifs de l’opinion fabriquée. Reste à s’interroger sur l’attirance de nature mythique qu’exerce sur les jeunes une profession souvent décriée et dont on se défie de plus en plus si l’on en croit les sondages. Sa peinture des moeurs journalistiques fait froid dans le dos. Jusqu’où ira la déformation de l’information ?

A la Grâce – par Daniel Carton, chez Fayard.

Médias : La grande illusion – Par Jean-Jacques Cros, chez Jean-Claude Gawsevitch.

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