L'autre information du Nord – Pas-de-Calais

La valse des pouvoirs locaux et départementaux

Basses Chroniques des Hauts de France Par | 02 février 2013

On aurait pu aussi titrer avec le jeu des chaises musicales sauf qu’à DailyNord, on a le rythme dans la peau. La danse de Saint-Guy qui agite les mairies de Lens et Liévin reflète-t-elle un glissement des pouvoirs des communes vers l’étage supérieur qu’est l’agglomération, au même titre que les Départements vis à vis des Régions ? Les Basses Chroniques des Hauts de France se sont risquées sur les dance-floor de la politique pour y voir plus clair.

La une de L’Avenir de l’Artois sortie en kiosque jeudi dernier colle incontestablement au plus près de la réalité : « Delcourt choisit son successeur » (voir ici). Après le prêt-à-porter, le prêt-à-gouverner, de vrais maires-poules pour nos concitoyens. Après tout, le toujours maire lensois (jusqu’au 16 juin) s’inscrit dans le prolongement de son prédécesseur , André Delelis, qui lui avait confié les clefs du camion en 1998, quatre ans avant l’échéance électorale. Remarquez, mieux vaut céder la place de son vivant que les pieds devant, épisode qu’avaient funestement connu Henri Darras (au profit de Jean-Pierre Kucheida, en 1981) et Ernest Schaffner (pour André Delelis, en 1966). Ceci dit, cet exercice de cooptation n’est pas plus une nouvelle tendance qu’une spécificité locale. Pour rappel, deux années seulement après sa réélection, Augustin Laurent avait cédé le beffroi lillois à Pierre Mauroy (1973). Arras, Roubaix, Lens, Liévin… le passage de témoin est parfaitement légal, mais on reste sur ce désagréable sentiment de se faire tromper sur la marchandise, l’heureux vainqueur se gardant bien de préciser sur sa profession de foi qu’il n’ira pas au bout de son mandat. Pas très sain tout cela car on hésite entre valse des pouvoirs et bal des hypocrites. Malgré tout, cette cooptation à la hussarde propose un paysage politique tout neuf dans le périmètre de Lens-Liévin. Laurent Duporge et Sylvain Robert doivent maintenant se faire un nom et prouver leurs talents. La fonction fait l’homme, on saura bientôt si nos deux novices sont à classer dans la catégorie des influents ou des simples exécutants. Au chapitre des motifs de retrait, l’agenda judiciaire attendant en avril Jean-Pierre Kucheida a sans doute précipité sa décision. Pour Guy Delcourt, ce serait une autre anticipation, l’application du non cumul des mandats, ce qui pour lui aussi tient de la contrainte (relire Aubry imprime sa marque). Démonstration que dans cette valse des pouvoirs, on ne sait plus trop qui mène la danse.

Danse du scalp pour les communes et danse avec les loups pour les Départements ?

Bien que présentée sous une musique différente, la chorégraphie de Kucheida et Delcourt s’exécute sur un même pas de côté : se consacrer pleinement à la Communauté d’agglomération (la CALL). Serait-ce prendre un raccourci que de penser que le vrai pouvoir n’est plus aux mains des communes, aussi importantes soient-elles, mais bien dans celles de l’agglo ? On est tenté de dire oui et même que l’on assiste au même mouvement de plaques tectoniques à l’échelon supérieur. Illustration avec les vœux à la presse plutôt musclés de Dominique Dupilet. En foot, on dirait qu’il a sorti les crampons alus sur un terrain synthétique. La cible ? Les genoux et les mollets du Conseil régional. Florilège :  « l’ogre régional » dit-il, devant lequel le Pas-de-Calais se retrouve souvent comme un « Petit Poucet »… que l’ogre n’hésite pas à mettre à contribution. « On nous demande alors d’être des supplétifs financiers, pour le Louvre-Lens ou pour le stade Bollaert ». Ou encore : « Le Conseil régional paie pour les lycéens du Nord et nous devons payer pour ceux du Pas-de-Calais. Si nous ne trouvons pas un accord, nos lycéens devraient payer le bus dès la rentrée prochaine ». Petits coups de griffes destinés avant tout à mettre en lumière la nécessaire « harmonisation de nos politiques » (voir l’ensemble du papier de L’Écho du Pas-de-Calais). Villes par rapport aux agglos, département par rapport à la région, l’orchestre va avoir du mal à accorder ses violons pour équilibrer les rapports de force. En tout cas, hors de question pour le président du CG 62 de s’abandonner à la danse du ventre : « Nous sommes très attentifs. La clause générale de compétence sera maintenue pour les départements… Aucune collectivité ne doit prendre le pas sur l’autre et il faut veiller à la notion de chef de file.» Chef ou danseuse étoile, le casting s’annonce féroce. Surtout à partir de 2015, nouvelle loi de décentralisation oblige, qui verra le Conseil départemental remplacer le Conseil général.

