(En route vers les Municipales) François Desmazière à Arras : “Il y a un modèle à inventer pour s’engager dans la ville, sans partis”

INTERVIEW. Plus qu’un an à attendre avant un nouveau combat des urnes. Celui des Municipales. Pour accompagner ces échéances majeures de la vie du Nord – Pas-de-Calais, DailyNord a décidé de vous proposer des entretiens avec des candidats à intervalles réguliers. Point commun des interviewés : ils sont opposants au maire en place et rêvent de lui ravir la place. Premier round avec François Desmazière, à Arras, qui n’a pas apprécié de voir Frédéric Leturque, premier édile actuel, ne pas passer devant les électeurs pour prendre la tête de la Préfecture du Pas-de-Calais (relire Mairies régionales, attention, passages de témoins !). Et mise sur la fin d’une politique d’un autre âge.

François Desmazière veut inventer un nouveau modèle ? Plus qu'un an à attendre pour savoir si les électeurs vont le suivre dans cette nouvelle voie. Photo : Stéphane Dubromel.

DailyNord : Mars 2013. Soit un an tout rond avant les Municipales. Est-ce une date symbolique alors que vous vous êtes lancé dans la bataille des élections depuis quelques mois déjà ?

François Desmazière : C’est un tournant concret. Tout simplement parce qu’à partir du 1er mars, tout ce que l’on dépense doit être inscrit dans le compte de campagne. Ça change la dimension du projet : avant, nous avions une association Arras Passionnément qui a permis de jeter les bases, aujourd’hui, il faut passer par un mandataire financier, tout ce que l’on va faire va être tracé par le compte de campagne. Donc, oui, c’est un tournant, car il y a plusieurs points juridiques à étudier. Et ça met bien évidemment dans les têtes qu’il ne reste plus que douze mois pour y aller !

«On ne peut pas se plaindre d’un désintérêt des gens de la vie publique si on a de telles pratiques»

DailyNord : Il y a deux ans, vous répondiez aux questions de DailyNord concernant votre blog littéraire. A l’époque, vous déclariez plutôt avoir envie de vous retirer complètement de la vie politique. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

François Desmazière : Sous la forme classique, j’avais épuisé les limites de la vie politique. J’étais adjoint aux Finances à Arras, cela me convenait parfaitement. Arrive la décision de Jean-Marie Vanlerenberghe d’arrêter son mandat en cours de route, sans raison valable. Et surtout de passer le relais à Frédéric Leturque, que les Arrageois n’ont pas choisi. Je n’ai pas accepté cette manière de faire de la politique. On ne peut pas se plaindre d’un désintérêt des gens de la vie publique si on a de telles pratiques : en 2008, la transmission du flambeau n’a jamais été évoquée…

DailyNord : Vous vouliez cette place ?

François Desmazière : Non, ça n’a jamais été mon ambition. On m’a proposé des choses justement pour me faire taire, notamment une vice-présidence à la Communauté Urbaine, mais je ne ne marche pas à ça. Pour protester, j’ai décidé de me présenter contre lui en Conseil Municipal. Sans aucun espoir de gagner. J’ai finalement eu dix voix sur les quarante-trois ce qui prouve que le sujet n’était pas si consensuel que ça. Le lendemain, le nouveau maire m’a retiré ma délégation et m’a exclu du groupe majoritaire.

DailyNord : Vous auriez pu en rester là…

François Desmazière : Juste après, j’ai reçu un nombre de témoignages d’Arrageois qui ont été choqués de la méthode. Des politiques, mais essentiellement des gens qui n’étaient pas engagés. De fil en aiguille, présenter une liste s’est imposé. Indépendante de tout parti politique.

Bio express

François Desmazière, âgé de 45 ans, est marié et père de 4 enfants, « de la garderie au lycée » .

Après avoir travaillé dans les cabinets ministériels de Bussereau, Hostalier, Perben, Delevoye et exercé les fonctions de secrétaire départemental du RPR et de l’UMP de 2000 à 2004, il est aujourd’hui directeur des affaires publiques dans le secteur de l’énergie.

Vous l’aurez également compris en lisant cette interview : il n’est plus carté.

« Les gens n’ont plus confiance dans leurs partis »

DailyNord : Justement, votre positionnement est facile à tenir dans un petit village, pour une Préfecture, c’est une autre histoire…

François Desmazière : Je suis persuadé qu’il y a un modèle à inventer pour s’engager dans la ville sans appareil politique. Quand vous lisez les journaux, vous vous rendez compte que les gens n’ont plus confiance dans leurs partis. Ce qui ne veut pas dire que les membres d’Arras Passionnément ne peuvent pas avoir de parcours politique, bien au contraire. Deux conseillères municipales nous ont rejoint dernièrement en 2012 : Véronique Loir a appartenu à Debout la République et au  RPR ; Pascale Catteau est une ancienne chevènementiste.

DailyNord : Et vous, où positionnez-vous aujourd’hui, en tant qu’ancien secrétaire département RPR, puis UMP ? Quelles personnalités trouvent grâce à vos yeux ?

