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Clubs et footeux Ch’tis : derby or not to be ?

Basses Chroniques des Hauts de France Par | 16 mars 2013

Un derby ch’ti sans ch’tis dans les deux onze de départ, est-ce comme un café sans bistouille ? Une frite sans mayonnaise ? Une tarte au maroilles sans maroilles parce qu’on en avait plus sous la main ? Ou tout simplement une facétie du destin qui souhaitait jeter une banderille dans notre perception pépère et séculaire d’un derby ? Sauf trou de mémoire, cette information d’un Valenciennes-Lille sans joueurs du cru sur la pelouse marque une première dans l’Histoire de ces rendez-vous régionaux. Et alors ? Les Basses Chroniques des Hauts-de-France vous relativisent tout cela.

Où sont les Ch'tis ? Ben, dans les tribunes. Photo : FloFlo62 sur Wikimedia Commons

Ce fameux VA-LOSC, excepté le constat traité sans en faire plus que l’anecdote ne la mérite, n’a semble-t-il pas soulevé un débat aussi passionné que celui du mariage pour tous. Il faut dire qu’au fil du temps, l’élite du football régional s’est adaptée à son époque, avec ses bonnes et mauvaises fortunes. La vie quoi. Un jour, cela pourrait se produire pour un derby entre Lens et Lille et on s’en repartira heureux, déçu, en refaisant le match ou en courant comme un dératé pour rejoindre son véhicule et s’éviter une sortie de stade infernale. La routine en somme. En ne se basant que sur l’après-guerre en guise de marqueur, on ne peut pas dire que les effectifs étaient saturés d’artistes « made in N/PdC » à Lens comme à Lille. Avec tout le respect qu’il convient d’adresser au VAFC, acteur historique du foot régional, nous prendrons pour la comparaison le RCL et le LOSC puisque seuls clubs à revendiquer des titres nationaux depuis 1946. À tout seigneur tout honneur, les Dogues possédant le palmarès le plus étoffé ouvrent le bal. Considéré comme le meilleur club de l’immédiat Après-Guerre, passant directement des triomphes sous la IVe République à sa résurrection sous la gouvernance Sarkozy avec le doublé que l’on sait,, non sans avoir traversé le twist, le disco, le punk jusque Lady Gaga en regardant passer les trains du succès. Deux périodes de félicité semblables dont reparlent et reparleront les supporters inconditionnels. Pourtant, en se basant sur Wikipédia on constate que l’équipe-type du doublé de 1946 compte huit joueurs originaires de la région (Lechantre, Somerlinck, Prevost, Bourbotte, Carré, Baratte, en comptant le Polonais arrivé à 6 ans dans le Nord) contre deux pour celle du doublé de 2011 (Cabaye et Debuchy). Pour le Racing-club de Lens, le nombre d’enfants du pays champions de France en 1998 est de quatre (Sikora, Wallemme, Magnier et une demi-place pour Brunel et Lachor au vu de leur contribution). Huit, quatre, deux dans l’ordre chronologique, et dedans il y a logique.

14 joueurs natifs de la région en 1948

À l’aube des Trente glorieuses, les mouvements et recrutements de footballeurs n’allaient pas à la fréquence et la vitesse d’un e-mail, le poids financier du monde de la baballe était à l’échelle du patronage, facilitant l’intégration des talents autochtones. Le football, à l’échelle de cette armée grandissante d’agents en quête de la perle rare, jusqu’à scruter sous les derniers coquillages du Pacifique, est devenu phénomène mondial, industrie économique. De la fameuse caisse noire de l’AS Saint-Étienne au rachat du PSG par des pétro-dollars avec l’arrêt Bosman au milieu, les ambitions et les nécessités du haut-niveau ont rangé ces considérations locales au placard. Et depuis longtemps. Il ne reste plus que la « basquitude » de l’Athletic Bilbao qui alimente encore ce que, à tort ou à raison, on qualifierait aisément de folklore. D’ailleurs, les autres écuries de l’Hexagone ne sont pas les chantres d’un particularisme différent. Même en repartant presque de zéro, sportivement et financièrement, Lens n’est pas devenu pour autant le promoteur des talents régionaux puisqu’ils ne sont que deux dans l’équipe-type (Riou et Démont). Depuis longtemps, le savoir-faire régional provient de la qualité des centre de formation, ouverts aux quatre vents du monde, ce qui va bien à un territoire historiquement terre d’accueil, d’émigration et carrefour de l’Europe. À la réflexion, tout cela est plutôt rassurant. D’ailleurs, au stade Bollaert-Delelis, une tribune porte le nom de Xercès, un Martiniquais, une autre celui de Marek, citoyen autrichien. Pour les supporters et la mémoire collective du sport, les exploits ont un nom pas une nationalité ou origine. RCL, LOSC et VAFC ne sont donc jamais qu’à la page de leur époque. Difficile même impossible de planifier le prochain derby entre lensois et lillois, mais on ne retrouvera jamais un duel semblable au Lille-Lens de la finale de la Coupe de France 1948, ils étaient 14 joueurs natifs de la région au coup d’envoi, plus d’une équipe. Depuis, la suprématie régionale est devenue un objectif rustique, au point que pour entretenir le coté terroir de la confrontation,on est allé peindre les commentaires de ce fameux VAFC-LOSC en ch’ti (avec Alain Tirloit et Georges Tournay aux micros). Un peu lourd non ? Mais l’honneur est sauf, le match n’a pas été diffusé sur W9 qui fait pourtant plus parler les gens en patois que sur Wéo… Alors, derby ch’ti or not to be ? This is not the question biloute. Et depuis longtemps.

Pour vous plonger goulûment dans l’histoire des derbies entre Lens et Lille, nous ne pouvons que vous inciter à apprécier le travail de fourmis réalisé par Jean-Baptiste Allouard et Olivier Brochard pour Histoires de derbys (aux éditions Les Lumières de Lille) ou les 108 matches opposant Dogues et Sang et ors. C’est un must, une tranche d’histoire humaine et sportive de notre région.

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L’intégralité des Basses Chroniques des Hauts de France.

Crédit Photo Une : FloFlo62 sur Wikimedia Commons

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