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Le Petit Dico décalé du Nord – Pas-de-Calais : Jean Stablinski

Le Petit Dico décalé du Nord - Pas-de-Calais Par | 07 avril 2013

Il est entré dans le panthéon du sport régional et national le 2 septembre 1962, sur les routes de Lombardie. Mais la vie de Jean Stablinski ne s’arrête pas à l’obtention d’un maillot arc-en-ciel, c’est un roman. Avant de devenir champion du monde cycliste, l’enfant de Thun-Saint-Amand fut zingueur, mineur mais aussi accordéoniste… Il est aussi le sadique qui a inscrit la trouée d’Arenberg au menu du Paris-Roubaix qui a lieu aujourd’hui. Ça valait bien un petit dico décalé. Pour jeunes et moins jeunes.

Jean Stablinski, en 1963. Crédit photo : Commons Wikimedias (*)

 

Jean Stablinski (1932-2007)

Dans le peloton, on l’appelait « Stab » ce qui en soi relevait du raccourci idéal. Jean Stablewski est né le 21 mai 1932 dans la cité du Maroc de Thun-Saint-Amand, Jean Stablinski a vu le jour au début des années 50, aube de ses premiers exploits cyclistes, sous la plume d”un journaliste s’emmêlant les pinceaux dans son patronyme (que voulez-vous, ces satanés journalistes faisaient déjà des erreurs…). Ce sera son nom de scène. Les coulisses de sa vie furent pourtant et sans nul doute le socle de la gloire à venir.

Son père, arrivé en 1924 de Pologne, sans doute tué par l’occupant en 1940 (un camion lui est passé par deux fois dessus !) deux frères déportés et deux sœurs parties fonder leur famille sous d’autres cieux, à 15 ans, le petit Jean devient l’homme de la maison qui n’abrite plus que lui et sa maman. Adieu l’école, comme beaucoup à l’époque de grand-papa qui lira cette définition en versant une larme de nostalgie, il va travailler à la zinguerie et inscrira une première ligne au palmarès de sa vie en décrochant le poste de chauffeur de locomotive. Parallèlement, il entre dans l’harmonie de Lecelles où il jouera du piston avant de se mettre à l’accordéon. Il fera fructifier son piano à bretelles en animant les bals du week-end, histoire de mettre du beurre dans les épinards… et à sa nouvelle passion. Pas les filles, non ! Avec l’argent des bals patiemment économisés, il s’achète… son premier vélo de course. Qu’il ira chercher à bicyclette ! en le ramenant sur son dos depuis Solesmes. Cela donne une idée du métal dont est fait le bonhomme. Curieusement, Pélagie, sa mère (oui, jeunes lecteurs, on parle de prénoms d’un autre siècle), n’est pas spécialement emballée par la vocation pédalière du fiston, tout frais membre du club local. Au point que pour infléchir l’opposition maternelle, Jean se présentera devant elle avec une cuite de légionnaire et une clope au bec. Message reçu.

Le fond avant la lumière

Jean s’illustre vite sur la selle. Il remporte sa toute première course avant d’enchaîner crescendo en remportant 3 succès en 1948, 6 en 1949 puis 14 en 1950. Mais il lui manque encore la « caisse ». Il va donc faire une parenthèse. Dans le Nord – Pas-de-Calais, à l’époque, la parenthèse enchantée, c’est la mine, au crible puis au fond. Deux ans plus tard, non sans avoir connu un autre intermède en devenant plâtrier-cimentier, il renoue avec le peloton, définitivement. Entretemps, ce Ribéry des temps anciens (*) a décidé de trouver un compagnon à sa mère. Il passe une annonce dans le journal polonais Narodowiek, l’un des nombreux quotidiens de la région Nord – Pas-de-Calais quand il n’y avait pas que La Voix dans la vie. Peu après, un mineur d’Arenberg, flairant le bon coup, se présente et passe l’anneau autour du doigt de madame veuve Stablewski. La fille de ce nouveau beau-père ne laisse pas insensible le futur champion, qui fait coup double. Jean et Génia se marieront deux ans plus tard. Après l’union devant le curé, place à la compétition.

