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Des ministres nordistes et des crises

Réflexions Par | 19 mars 2013

HISTOIRE POLITIQUE. Point commun entre Bruno Durieux, Pierre Mauroy, Philippe Vasseur et Michel Delebarre ? Tous quatre ont été ministres et ont dû affronter quelques crises. Au lendemain de la gestion de l’épisode neigeux par Frédéric Cuvillier (relire notre article), retour sur ces crises de ministres nordistes. Nous allons le voir : certains s’en sont bien sortis, d’autres l’ont payé au prix fort.

Bruno Durieux presqu’éjecté au canon à eau

François Mitterrand réélu, l’ancien sherpa de Raymond Barre – ce dernier candidat à la présidentielle 88 et dont il avait rédigé le bilan forcément négatif du septennat mitterrandien… – avait reçu sa bénédiction pour entrer au gouvernement Rocard, dont le pedigree social-réformiste avait été jugé compatible en ces temps d’ouverture – hypothétique – au centre.  Le courtois polytechnicien statisticien s’était retrouvé ministre de la santé puis esquissa un galop d’essai aux municipales à Lille en 1989 (mais la droite était divisée, le saviez-vous ?). Lui espérait en faire un marchepied pour les prochaines batailles locales qui ne s’annonçaient pas de tout repos. C’est en faisant donner le canon à eau sur les infirmières inquiètes d’une réforme et qui manifestaient pour une revalorisation de leur statut que Bruno Durieux brûla son avenir. Au moins sur le plan national. A décharge, c’est surtout le premier des policiers de France Philippe Marchand qu’il aurait fallu morigéner, et il faudra l’égide d’un Mitterrand pour sauver Durieux de l’opprobre, l’autoriser à poursuivre les négociations puis le conserver au commerce extérieur*. Ses petits copains nordistes, qui ne l’avaient jamais complètement adoubé parmi les leurs  (Daubresse, Türk, Codaccioni, Donnay,…), ne se privèrent pas de lui savonner une planche devenue celle du condamné, lui le traître à leur cause. En effet, aux régionales de 1992, ils lui coupèrent la tête de liste. Il avait bien tenté de se “recentrer” sur son ancienne circonscription, la quatrième du Nord, mais c’était sans compter sur l’appétit d’un Marc-Philippe Daubresse roué, qui lui chipa la place à la faveur du décès de son suppléant. Cet expert en prévision n’avait pas vu venir les coups.

* Hasard de la politique : au sein des gouvernements auxquels il participa (Rocard, Cresson et Bérégovoy), l’ancien challenger de Pierre Mauroy côtoya une certaine Martine Aubry, qui deviendra maire de Lille et un certain Michel Delebarre, qui aurait bien voulu le devenir…

Pierre Mauroy prend des boulons

Pendant sa campagne de 1981,Mitterrand l’avait promis : l’activité des aciéries sera préservée et aucun haut-fourneau ne sera fermé. Pierre Mauroy premier ministre le fera. Au tour de la sidérurgie de subir l’épreuve du feu de la récession en bon ordre (déjà entamée il est vrai sous le septennat précédent, ce qui avait déclenché l’ire des ouvriers sidérurgistes), comme l’industrie charbonnière le vivait depuis vingt ans. Un crèvecoeur pour l’enfant d’Haussy, dans ce Hainaut-Cambrésis qui l’a vu grandir au milieu des rougeoiements du métal en fusion. Le grand laminoir de la crise… Pour éteindre l’incendie, et redonner une virginité politique à la mémoire ouvrière, on tentera bien de faire semblant de relancer l’extraction de la houille ! Un avatar habituel pour un premier ministre, fusible-en-chef des institutions. C’est au cours d’une visite primo-ministérielle dans le bassin sidérurgique hennuyer que les ouvriers “in foufelle” l’accueillirent avec force jets de boulons…” Eh, Mauroy, dou ché qel sont tes promesses ? …”)

Philippe Vasseur ne cède pas à la folie

Quand il était ministre de l’agriculture dans le gouvernement Juppé (1995-1997), l’élu du Pas-de-Calais, maire de Saint-Pol-sur-Ternoise, qui arpentait déjà depuis de longues années un fief rural à souhait, a dû affronter une crise majeure. Personne n’a oublié celle de la “vache folle” qui a fait trembler l’opinion comme les autorités sanitaires de l’époque : un mal inconnu, une prolifération mal maîtrisée, une coordination catastrophique à l’échelle européenne, un gouvernement en sursis pour un tas d’autres raisons (réformes mal emmanchées, un parfum de grève générale dans tout le pays, un Juppé droit dans ses bottes, un conflit Balladur/Chirac mal éteint, des “juppettes”, les ministres femmes, au bord du ridicule). Un dossier empoisonné qui aurait pu faire trébucher plus d’un ministre. Il fallait un réel sang-froid pour déminer le terrain et ne pas en démordre. Ce qui n’empêchera pas Philippe Vasseur d’abandonner la politique quelques années plus tard et enfin desserrer les dents.

Michel Delebarre ne coule pas

Grand manitou de l’équipement et qui avait en charge la mer et les transports, le premier magistrat de la ville de Jean-Bart connaissait par coeur le délicat dossier du statut des dockers dont les grèves-thromboses à répétition filaient la trouille à tous les investisseurs et patrons qui avaient à faire transiter leurs marchandises par un port français. La loi de juin 1992 supprime quelques privilèges et avantages et aligne le statut sur le droit commun. Michel Delebarre n’était plus ministre de la mer (il avait été ministre du travail puis il inaugura la ville avant d’être en charge de la fonction publique) mais inspira la réforme ce qui redora le blason économique du port nordiste. Il y avait de quoi envoyer par le fond une paire de ministres. Les dockers en colère – un bastion CGT – ne se privèrent pas d’essayer de torpiller le projet et menèrent une guérilla de plus d’un an.

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