Chic, nos élus vont pouvoir danser des slows !

Car la gouvernance, donc le pouvoir, va devoir composer avec une parité inédite. Dans deux ans, il y aura autant de cavaliers que de cavalières sur la piste de danse de l’hémicycle départementale. C’est une entrée fracassante que va faire la gente féminine en comblant un différentiel jusqu’alors abyssal, il suffit de voir à l’échelle du Pas-de-Calais : 70 conseillers pour seulement 7 conseillères. À partir de 2015, ce sera 38-38. De là à dire qu’on peut s’attendre à un crêpage de chignons chez les hommes fermement déterminés à conserver leurs fiefs il n’y a qu’un pas… de danse endiablé.

Ainsi va la valse des pouvoirs, on change de partenaires, on en injecte de nouveaux -avec parcimonie- mais on danse toujours sur les mêmes morceaux. Ne serait-il pas temps de changer de musique ? Afin que chacun marque son pas sur celui de l’autre sans se marcher sur les pieds. Pour l’instant, c’est pas gagné.

Barbara Romagnan donne un coup de « ballet » au cumul des mandats

Ce joli bout de femme, députée du Doubs, a dû faire frémir de plaisir Martine Aubry en annonçant qu’elle se séparait de son mandat de conseillère générale. La nouvelle n’a pas fait la une des journaux (sauf Le Monde)et pourtant, nombre d’élus pourraient en prendre de la graine. Effectivement, elle explique tout simplement dans une lettre reproduite ci-dessous, qu’un mauvais cumul des mandats dessert ses administrés. Ah bon ? (sur son blog c’est ici ). Que celui qui n’adhère pas lève le doigt.

 

Limiter le cumul des mandats fait respirer notre démocratie 

Élue députée en juin 2012, j’ai démissionné de mon mandat de conseillère générale du Doubs, conformément à l’engagement que j’avais pris durant la campagne.

En présentant ses vœux aux parlementaires, François Hollande a réaffirmé sa détermination pour que la réforme limitant le cumul des mandats voie le jour durant le quinquennat. Je salue cette confirmation et milite pour qu’elle soit mise en oeuvre. Au-delà des principes fondamentaux qui justifient une telle réforme, je souhaite souligner ici les avantages concrets qui découlent de cette décision.

D’abord, je peux être davantage sur le terrain. Si j’étais restée conseillère générale, je serais tenue d’être présente en session plénière un lundi toutes les cinq semaines. La semaine précédant cette session, je participerais à la commission des solidarités. Encore en amont, je passerais une dizaine d’heures à étudier les différents dossiers sur lesquels nous avons à nous prononcer. Si j’estime que la plénière dure environ six heures, la commission deux heures trente et la préparation dix heures, cela représente dix-huit heures trente au minimum.

Sachant que je consacre en moyenne trente minutes par rendez-vous à ma permanence parlementaire, une heure trente par visite d’entreprise, d’association ou d’exploitation agricole, en supprimant cette seule journée de session obligatoire au conseil général et le travail afférent, qui revient toutes les cinq semaines, je gagne l’équivalent de trente-sept rendez-vous avec des concitoyens ou de douze visites.