François Desmazière : Je suis comme beaucoup. Il y a des individualités que je trouve intéressantes. Mais je pense que nous sommes à une forme d’épuisement des partis politiques, on le voit encore avec l’UMP et Fillon déjà candidat pour 2017… Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier justement plutôt Bruno Lemaire qui pense qu’il faut d’abord refonder le socle intellectuel de la droite avant de penser aux échéances électorales. Vous voulez savoir où je suis… Franchement, j’ai perdu ma famille politique depuis longtemps avec Sarkozy. Tout le monde sait d’où je viens, que je suis gaulliste, mais je pense que toutes les sensibilités peuvent travailler ensemble. Il y a plein d’idées intéressantes chez les Verts, même s’ils sont trop dogmatiques. Chez eux, par exemple, j’aime bien Jean-François Caron.

DailyNord : Politiquement, vous pensez vraiment qu’il y a un coup à jouer à Arras ? Vous n’avez pas peur d’être perçu comme celui qui divise ?

François Desmazière :Il y a un espace parce que le PS régional est en train d’exploser. Les conséquences ne vont pas tarder à rejaillir sur Arras, entre Catherine Génisson et Jacqueline Maquet. Pendant ce temps, vous avez les Verts qui revendiquent la tête de liste à gauche, avec Hélène Flautre, paraît-il. De l’autre côté, les cotorsions MODEM défroqués qui vont à l’UDI troublent le message…Ça fait des semaines qu’on nous promet la venue de Jean-Louis Borloo, on ne l’a pas encore vu. ll y a un espace entre toutes ces dissenssions et je ne vois pourquoi ce serait moi qui divise. On peut d’ailleurs proposer autre chose sans être forcément des opposants. C’était le discours de nos voeux : nous souhaitons les premiers proposants plutôt que les premiers opposants.

François Desmazière est-il pour ou contre ?

Le mariage pour tous : pour

L’adoption par les couples homosexuels : pour

Le raccourcissements des grandes vacances : pour

Le cumul des mandats : contre

L’Europe : mieux

Jean-Louis Borloo président de région en 2015 : pour dans sa version 1992 avec Jean-François Caron comme vice-président.

Une “très belle endormie” qui doit trouver sa place entre Lille et Paris

DailyNord : En quoi la politique municipale actuelle est-elle insuffisante selon vous ?

François Desmazière : Au début de son premier mandat, Jean-Marie Vanlerenberghe définissait Arras comme une belle endormie. Aujourd’hui, c’est une très belle endormie qui n’a pas accroché ce qui fera le vingt-et-unième siècle comme la culture, l’économie numérique, dont nous avons une conception ringarde, à mon sens. Plusieurs choses sont à mettre en place : quand plusieurs écoles s’installent, pourquoi ne pas les mettre en commun dans un foyer de développement de formation par exemple ? Arras a aussi un problème de saturation routière avec des flux qui sortent et qui rentrent chaque jour équivalents à la population de la ville. Ce qui n’est pas logique pour une cité de notre taille (45 000 habitants), nous ne sommes pas Lille ! Il y a aussi un problème entre l’offre de logements. Il faut ramener la classe moyenne à Arras. Et ne pas raisonner qu’en tant qu’Arras, justement.

DailyNord : C’est-à-dire ?

François Desmazière : Aujourd’hui, on mise tout sur le pôle métropolitain Arras, Lens, Béthune, Douai. C’est bien sur le principe, mais la question est mal posée. On ne rivalisera jamais avec Lille, il faut donc aussi beaucoup travailler avec Amiens pour proposer quelque chose entre Lille et Paris. Ça peut passer par la densification de TER entre Arras et Lens. Aujourd’hui, je ne vois pas d’actions concrètes dans ce positionnement métropolitain : la preuve, on a encore perdu des liaisons vers Paris ! J’espère que le prochain mandat sera celui des reconstructions et des spécialisations, chacun devant appuyer sur ses atouts pour jouer la carte du territoire dans sa globalité. On doit être capable d’attirer certaines fonctions métropolitaines de Lille ici. A Arras, plus spécifiquement, l’aménagement de la Citadelle doit intégrer cette donnée. Globalement, je pense qu’aujourd’hui la ville est trop timorée sur ses atouts.

DailyNord : Pour finir, le Main Square est l’un des vecteurs d’images d’Arras. Vous en félicitez-vous ?

François Desmazière : C’est l’un des sujets qui a eu le plus de résonance nationale l’an dernier sur Arras, C’est une belle vitrine, mais qui présente plusieurs fragilités. La première est qu’il n’est pas dans une logique d’ancrage de territoire. Si demain, les dirigeants de Live Nation trouve mieux au Stade de France ou au Grand Stade de Lille, ils n’hésiteront pas à partir. On est à leur merci, j’aimerais donc en discuter avec eux. Je pense aussi que le Main Square doit aussi laisser plus de places aux groupes locaux, qui peuvent s’en servir de tremplin.

Retrouvez prochainement d’autres interviews d’opposants (d’autres villes régionales) dans notre série “En route vers les Municipales”.

1 Commentaire

  1. Cohn Bendit dit à peu près la même chose sur les partis mais ça fait 45 ans qu’il vibrionne dans les radios.
    Ceci dit, il parle en langue de boix ” Jouer la carte du territoire dans sa globalité” (?) sans oublier les allitération ( proposants et non pas opposants)

    En conclusion, vu sa bio, c’est un apparatchik sans parti, configuration rare.

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