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Le long de nos frontières disparues (6/20) : le long du Rhin, l’hymne à l’Europe et à l’amitié franco-allemande

Réalités Par | 15 avril 2013

REPORTAGE. La Belgique est loin. Le Luxembourg s’éloigne. Sixième étape de notre périple le long de nos frontières disparues, cette fois-ci à Lauterbourg et Strasbourg en Alsace. Le long du Rhin. Où l’abolition des frontières permet aussi de célébrer une certaine idée de l’amitié franco-allemande.

La Statue de la reconciliation par Josef Fromm dans le parc de Deux Rives, à Strasbourg, le Rhin à Lauterbourg. Deux symboles de la frontière franco-allemande. Photo : Stéphane Dubromel.

Lauterbourg. Dans ce périple frontalier, l’arrivée dans la commune la plus à l’est de l’Hexagone a valeur de symbole pour les deux journalistes. A plusieurs titres. C’est d’abord notre première rencontre avec une véritable frontière naturelle, le Rhin, qui sépare l’Allemagne et la France sur un peu moins de deux cents kilomètres. A mesure que nous nous approchons à pied de la borne frontière la plus orientale du pays, le long du chemin de halage, on sent d’ailleurs toute la force du fleuve. Alors que le temps est calme, sans vent, le courant est violent, agité, repoussant pour qui aurait la soudaine attention de passer de l’autre côté à la nage… D’où nous sommes, d’ailleurs, pas de pont à l’horizon, et aucune possibilité de rejoindre la rive d’en face, bordée d’arbres verts abritant le chant des oiseaux. Au milieu de l’eau, seules les immenses péniches ont la force de rivaliser avec le courant en troublant l’apparente tranquillité des lieux. D’où viennent-elles ? Où vont-elles ? Il faut laisser divaguer l’imagination. Consulter une carte pour se rappeler les cours de géographie d’antan : le Rhin naît dans les Alpes suisses, sert ensuite de frontière franco-allemande avant de s’enfoncer dans les Länder, et de se jeter dans la mer du Nord, aux Pays-Bas. Fascinantes, les eaux invitent à la contemplation, à la relecture du poème Lorelei, racontant l’histoire de ce batelier surpris par une nymphe, emporté sur les récifs du fleuve tout puissant. Une véritable barrière naturelle, d’ailleurs exploitée hydroélectriquement sur tout son long, nous rendrons-nous compte un peu plus tard, au fil de la descente de cette frontière franco-allemande.

Guerres lointaines

Le deuxième symbole est inscrit dans la mémoire collective. Il est impossible de ne pas y penser lorsque l’on entame cette troisième frontière du périple. Partenaires économique aujourd’hui, piliers de cette construction européenne et de l’abolition des frontières au sein de l’Espace Schengen, nos voisins furent il n’y a pas si longtemps les ennemis de la France, en 1870, en 1914 et en 1939, en témoignent les quelques édifices de l’éphémère Ligne Maginot, croisés auparavant dans les Vosges du Nord. Les guerres, ses ravages et ses morts paraissent loin en ces journées de printemps.  A Munchhausen, à quelques kilomètres de Lauterbourg, Arnaud Roehrig en est l’exemple vivant. Le jeune étudiant en école de commerce est assis dans l’herbe, auprès de la borne 358, marquant le kilométrage du fleuve. Il lit un newsmag. A ses côtés, son vélo, qui lui permet de faire de longues balades d’un côté ou de l’autre du Rhin, sans préférence. Car il est ici, mais aurait pu être de l’autre côté, affirme-t-il. Pour lui, la frontière a beau être marquée physiquement, il vit sur les deux rives, consomme franco-allemand, a des amis français et allemands. Son père, également, travaille en outre-Rhin.

Arnaud Roehrig en paix, sur les bords du Rhin à Munchhausen. Les ouvrages de guerre, comme le Four à Chaux de la Ligne Maginot, à Lembach, sont aujourd'hui prisés par les touristes. Photo : Stéphane Dubromel.

Notre brève rencontre est aussi paisible que cette calme fin d’après-midi ensoleillée. Le jeune homme adore d’ailleurs venir ici pour se reposer, mais aussi entendre parler de nombreuses langues. Français, Allemand, Néerlandais, des langues de l’Est aussi. Et Anglais.« Il y a parfois des Britanniques qui passent. Je pense qu’ils font comme vous. Ils suivent la frontière.» Cette frontière qui n’en est plus une pour celui qui n’a connu les contrôles douaniers qu’en couche-culottes. Comme tous ceux de sa génération, se plait-il à espérer. L’apprentissage de l’allemand à l’école, le développement de l’Europe, les échanges constants d’écoliers entre les deux pays ont facilité les échanges transfrontaliers dans un territoire qui vit ensemble : 60 000 Alsaciens franchissent quotidiennement la frontière pour aller travailler de l’autre côté ; les Allemands transitent dans l’autre sens : faire leurs courses, parfois acheter un bien immobilier. Les voisins d’Arnaud d’ailleurs, sont Allemands. Plus question de parler de différences pour lui. Le passé tourmenté de l’Alsace,  plusieurs fois sous domination allemande, la guerre, sont bien loin des problématiques de sa génération. Même si, reconnaît-il, l’âge joue encore dans l’appréhension de l’autre : « Chez la génération de mes parents, j’entends encore des blagues douteuses parfois. Mais franchement, ça a tendance à s’estomper.» Arnaud n’a d’ailleurs qu’un rêve sur l’Europe : qu’elle continue son avancée pour ne former plus qu’une, un peu comme des Etats-Unis d’Europe.