Ainsi, exercer exclusivement mon mandat de députée me permet d’être plus longtemps au contact de la population, de la réalité du territoire et de ses acteurs. Ensuite, en étant exclusivement parlementaire, je gagne du temps pour travailler les textes. Si j’avais gardé mon mandat au conseil général, j’aurais dû consacrer du temps aux inaugurations, aux réunions, aux dossiers du département. Si j’étais restée conseillère générale en devenant députée, mon travail d’élue locale s’en serait également ressenti : j’aurais été absente de mon canton au moins trois jours par semaine pour siéger à l’Assemblée nationale.

Le travail peut bien sûr être délégué, soit à d’autres élus – mais alors autant leur laisser la place -, soit aux fonctionnaires des collectivités. L’administration ne fait là que combler un vide laissé par l’élu qui n’a pas suffisamment de temps. Il ne s’agit pas d’un problème de compétences puisque les services, dont c’est la formation et le métier, connaissent mieux les dossiers, d’un point de vue technique, que les élus. Il s’agit d’un réel problème politique et démocratique parce que les citoyens votent pour que leurs élus décident et tranchent en fonction de la vision qu’ils portent. C’est bien cela, notre rôle d’élus. Sinon, autant remplacer les élections par un concours de la fonction publique afin d’avoir les meilleurs techniciens.

Renouvellement politique

Enfin, ma démission de l’assemblée départementale a permis que le conseil général du Doubs s’enrichisse d’un nouvel élu. En soi, c’est intéressant que quelqu’un qui n’avait jamais détenu de mandat électif y accède. Un nouvel élu, c’est un regard neuf sur l’action menée, utile pour renouveler sa vision et discuter des politiques conduites. La limitation du cumul est une condition nécessaire, sinon suffisante, au renouvellement du personnel politique ; elle ouvre la voie aux plus jeunes, aux femmes, aux ouvriers, aux Français issus de l’immigration.

Barbara Romagnan
Députée (PS) du Doubs

Retrouvez toutes les Basses Chroniques des Hauts de France

Ce contenu est © DailyNord. Si cet article vous intéresse, vous pouvez reprendre un extrait sur votre site (n’excédant pas la moitié de l’article) en citant bien évidemment la source. Si vous désirez publier l’intégralité de l’article, merci de nous contacter »

2 Commentaires

  1. il est important d’ajouter a votre article que delcourt a éte désavoué par la section socialiste de lens ou son poulain a éte rejeté par la majorité de la section donc exit pour 2014.En sus n’oubions pas que l’agglo n’est soumise au suffrage des citoyens ( a revoir) et que le proces d’allongeville est prevu pour mai 2013 avec toutes ses consequences!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. ajout commentaire il a éte désavoué par la majorite de la section socialiste pour son poulain au poste de secrétaire de la section de lens , c’est tout dire pour la credibilité de delcourt……………

Réagir à cet article

La rédaction de DailyNord modère tous les commentaires, ce qui explique qu'ils n'apparaissent pas immédiatement (le délai peut être de quelques heures). Pour qu'un commentaire soit validé, nous vous rappelons qu'il doit être en corrélation avec le sujet, constructif et respectueux vis-à-vis des journalistes comme des précédents commentateurs. Tout commentaire qui ne respecterait pas ce cadre ne sera pas publié. Evidemment, DailyNord ne publiera aucun contenu illicite. N'hésitez pas à avertir la rédaction à info(at)dailynord.fr (remplacer le "at" par "@") si vous jugiez un propos ou contenu illicite, diffamatoire, injurieux, xénophobe, etc.

POLITIQUE

EN ROUTE VERS LES DÉPARTEMENTALES ET RÉGIONALES

INFORMATIONS ESSENTIELLES, ANECDOTIQUES, DÉCRYPTAGES, ENQUÊTES, RÉVÉLATIONS, INDISCRÉTIONS, REBONDS DÉCALÉS... TOUS NOS ARTICLES S'INTÉRESSANT AUX FUTURES RÉGIONALES ET DÉPARTEMENTALES 2021 SONT PAR ICI ! ACCÉDER AU DOSSIER

NEWSLETTER DAILYNORD

Bienvenue dans la ville la plus étrange des Hauts-de-France

Elle pourrait loger 5 000 personnes, mais cette ville n'aura jamais d'habitants. Découvrez pourquoi.

Les + lus