Champion de France militaire en 1952, premiers tours de roues professionnels en 1953, premier de ses 12 Tours de France où il mènera la vie dure à l’idole du moment, Louison Bobet, Jean Stablinski est sur un nuage. C’était sans compter sur la guerre d’Algérie qui l’obligera une deuxième fois à connaître l’horreur d’un conflit, comme des milliers d’autres de sa classe d’âge. Putain de guerre.

Le Tour d’Espagne avant le tour de Salò

L’étoile d’un champion ne s’éteint jamais. De retour dans sa mère patrie (quoi qu’il ne fut naturalisé français qu’à l’âge de 16 ans), le Thunois poursuit son ascension, remportant dès 1957 le premier de ses cinq succès d’étapes dans le Tour de France, à Marseille. Il n’a peut-être jamais gagné la Grande Boucle mais mieux vaut l’avoir dans son équipe pour la conquérir. Il sera ainsi la cheville ouvrière -logique pour un Nordiste- des cinq titres de Jacques Anquetil puis de ceux de Lucien Aimar et Roger Pingeon..

Surnommé « le renard » (parce que lorsqu’il entre dans une échappée c’est souvent la bonne), Jean Stablinski frappe son premier grand coup international en remportant le Tour d’Espagne 1958 au nez et à la barbe du grandissime favori local, Federico Bahamontès. Le nordiste prend alors conscience de ses possibilités et entre dans son âge d’or avec quatre titres de champion de France sur route en cinq ans et au milieu le plus prestigieux de ses trophées : le maillot arc-en-ciel de champion du monde. À Saló, il met tout le monde d’accord dans le dernier tour, pas besoin de photo-finish, le maestro c’est lui ! Et il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour saisir l’immense retentissement de cet exploit. Un dernier Tour dans l’équipe de Raymond Poulidor, la dernière de ses 105 victoires professionnelles au bercail (le grand prix de Denain) et Jean Stablinski tire sa révérence à 36 ans, nous sommes en 1968. N’y voyez aucun lien de cause à effet.

Un temps directeur sportif, fonction qui lui permettra de découvrir un certain Bernard Hinault, Jean Stablinski collera toujours à la roue du milieu cycliste. Un peu sadique sur les bords, c’est lui qui fera inclure la fameuse et périlleuse trouée de Wallers-Arenberg dans le parcours du Paris-Roubaix (depuis 2008, une stèle y rend hommage au champion), car il a roulé dessus et travaillé dessous !

Il s’installe aussi comme vendeur et réparateur de vélos, route du Quesnoy à Valenciennes. Il n’était pas rare de le croiser dans les petites courses de la région où sa gentillesse, sa bonhommie et son accessibilité faisaient la joie de ses nombreux admirateurs. Ne le cherchez pas aujourd’hui sur le parcours, Jean Stablinski s’est éteint le 22 juillet 2007, les compteurs d’une route et d’une vie bien remplies. Une carrière d’ailleurs immortalisée par le tout nouveau vélodrome couvert de Roubaix qui porte son nom. Choix pour le moins incongru, Stablinski s’est adonné au cyclo-cross mais jamais à la piste ! Comme si on baptisait un circuit de trial avec le nom d’un champion de vitesse. Mais un Nordiste se sent bien partout non ?

(*) Pour ceux qui ne captent rien au sport, Ribéry a eu aussi un parcours chaotique avant de devenir l’idole des jeunes…

Texte largement inspiré du site des Amis de Jean Stablinski présidé par Jean-Marie Leblanc (nordiste prédécesseur de Christian Prudhomme à la direction du Tour de France)

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Portfolio : Paris-Roubaix, une histoire d’hommes et de pavés

Retrouvez toutes les définitions du Petit dico décalé du Nord – Pas-de-Calais

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