Un sentiment européen bien plus prégnant sur les frontières ?

On le sent clairement le long de ces zones frontalières. A l’heure où les sondages sur l’Europe tendent plutôt à révéler une inquiétude, un repli sur soi-même, quand les nationalismes reviennent, aux confins du pays, le sentiment européen est bien plus présent qu’au coeur de l’Hexagone. Que l’on soit jeune ou bien plus âgé, on vit avec la frontière, avec l’autre, depuis des années. Ou plutôt presque sans. On est européen depuis bien avant 1993 et la disparition des douanes, avant 1995 et l’application officielle des Accords de Schengen. Comme si les frontaliers avaient formé leurs propres unions européennes avec leurs voisins avant l’heure. Sur le Passerelle des Deux Rives, entre Strasbourg et Kehl, qui relie le Jardin des Deux Rives, la paix et le sentiment européen n’ont d’ailleurs jamais semblé aussi présents. L’on imaginerait presque Barbara en train de chanter Gottingen, hymne à l’amitié franco-allemande, dans ce vaste jardin de 150 hectares, inauguré en 2004 pour rapprocher encore une fois Strasbourg et Kehl. La passerelle piétonne, oeuvre de l’architecte parisien Miramm, sert de lien naturel entre les deux rives sans que l’on se dise «je suis en France, je suis en Allemagne».

Le pont de l'Europe pour les voitures entre Strasbourg et Kehl. A quelques mètres, la famille Welzel cherche son nouveau point de chute, sur la passerelle des Deux Rives. Photo : Stéphane Dubromel.

Pile au milieu, en début de matinée, comme en 2009 où lors du sommet de l’OTAN, les chefs d’Etat se retrouvèrent symboliquement, une famille est arrêtée. Il y a Peter, le père. Magali, la mère. Et Maya, Juline et Amélie, les jeunes enfants du couple qui n’en finissent pas de gambader d’une rambarde à l’autre. Peter est Allemand. Magali est Suisse. Pendant un an, en camping-car, la petite famille a parcouru l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. « On en a vu des frontières ! Et on a redécouvert ce que ça peut être ». Lui se dit qu’il reste justement beaucoup à faire sur les frontières européennes, qu’il faut encore donner plus de pouvoir à Bruxelles. Elle s’estimait plus conservatrice avant sur le sujet. Mais, ça, c’était avant son voyage au-delà des frontières. Nouveau symbole de cette Europe où la libre-circulation semble être entrée dans les moeurs pour les jeunes générations, Peter, Magali, Maya, Juline et Amélie avaient garé leur camping-car au pied de la passerelle depuis quelques jours. Côté strasbourgeois. Afin de réfléchir à leur vie future : où allaient-ils installer leur futur  nid d’amour ? En Allemagne ? En France ? En Suisse ? Au moment où nous les avons rencontrés, ils ne le savaient pas vraiment encore. Et à vrai dire, peu leur importait.

Tous les reportages sont disponibles sur la page “Le long de nos frontières disparues”

Suivre les différentes étapes via la carte


Afficher De borne en borne, road movie le long de nos frontières disparues sur une carte plus grande

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3 Commentaires

  1. Pourquoi Daily Nord, votre journal en ligne ne pouvait pas trouvé un nom intégralement en français? ; pourquoi n’avez vous pas envisagez de vous dénommez : “Quotidien du nord” ou tout autre nom.
    J’imagine pas en Angleterre un site Internet s’appelant le “Hasting quotidien” .
    Pourquoi : newsmag : vous pouvez dire simplement en parlant du jeune alsacien interviewé : il lit un magazine ou un hebdo en regardant le Rhin.
    Pourquoi News letter et pas à la place Info-lettre ?

    Visiblement l’Europe fusionnelle dont vous vous faites l’avocat , c’est plutôt l’Europe de l’appauvrissement linguistique, du globish, de la mondialisation et d’une Europe “hors sol” sans contenu européen.

  2. @Rinocero : il est sûr que “Quotidien du Nord”, c’est très vendeur… Et que le lecteur va certainement aller sur la page Info-Lettre pour recevoir notre info-lettre hebdomadaire… Nous aurions dû y penser…
    Plus sérieusement, votre critique, que l’on accepte, nous paraît quelque peu injuste : sur notre pure-player (ou journal en ligne si vous préférez), nous laissons une large place à l’écrit, plutôt que de céder à la vidéo, au langage SMS, à la reprise de tweets, et tout ce que vous voulez… Après, vous pouvez toujours nous accuser d’appauvrir la langue pour trois ou quatre mots…
    En revanche, pour newsmag, nous sommes d’accord avec vous, nous aurions pu mettre hebdomadaire…

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